La hausse des frais d’inscription à l’université, une question taboue

Augmenter les frais d’inscription des universités, c’est donner plus de pouvoir aux étudiants.

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Professeur au tableau dans un cours de mathématiques (Crédits : Université de Montréal, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

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La hausse des frais d’inscription à l’université, une question taboue

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 15 septembre 2015
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Par Philippe Silberzahn

Professeur au tableau dans un cours de mathématiques (Crédits : Université de Montréal, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.
Professeur au tableau dans un cours de mathématiques (Crédits : Université de Montréal, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

 

Début juillet, un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) et de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche (IGAENR) évoquait l’idée de porter les frais d’inscription à l’université à 1000 euros, contre 184 aujourd’hui. Très rapidement, la ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, et le nouveau secrétaire d’État en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche, Thierry Mandon, ont démenti cette possible hausse des frais d’inscriptions universitaires. En avril dernier, l’institut Montaigne, un think-tank, recommandait également une hausse « modérée » des droits d’inscription, à hauteur de 500 euros par an en licence. Cette question est un véritable serpent de mer du monde universitaire, et malgré les appels récurrents pour augmenter le coût pour les étudiants, les politiques rechignent à s’y atteler, craignant de les mettre dans la rue. On se souvient des réactions vives suscitées il y a quelques années par la décision de Dauphine d’augmenter ses frais d’inscription et surtout de les indexer sur les revenus des étudiants (en fait des parents). Pour (essayer de) résumer, en gros on a d’un côté la position égalitariste (point de vue social) et de l’autre la position institutionnelle (point de vue des universités).

La position égalitariste

La première position estime que toutes les études devraient être gratuites pour tous, sous peine de discrimination sociale. Comme il est supposé essentiel pour la nation que le plus de gens possible fasse des études, la mobilité sociale indispensable exige qu’aucune barrière ne soit mise ni dans le choix des études (pas de sélection) ni dans leur poursuite (gratuité). Dans la même logique, il ne faut surtout pas que les diplômes soient différents d’une université à l’autre sans quoi se dégageraient peu à peu des universités prestigieuses et d’autres moins. Cette position égalitariste repose sur plusieurs hypothèses.

La première est que la mobilité sociale passe nécessairement par les études. C’est naturellement faux. Elle peut – et devrait – aussi être atteinte par d’autres moyens, comme l’entrepreneuriat notamment. La création de sa propre entreprise est par exemple un des moyens principaux de progression sociale chez les minorités et immigrants aux États-Unis (cf. rapport de la Caisse des Dépôts ici). Et on ne parle pas là de startups high-tech cotées en bourse, mais bien de petites entreprises souvent de service qui ne changent pas le monde, mais qui changent la vie de leurs créateurs.

La deuxième hypothèse est qu’il est dans l’intérêt du pays de pousser ses habitants vers les études les plus longues possibles. Là encore rien n’est plus faux. Nous avons tous dans notre entourage un ami qui poursuit ses études simplement parce qu’il ne sait pas quoi faire dans la vie. Outre le coût direct pour l’État de financer ce type de passe-temps, il y a naturellement un coût d’opportunité pour le pays et pour l’étudiant – peut-être celui-ci serait-il plus productif, et plus motivé, dans un job ? Son départ libérerait des ressources qui pourraient profiter à ceux qui restent et qui sont, eux, motivés.

La troisième hypothèse est que travailler durant ses études est une déchéance ultime qui, en outre, met en péril la qualité des dites études. Il n’y a probablement qu’en France qu’on puisse affirmer de telles positions le plus sérieusement du monde. Travailler durant ses études n’est pas facile et même contraignant. Mais travailler procure également des ressources, synonymes d’indépendance et de liberté, une insertion sociale dans un milieu inconnu jusqu’alors (facteur de mixité sociale, travaillez donc dans un MacDo !) et naturellement une expérience irremplaçable sur la vie en entreprise avec ses bons et ses mauvais côtés. On en ressort moins bête. Quant à l’impact négatif d’un job sur les études, il reste à dénicher l’étude qui le prouve…

La quatrième hypothèse, celle de la stricte équivalence des diplômes d’une université à l’autre, est tellement naïve et démentie par les faits qu’il ne vaut pas la peine d’y consacrer trop de lignes. Non, toutes les universités ne se valent pas, et toutes ne peuvent se placer au même niveau ; permettre une diversité, c’est offrir la chance aux « petites » universités de se spécialiser sur certains créneaux liés à leur histoire, leur géographie ou leur environnement, bref en passant de généraliste à spécialiste, attirant ainsi les étudiants motivés par le domaine de spécialisation.

