Hongrie, Catalogne : l’Europe en voie de dislocation

barricade-joebart(CC BY-NC-ND 2.0)

L’unité de l’Europe est en train de disparaître et les relations se détériorent.

Par Eric Verhaeghe

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Les positions de la Hongrie sur la question des migrants et la préparation d’un referendum sur l’indépendance de la Catalogne permettent de mesurer le niveau de dégradation qui affecte désormais les relations au sein de l’Union.

La Hongrie en plein durcissement

Le Premier ministre hongrois a commencé à durcir dangereusement le ton vis-à-vis de ses voisins méridionaux, après s’être fermement opposé à tout quota d’immigration. Non seulement il s’est empressé de couvrir de barbelés sa frontière avec la Serbie, puis sa frontière avec sa Croatie, mais il envisage désormais de faire la même chose avec la Roumanie.

Si l’attitude de la Hongrie se limitait à se transformer en camp retranché, personne n’en prendrait probablement ombrage. Le plus gênant se situe plutôt du côté du débordement militaire qui pointe dans l’esprit agité de Viktor Orban. Après avoir rappelé les réservistes pour renforcer la présence militaire, Orban a laissé son ministre des Affaires Étrangères proposer d’envoyer des forces armées en Grèce.

Les Grecs ont évidemment réagi avec vigueur :

« Nous ne pouvons pas comprendre le délire des officiels hongrois à l’encontre de notre pays, et le comportement inacceptable, comme l’a dit le secrétaire général de l’ONU, des forces de sécurité hongroises vis-à-vis des réfugiés, y compris des nouveau-nés », a déclaré le porte-parole du ministère grec des Affaires étrangères, Konstantinos Koutras. »

Oui, ce sont bien deux pays de l’Union Européenne qui se parlent entre eux…

Scènes de guerre à la frontière avec la Hongrie

Au demeurant, la construction d’une clôture autour de la Hongrie ne suffit pas à la protéger du danger : les réfugiés n’ont pas hésité à faire le coup de force avec la police pour forcer le passage.

La Hongrie et l’identité chrétienne de l’Europe

Dans une interview au Figaro, Viktor Orban n’a d’ailleurs pas caché le fond de sa pensée.

« Mais il y a aussi le défi de l’intégration de ces musulmans. En Europe, elle ne s’est pas faite : des sociétés parallèles vivent les unes à côté des autres. Je ne dénie pas à une nation le droit de fonctionner de telle façon. Mais nous, en Hongrie, nous ne voulons pas suivre cette voie. Les musulmans ont une approche de la vie tout à fait différente de la nôtre. Et face à eux, nous ne sommes pas du tout compétitifs. Si nous, chrétiens, laissons les musulmans rivaliser avec nous sur le continent, nous serons surpassés en nombre, c’est mathématique. Quant aux positions du Pape François (qui a demandé à chaque paroisse d’accueillir une famille, NDLR), je les respecte. Mais en tant que protestant, je suis de ceux qui pensent qu’il n’est pas infaillible. »

Il n’aura suffi que de quelques semaines de crise migratoire pour réveiller les vieilles guerres de religion en Europe.

En Allemagne aussi ça chauffe

Le même Viktor Orban est invité par la CSU bavaroise pour une conférence prochainement, comme je l’indiquais dans un précédent billet. L’initiative suscite quelques remous localement, notamment de la part du SPD de Dachau, qui déplore l’idée.

Sur le fond, l’opinion allemande ne devrait pas tarder à faire le forcing pour que les hotspots se mettent en place rapidement et loin de l’Allemagne.

La Catalogne face à une Europe sourde

Selon la loi de Murphy, l’Europe devrait, dans les semaines à venir, se faire une nouvelle frayeur avec le referendum organisé en Catalogne le 27 septembre sur la sécession de la région. Selon une règle désormais consommée, la Commission Européenne a d’ores et déjà commis toutes les erreurs psychologiques qui, tôt ou tard, lui joueront un mauvais tour:

« Si une partie d’un État membre cesse de faire partie de cet État, parce que ce territoire devient un État indépendant, les traités (européens) cessent de s’appliquer à ce territoire, a rappelé le porte-parole en chef de la Commission européenne Margaritis Schinas à Bruxelles, interrogé sur les possibles conséquences d’un vote de sécession aux élections régionales du 27 septembre.