Dernière hypothèse (il y en a sûrement d’autres), celle qui consiste à penser que la gratuité des études est garante de l’égalité à leur accès. « L’éducation n’a pas de prix », nous dit-on ! C’est faux naturellement. Au risque de répéter un argument maintes fois produit en d’autres lieux, on sait qu’en France, ce sont en majorité des enfants de cadres qui font des études de haut niveau. Les faire payer par tous revient à faire payer les études des riches par les pauvres. Il est incompréhensible que ces derniers ne se révoltent pas en demandant une augmentation immédiate des frais de scolarité. L’éducation n’a pas de prix, certes, mais elle a un coût. Qui doit payer ?

La position institutionnelle

La position institutionnelle reprend ces critiques et estime qu’il n’est pas normal que les formations de pointe soient financées par la collectivité de manière indifférenciée, qu’une telle pratique est socialement injuste. Elle constate également l’asphyxie financière des universités, noyées sous la masse des étudiants à motivation variable mais à coût fixe. Au fond, l’université française est victime de ce que les théoriciens appellent la tragédie des biens communs : toute ressource gratuite ou insuffisamment payée fait l’objet d’abus qui finissent par épuiser le système qui la produit. Elle constate également que le système français, dual, prive l’université de ses meilleurs étudiants (ceux-ci sont envoyés dans les grandes écoles) et de ses meilleurs chercheurs (ceux-ci vont travailler au CNRS). Ceux qui restent sont payés une misère, moins qu’une assistante de direction dans une PME. Elle indique également qu’il est possible de développer les prêts étudiants à taux très faible, poussant ainsi une logique de responsabilisation des étudiants. Ceci aurait également une autre vertu, celle de l’exigence : si je paie mes études, a fortiori si je m’endette, j’ai le droit d’être plus exigeant sur la qualité des études que l’on m’offre. Les Américains diraient : « pas de taxation sans représentation ». Bref, augmenter les frais d’inscription, c’est donner plus de pouvoir aux étudiants ; par là on entend plus de vrai pouvoir, pas celui qui consiste à avoir un siège dans un comité qui organise le nettoyage des locaux universitaires comme c’est le cas actuellement.

La question n’est finalement pas celle de savoir s’il faut augmenter les frais d’inscription. Idéologie et hypocrisie à part, elle est plus ou moins tranchée dans le principe. Elle n’est pas non plus de savoir s’il faut financer les études de traders : on n’avance pas en stigmatisant une profession. La question est plutôt de savoir dans quelles conditions l’augmentation des frais d’inscription peut à la fois servir au développement d’une université de qualité et permettre aux étudiants talentueux et motivés de poursuivre des études malgré un manque éventuel de ressources. Les pistes sont connues, exploitons-les.


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  • Le débat est biaisé par le fait que les pauvres ont l’impression de ne pas payer d’impôts alors qu’ils le paient doublement par les taxes et la raréfaction du travail due aux taxes. Ils ont donc l’impression d’être des contributeurs négatifs (des gagnants) et toute demande de contribution complémentaire est vécue comme une taxe à l’entrée destinée à les éjecter.
    D’autre part une augmentation des droits d’inscription devrait se traduire par une baisse des dotations et donc une baisse des impôts de tous les contribuables. Mais comme on ne voit jamais cette baisse mécanique il est évident que cette hausse des frais d’inscription n’est vu que comme une nouvelle taxe.

    Dans le même style, l’Opéra de Paris nous coûte près de 110 millions d’euros par an et permet surtout à des élites d’aller voir des oeuvres pour lesquelles ils ne paient qu’un tiers du prix du billet (100E vs 300E) alors que moins de 5% des spectateurs sont des prolos.