Une nouvelle région indépendante, du fait même de son indépendance, deviendrait un pays tiers par rapport à l’UE et pourrait alors poser sa candidature pour devenir un membre de l’Union, a expliqué M. Schinas. »

Les semaines à venir devraient donner lieu à un foisonnement de remarques de ce genre, déjà utilisées pour dissuader les Grecs de poursuivre leurs projets.

Peut-on modifier les frontières des États-membres ?

Le dossier ne manque toutefois pas d’intérêt dans la mesure où il pose la question concrète que la nomenklatura veut évacuer en Europe : peut-on ou non modifier les frontières des États membres en Europe ? Nous le savons tous, les frontières internes de l’Union sont le produit d’un double héritage : de 1815 et de 1945.

Sont-elles encore adaptées à la réalité de l’Union ? Manifestement, ni les Écossais ni les Catalans le pensent. Mais d’autres ont probablement la même idée.

Sont-elles durables ? Rien n’est moins sûr. Le surpoids de l’Allemagne en est un signe. L’Europe pourra-t-elle durablement fonctionner avec un centre germanique aussi peu coopératif ?

Face à cette montée des forces centrifuges, la Commission maintient un langage purement juridique qui s’expose au risque de voir un jour une crise se réaliser. Qu’il s’agisse de la sécession de la Catalogne ou de l’Écosse, ou encore du Brexit, le manque de vision sur le destin des nations qu’elle recouvre risque un jour de se retourner contre elle.

Tir de barrage contre l’indépendance catalane

Dans la foulée, la nomenklatura espagnole a commencé ses tirs d’artillerie lourde contre le principe d’une sécession. C’est par exemple le cas des banques qui ont lancé un communiqué maladroit :

« Dans une déclaration inédite, les associations bancaires AEB et Ceca ont mis en garde contre « les risques que comporterait pour la stabilité financière toute décision politique qui violerait l’ordonnancement juridique en vigueur et entraînerait une exclusion de l’Union européenne et de l’euro » de la Catalogne. (…)

AEB et Ceca, qui regroupent des poids lourds du secteur bancaire espagnol, comme Banco Santander, CaixaBank, BBVA, Banco Sabadell, Bankia, mais aussi des étrangères, comme BNP Paribas, Citibank, HSBC et Société générale, avertissent que ses membres pourraient être amenés à « revoir leur stratégie d’implantation » en Catalogne.

Certains n’y possèdent que des agences ou des succursales, mais d’autres comme CaixaBank et Sabadell y ont leur siège.

La conséquence immédiate serait une « réduction de l’offre bancaire et avec cela, une exclusion financière, un renchérissement et une pénurie de crédits » pour les particuliers comme pour les entreprises, préviennent les banques en prenant clairement parti dans un débat très politique. »

Décidément, les banquiers ne connaissent que l’intimidation comme méthode de négociation. Encore une profession qui n’a tiré aucune leçon de la crise…

La Grèce sous contrôle

Pendant ce temps, l’Union s’est efforcée d’apaiser les tensions en Grèce, à l’approche des élections législatives (qui ont lieu aujourd’hui) en lâchant une cacahuète. La BCE a laissé fuiter l’idée d’un « hair cut », c’est-à-dire d’un moratoire intermittent de la dette grecque qui allègerait son fardeau. Cette mécanique prévoirait que le service annuel de la dette serait plafonné à 15% du PIB.

Bon, ce mécanisme ne devrait pas jouer avant 2020, et encore… puisque le service de la dette ne représente que 11% du PIB (pour mémoire, le service de la dette en France représente moins de 5% du PIB). Mais c’est l’intention qui compte !

L’économie européenne toujours en panne

Ces annonces interviennent dans le contexte morose d’un assouplissement monétaire quantitatif qui produit toujours aussi peu d’effet. Du coup, la BCE redit qu’elle fera plus encore. Cette annonce n’a pas empêché les marchés de se prendre une déculottée vendredi, jour des 4 sorcières.

Pas décisif sur le traité transatlantique ?

Impossible, bien entendu, de terminer cette chronique sans évoquer la proposition de compromis formulée par l’Union dans la question de l’arbitrage international que l’Allemagne rejetait au sein du prochain traité transatlantique. L’Union propose finalement la mise en place d’une cour permanente composée de juges professionnels. Cette solution, conforme aux souhaits d’Angela Merkel, recueillera-t-elle l’accord des États-Unis ?

Dans tous les cas, les deux parties chercheront à s’entendre avant la fin du mandat d’Obama…


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