    • Aux USA et en GB , au Canada , les étudiants non soutenus par leurs familles s’endettent lourdement pour financer leurs études ( on parle de bombe aux Usa à ce niveau)…cela dit , les familles pauvres ont des bourses aux USA , donnée par les facs elles mêmes ( Stanford , Ucla …) ; cela dit encore , quand vous vous endettez et que vous savez que vous allez devoir rembourser , vous avez plus tendance à faire des études sérieuses et bosser , contrairement à la fac française subventionnée qui n’est qu’un moyen parmi d’autres , via les études longues pour diminuer le nb de chômeurs …

      Nb , pour ceux qui disent qu’il n’y a pas de sélection en fac , nous étions 800 en première année , en 1980 et ils n’étaient plus que 50 en DESS , 5 ans plus tard …

      • Oui on peut en effet s’attendre à ce que des gens qui investissent leur propre argent (de leurs parents ou emprunté) le fasse à bon escient en rejoignant des filières porteuses, mais ce n’est pas toujours le cas.
        Donc imaginez ce qui se passe quand ce n’est pas leur propre argent.

        La sélection dont vous parlez se fait en cours de route et à l’arrivée. C’est un énorme gâchis de moyens. C’est comme vouloir prendre le départ du Paris Dakar avec une 2CV : il est préférable de la laisser sur place au moindre problème.
        Pour les étudiants qui n’ont pas les moyens, laissons les entreprises financer les universités (en direct ou avec des travaux de recherche) et laissons les universités accorder des bourses aux plus méritants : ils vont se battre pour cela.

      • Je vous conseille de lire mes commentaires en dessous sur la situation américaine

    • Pas faux sachant que le montant de la créance étudiante est de quasiement 1200 milliards alors certe c ‘est de la dette privé mais bon au final c’est comme la bulle immobiliere on fait du fric en pretant à tout va et on sait que la FED est la pour voler à la rescousse car contrairement à la bulle immobiliere le gouvernement ne la laissera jamais éclater. Le crédit fonctionne que si les gens sont solvables or flexibilité du marché du travail rime avec assouplissement des conditions de
      crédit c’est mécanique , Obama remboursait encore son pret etudiant

  • Nier l’accès des plus modestes à l’éducation ne fera aucun bien, c’est actuellement le seul moyen véritable de sortir de la pauvreté.

    • Il s’agit d’instruction déjà, pas d’éducation. D’autre part on parle ici des études supérieures.
      Jusqu’à quel point l’école doit être « gratuite » au sens de « financée par les autres » ?
      Pourquoi tout le monde n’aurait pas droit à un master et à un post doc.
      Je vous rappelle que la sélection à l’entrée des universités a été supprimée.

      D’autre part, vous n’avez pas bien lu l’article, il y a d’autres moyens de s’élever dont la création d’entreprises. Votre boulanger ou votre plombier n’a qu’un CAP et ces entrepreneurs ont souvent une dizaine d’employés et le niveau de vie moyen du boulanger est équivalent à celui moyen du notaire.

      • Que la sélection soit rétablie OK, ça se comprend. Que la sélection se fasse sur une base financière non.

        • Sleeping ,

          La constitution française , en son préambule , la ddhc , dit simplement  » que nous naissons libres et égaux en droit  » et rien de plus que naître …ensuite , c’est libéralisme à tous les étages , pas d’assistanat , la famille qui vous aide ou peut vous aider ou les emprunts et pour les autres , le BTS ou l’apprentissage …

          Que la sélection se fasse sur une base financière ou pas ne me choque pas , car d’une part , il faut de la sélection , pour dépasser le stupide  » 80 % d’une classe d’âge au bac  » et l’engorgement conséquent des écoles et facs qui ont du mal à gèrer ces arrivés …

          D’autre part , notre pays a t’il besoin de tant de cadres de niveau bas ou moyen ?

          Enfin , l’hypocrisie cache le fait que ceux qui demandent le moins de sélection sont ceux qui envoient leurs gosses dans les meilleures écoles et à l’étranger …
          N’oublions pas les nombreux cadres sortis des  » bonnes écoles  » qui gagnent moins , et c’est normal , que les bons artisans et petits entrepreneurs…

          • Libre et égal c’est quand même antinomique non ? ou bien on est libre ou bien on est égal mais les deux ensemble ce n’est pas possible …..

        • Le problème c’est que tu t’arrêtes où dans le niveau d’études ?

          Si tu veux créer ta boite il y aura aussi une sélection qui se fera sur l’argent, si tu veux t’acheter une Ferrari aussi.

          Pourquoi un entrepreneur qui s’est arrêté au CAP et qui a monté sa boite doit financer les études d’un BAC+5 ? Bac +8 ? Surtout qu’il n’est pas dit qu’il y aura un retour lors de l’imposition des revenus.

          Et les étudiants étrangers ? Tu les formes gratos ? Tu les rembourses s’ils restent travailler en france ?

          • Donc si un jeune sorti d’une famille au chômage ou d’une mère seule travaillant comme caissière souhaite devenir ingénieur il ne le pourra pas car l’école est trop chère ? Alors qu’il y a un manque d’ingénieur ? C’est pas très malin comme stratégie, et ça détruit des vies et des rêves.

            • Il le pourra en empruntant et en bénéficiant de bourses. S’il a des capacités, il n’aura a priori pas de problème pour obtenir ces emprunts et ces bourses. En tant qu’ancien élève, je lui prête à 0%. En revanche, j’enrage de payer via mes impôts pour celui qui se cuite tous les jeudis soirs et qui dort, dans sa coloc ou dans l’amphi, tous les vendredi matins.

            • S’il est bon, il trouvera une entreprise pour financer la fin de ses études, contre contrepartie s’entend.

            • SW comme dit ci-avant et si on laisse assez d’argent aux gens en arrêtant de financer la solidarité de tous par tous qui empêche chacun de financer ses propres choix, il se trouvera toujours certes des bourses publiques mais surtout des bourses privées au mérite données par les universités, les écoles ou même les entreprises quitte à ce que ça donne le droit de l’entreprise à sélectionner ses futurs salariés : c’est un genre de funding.

              Mais je note que tu n’as répondu à aucune question.
              En continuant sur la même lancée tu vas donc continuer à donner des allocations logement, le RSA, des repas à la cantine à 15 centimes (St Denis) etc… Rien ne change en fait.

              [mode humour ON]
              Pour la mère seule travaillant comme caissière, rajoute qu’elle a aussi un enfant handicapé, qu’elle fait des m »nages le soir et que le père est en prison !
              [mode humour OFF]

            • Sleeping ,

              Un ancien PDG de Mercédés Benz a commencé apprenti et a fini PDG ( donc ) de cette société …
              En France , ce serait inimaginable , il faudrait privilégier les énarques , les grandes écoles , les fils de famille etc…
              Tt n’est pas tjrs bloqué …

            • Il le pourra en travaillant trois ans et en mettant de coté de l’argent avant d’entamer des études qu’il réussira d’autant mieux et exploitera d’autant mieux qu’il aura acquis une maturité plus grande. Pourquoi les universités israéliennes sont elles si renommée et le niveau de leurs élèves si bon : trois ans de service militaire préalable …. ça change la donne.

        • Ceux qui veulent faire des études n’ont qu’à les financer intégralement eux-mêmes, en empruntant ou en travaillant. Les classes moyennes fonctionnarisées n’ont pas besoin d’aller à la fac aux frais des pauvres.

  • Ceux qui paient les impôts sont les mêmes que ceux qui envoient leurs gamins à l’Université. De là à dire qu’ils se subventionnent eux-mêmes … Il y a un pas que je franchis joyeusement.

    Arrêtons de se voiler la face.

    Si les frais de scolarité augmentent mais que les impôts ne baissent d’autant : bonjour l’arnaque aux classes moyennes. On sait très bien que les impôts ne baisseront pas, alors, laissez donc les frais de scolarité tels qu’ils sont.

    Quand on paiera une flat tax, quand on arrêtera de dépenser 1/3 du PIB en subsides sociaux, etc. : on pourra commencer à mettre sur la table la question des frais d’inscriptions. Pas avant.

  • L’investissement public dans l’enseignement supérieur en Amérique est beaucoup plus grand aujourd’hui, en dollars ajustés de l’inflation, que pendant le supposé âge d’or du financement public dans les années 1960 ces dépenses ont augmenté à un rythme beaucoup plus rapide que les dépenses du gouvernement en général. Par exemple, le budget de l’armée est d’environ 1,8 fois plus élevé aujourd’hui qu’il ne l’était en 1960, alors que les crédits législatifs à l’enseignement supérieur sont plus de 10 fois plus élevé « . En d’autres termes, loin d’être causé par les compressions budgétaires, la hausse étonnante dans les frais de scolarité est étroitement corrélé avec une augmentation massive des subventions publiques pour l’enseignement supérieur. Si au cours des trois dernières décennies, les prix des voitures avaient augmenté plus vite que les frais de scolarité, la moyenne nouvelle voiture coûterait plus de 80 000 $.
    SOURCE: http://www.nytimes.com/2015/04/05/opinion/sunday/the-real-reason-college-tuition-costs-so-much.html?_r=1

  • Je conseille à tout le monde de lire: « Economic Facts and Fallacies” » de Thomas Sowell, livre qui date de 2007.
    Au troisième chapitre de cet excellent livre, Sowell traite des mythes associés au réputé système d’éducation universitaire américain, au sein duquel il œuvre. Il souligne que les coûts associés à l’éducation universitaire ont augmenté beaucoup plus rapidement que l’inflation et que le revenu disponible des ménages. Plus il y eu d’argent disponibles pour l’éducation provenant de subventions gouvernementales, de dons privés et de prêts étudiants, plus les écoles sans but lucratif ont augmenté leur bureaucratie et leurs dépenses inutiles. Une entreprise recherchant le profit cherchera à accomplir une tâche le plus efficacement possible en utilisant le moins de ressources possible, alors que pour les écoles à but non-lucratif, c’est souvent le contraire puisque le salaire et le prestige des dirigeants y est corrélé au nombre d’employés et à la taille du budget.

    Pourtant, les moyens d’évaluer et de comparer ce que les étudiants obtiennent contre ces sommes faramineuses sont déficients et confus. C’est que la plupart des agences d’accréditation n’observent que les intrants (e.g. nombre de livres à la bibliothèque ou la taille des laboratoires) et négligent les extrants. Cela pousse les écoles à dépenser énormément pour augmenter les intrants et ainsi améliorer leur score, alors que la qualité de l’éducation ne s’y améliore pas vraiment.

    Par ailleurs, les coûts reliés à l’admission des étudiants sont effarants. Tout d’abord, les universités font beaucoup de publicité pour attirer le plus de demandes possible, afin de pouvoir en rejeter le plus possible, car un bas taux d’acceptation est considéré comme un critère de qualité, de sélectivité et d’exclusivité. Ensuite, ces écoles se dotent d’une véritable armée de dépisteurs qui parcourent le pays pour analyser les candidatures et dénicher les « meilleurs » étudiants. Comme l’affirmait un responsable des admissions de l’Université Stanford : « si nous n’admettions les étudiants qu’en fonction de leur score SAT, je n’aurais pas ce travail. »

    Le fait qu’une université ne recherche pas le profit ne signifie pas qu’elle soit indifférente à l’argent et qu’elle ne poursuivra pas celui-ci avec assiduité. Les universités qui ont des lobbys oeuvrant auprès des politiciens fédéraux dépensent en moyenne plus de $100,000 à cet égard et récoltent par la suite $1 million en fonds gouvernementaux.

    Chaque dollar dépensé par les universités est considéré comme étant un coût. Pourtant, ces dépensent n’améliorent pas toujours la qualité de l’éducation. Sowell donne plusieurs exemples, dont celui de l’Université Princeton qui a fait construire un nouveau dortoir pour 500 étudiant, avec des fenêtres en verre cathédrale et cadre en acajou, avec une salle à dîner comportant un plafond de 35 pieds de hauteur, le tout au coût de $130 millions. Sowell relate que l’Université Baylor a fait augmenté la hauteur de son mur d’escalade de 41 à 52 pieds suite à ce que l’Université Texas A&M en ait construit un de 44 pieds. Puis, l’Université de Houston en a construit un de 53 pieds, qui fut vite surpassé par celui de l’Université du Texas à San Antonio. Comme quoi les murs d’escalade mènent à des escalades de coûts, refilés aux contribuables puisque le gouvernement subventionne ces « coûts » excessifs. En revanche, les coûts des universités à but lucratif sont plus directement reliés à l’éducation en elle-même et sont mieux contrôlés. D’ailleurs, aucune de ces institutions, incluant l’Université de Phoenix qui a plus d’étudiants que n’importe quelle université à but non-lucratif, n’a de stade de football.

    Une bonne part des coûts des universités sans but lucratif sont reliés à la recherche. C’est d’ailleurs la qualité de la recherche et la réputation de certains de leurs professeurs qui fait la renommée des universités les plus prisées. Pourtant, cette recherche ne sert souvent qu’à améliorer le c.v. et à faire avancer la carrière de certains professeurs et la plupart des étudiants de premier cycle n’en bénéficient pas et n’ont pas accès aux fameux professeurs-vedettes.

    Les subventions qui servent à aider les étudiants dont les familles ne sont pas assez riche pour payer leurs études donnent un incitatif aux écoles à maintenir les frais de scolarités dispendieux. Ainsi, lorsque les subventions aux étudiants sont augmentées, les universités augmentent les frais de scolarité d’un montant équivalent et dépensent l’argent sur des intrants qui rendent leur école plus concurrentielle sur les palmarès et plus attrayante pour les étudiants.

    Concernant les dettes d’étude, un tiers des étudiants n’ont pas de dette alors que les autres ont une dette moyenne de $20,000, soit environ le prix d’un Ford Escape. Pourtant, personne ne clame que le poids de la dette automobile est « écrasant » et que le gouvernement doit subventionner l’achat d’automobiles. Par ailleurs, le gradué moyen gagnera un salaire supérieur au contribuable moyen, il est donc injuste de forcer les contribuables à subventionner les étudiants.

    En somme, Sowell conclut que le mode de financement des universités américaines donne trop de latitude aux administrateurs de ces institutions, comparativement à ceux oeuvrant pour des entreprises dont la survie dépend de leur capacité à satisfaire leurs consommateurs au plus bas coût possible. Il n’est donc pas surprenant que ces individus prennent des décisions qui servent davantage leurs intérêts que ceux des étudiants, ce qui mène à des niveaux exubérants de frais de scolarité.

    • Globalement c’est très juste.
      Par contre la référence à Phoenix est mauvaise. Ce n’est pas une université au sens classique mais essentiellement un vendeur de diplômes en ligne. Les cours, quand il y en a, sont de mauvaise qualité, et les étudiants ne mettre jamais les pieds sur un quelconque « campus », qui n’a donc pas besoin de stade de foot.

      Par ailleurs les organismes accréditeurs mettent de plus en plus l’accent sur les extrants. Par exemple l’AACSB (Association to Advance Collegiate Schools of Business) à mis en place depuis quelques années une métrique dite AOL (assurance of learning) mesurant l’écart existant entre les objectifs d’un cours et les compétences réellement acquises par les étudiants en sortant de ce cours.

  • Un peu hors sujet peut-être, mais la photo c’est pas un cours de maths, c’est un cours de finance basique (des options américaines en temps discret).
    Les gens qui suivent ce genre de cours en général n’ont pas trop de problèmes à financer leurs études, où à en rembourser le coût plus tard.
    Une photo d’un cours de littérature anglaise ou de 1e année de psycho à Nanterre aurait pu être plus appropriée.

  • Il est certain qu’une hausse des frais d’inscription financés par l’endettement des étudiants (ou de leurs familles) sera l’occasion de substantiels profits pour les institutions financières grâce aux intérêts versés mais plus encore grâce à la spéculation, enfin pendant un certain temps (cf. la bulle qui risque de crever aux USA). Mais je suis sceptique quant au bénéfice qu’en tireront les étudiants. Je ne suis as certain que débuter sa vie active avec une dette est positif. Cela appauvrit, empêche souvent d’effectuer de nouveaux emprunts (pour accéder à la propriété par exemple), ce qui a bien entendu une influence négative sur l’activité économique quant ce n’est pas tout bonnement l’impossibilité de rembourser (le gouvernement britannique estime que 20% des étudiants seront incapables de rembourser leur emprunt).

    Vous prétendez qu’actuellement « les pauvres paient pour les riches ». Argument maintes fois entendu dans les officines de droite mais peu convaincant. Les prélèvements obligatoires ne servent pas qu’à financer les études supérieures, fort heureusement. Ces impôts servent aussi à financer des services dont profitent aussi les pauvres, mais également des transferts sociaux au bénéfice des pauvres. Or étant donné que les riches sont ceux qui paient le plus d’impôts (encore qu’il est vrai qu’aujourd’hui on peut en douter notamment depuis les travaux de Piketty sur le sujet), il n’est pas du tout certain que les « pauvres » paient les études des enfants des « riches ». A la rigueur on pourrait peut-être en parler pour les grandes écoles, je pense par exemple à polytechnique qui reçoit que dotation de plus de 70 millions d’euros chaque année…. Mais surtout on peut se demander en quoi augmenter les frais de scolarité permettra aux plus pauvres l’accès au supérieur étant donné que déjà à l’heure actuel, les frais de scolarité (ajoutés aux autres frais induits par les études) est une barrière qui limite l’accès des plus pauvres au supérieur malgré les dispositifs pour tenter d’empêcher ce phénomène. Ce serait bien la première fois qu’une hausse des prix permet d’augmenter l’accès ! Pour s’en convaincre si on a quelques doutes, il suffit de regarder les USA qui voient les inégalités se creuser pour l’accès au supérieur et l’obtention de diplômes (on peut lire à ce sujet les travaux de David Ellwood et Thomas Kane).

    La croissance des inégalités quant à l’accès aux diplômes du supérieur aura pour conséquence une réduction de la mobilité sociale car bien que le diplôme ne soit pas le seul moyen pour améliorer sa condition, il semble que cela soit le moyen le plus efficace. C’est une arme contre le chômage et la précarité comme le montrent les données de l’INSEE http://www.inegalites.fr/spip.php?page=graphe&num=5&ligne_depart=0&ligne_fin=9&colonnes=0,1,2&type=&miny=&pas=&note=&lignes_exclues=6&type0=&couleur0=&type1=&couleur1=&type2=&couleur2=&type3=&couleur3=&type4=&couleur4=&type5=&couleur5=&type6=&couleur6=&type7=&couleur7=&type8=&couleur8=&axe0=&axe1=&axe2=&axe3=&axe4=&axe5=&axe6=&axe7=&axe8=&Y-unite0=&Y-couleur0=&Y-unite1=&Y-couleur1=&Y-unite2=&Y-couleur2=
    ou les études du Céréq notamment celle-ci http://www.cereq.fr/pdf/b253.pdf

    On peut bien sûr arguer que les étudiants pourront payer leurs études en travaillant à côté, mais contrairement à ce que vous prétendez les études sont là pour montrer un impact négatif du travail étudiant. notamment l’étude de l’OVE (observatoire de la vie étudiante) ou encore de l’INSEE http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?id=2708.

    Pour finir je reviens sur « la tragédie des biens communs ». Cela ne peut concerner que des biens, des services obéissant au critère de rivalité (l’usage du bien ou du service restreint ou empêche l’usage par un autre), l’exemple de Hardin sur les pâturages obéit à ce critère mais ce n’est pas vraiment le cas d’ éducation ou de l’accès au savoir. Le fait qu’un individu accède à un savoir, aille dans le supérieur n’empêche nullement un autre d’y accéder également. Il serait donc judicieux de distinguer biens communs caractérisés par le critère de non-exclusion ( tout le monde peut en profiter, y accéder) et le critère de rivalité et biens collectifs caractérisés par la non-exclusion mais également la non-rivalité. le cas de l’éducation et de l’accès au supérieur relèverait alors plutôt des biens collectifs (bien qu’on puisse tout de même remarquer que la non-exclusion n’est pas « pure » étant donné qu’il faut un diplôme (le bac) pour y accéder). Aussi, je ne pense pas que ce soit un bon cadre d’analyse lorsqu’on s’intéresse au système universitaire français.

  • Il est certain qu’une hausse des frais d’inscription financés par l’endettement des étudiants (ou de leurs familles) sera l’occasion de substantiels profits pour les institutions financières grâce aux intérêts versés mais plus encore grâce à la spéculation, enfin pendant un certain temps (cf. la bulle qui risque de crever aux USA). Mais je suis sceptique quant au bénéfice qu’en tireront les étudiants. Je ne suis as certain que débuter sa vie active avec une dette est positif. Cela appauvrit, empêche souvent d’effectuer de nouveaux emprunts (pour accéder à la propriété par exemple), ce qui a bien entendu une influence négative sur l’activité économique quant ce n’est pas tout bonnement l’impossibilité de rembourser (le gouvernement britannique estime que 20% des étudiants seront incapables de rembourser leur emprunt).

    Vous prétendez qu’actuellement « les pauvres paient pour les riches ». Argument maintes fois entendu dans les officines de droite mais peu convaincant. Les prélèvements obligatoires ne servent pas qu’à financer les études supérieures, fort heureusement. Ces impôts servent aussi à financer des services dont profitent aussi les pauvres, mais également des transferts sociaux au bénéfice des pauvres. Or étant donné que les riches sont ceux qui paient le plus d’impôts (encore qu’il est vrai qu’aujourd’hui on peut en douter notamment depuis les travaux de Piketty sur le sujet), il n’est pas du tout certain que les « pauvres » paient les études des enfants des « riches ». A la rigueur on pourrait peut-être en parler pour les grandes écoles, je pense par exemple à polytechnique qui reçoit que dotation de plus de 70 millions d’euros chaque année…. Mais surtout on peut se demander en quoi augmenter les frais de scolarité permettra aux plus pauvres l’accès au supérieur étant donné que déjà à l’heure actuel, les frais de scolarité (ajoutés aux autres frais induits par les études) est une barrière qui limite l’accès des plus pauvres au supérieur malgré les dispositifs pour tenter d’empêcher ce phénomène. Ce serait bien la première fois qu’une hausse des prix permet d’augmenter l’accès ! Pour s’en convaincre si on a quelques doutes, il suffit de regarder les USA qui voient les inégalités se creuser pour l’accès au supérieur et l’obtention de diplômes (on peut lire à ce sujet les travaux de David Ellwood et Thomas Kane).

    La croissance des inégalités quant à l’accès aux diplômes du supérieur aura pour conséquence une réduction de la mobilité sociale car bien que le diplôme ne soit pas le seul moyen pour améliorer sa condition, il semble que cela soit le moyen le plus efficace. C’est une arme contre le chômage et la précarité comme le montrent les données de l’INSEE ou les études du Céréq

    On peut bien sûr arguer que les étudiants pourront payer leurs études en travaillant à côté, mais contrairement à ce que vous prétendez les études sont là pour montrer un impact négatif du travail étudiant. notamment l’étude de l’OVE (observatoire de la vie étudiante) ou encore de l’INSEE

    Pour finir je reviens sur « la tragédie des biens communs ». Cela ne peut concerner que des biens, des services obéissant au critère de rivalité (l’usage du bien ou du service restreint ou empêche l’usage par un autre), l’exemple de Hardin sur les pâturages obéit à ce critère mais ce n’est pas vraiment le cas d’ éducation ou de l’accès au savoir. Le fait qu’un individu accède à un savoir, aille dans le supérieur n’empêche nullement un autre d’y accéder également. Il serait donc judicieux de distinguer biens communs caractérisés par le critère de non-exclusion ( tout le monde peut en profiter, y accéder) et le critère de rivalité et biens collectifs caractérisés par la non-exclusion mais également la non-rivalité. le cas de l’éducation et de l’accès au supérieur relèverait alors plutôt des biens collectifs (bien qu’on puisse tout de même remarquer que la non-exclusion n’est pas « pure » étant donné qu’il faut un diplôme (le bac) pour y accéder). Aussi, je ne pense pas que ce soit un bon cadre d’analyse lorsqu’on s’intéresse au système universitaire français.

  • L’argument se tient logiquement, mais dans les faits, il suffit de voir ce qu’est devenu le système universitaire américain pour comprendre que c’est plutôt risqué.
    En effet, le pouvoir des étudiants se retrouve cantonné à la proclamation d’interdits sociétaux. Pertinence des contenus, inflation des salaires et des postes administratifs sont des sujets auxquels personne ne touche.
    La machine éducative supérieure US est devenue la meilleur machine à recycler du copain et à imposer une vision monolithique du monde propre à contenter les pouvoirs dominants…
    Quant à la France, il suffit de savoir comment est nommé un président d’université pour comprendre que les sillons ont déjà été tracés.

  • On ne peut dire mieux, et de nombreux pays sont arrivés à ces conclusions.

    Mais la France n’est pas malade pour rien, et va encore camper sur ses pauvres certitudes.

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