Tout aliment est génétiquement modifié

L'innovation technologique rend les aliments moins onéreux (Crédit infographie : HumanProgress.org, libre de droit)

Quelques idées reçues à propos des OGM méritent d’être révisées.

Par Chelsea German, depuis les États-Unis
Un article du Cato Institute

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L’innovation technologique rend les aliments moins onéreux (Crédit infographie : HumanProgress.org, libre de droit)

 

Un article récent de Business Insider sur les ancêtres sauvages des fruits et légumes modernes en peignait un sombre tableau. Une carotte ressemblait à n’importe quelle racine brune maigre arrachée de la terre au hasard. Le maïs était presque aussi fin et immangeable qu’un brin d’herbe. Les pêches étaient autrefois des baies minuscules avec bien peu de chair. Les bananes étaient les moins identifiables de tous les fruits, dépourvues des deux caractéristiques associées avec leurs homologues modernes : la peau pratique à enlever et l’intérieur sans pépins. Comment ces plantes à peine comestibles se sont-elles transformées en ces appétissants fruits et légumes que nous connaissons aujourd’hui ? La réponse est l’ingéniosité humaine et des millénaires de modification génétique.

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Carottes – Photo Credit : Genetic Literacy Project and Shutterstock via Business Insider

 

L’humanité n’a cessé d’innover pour produire plus de nourriture avec moins de terres, moins d’eau et moins d’énergie. En conséquence, la nourriture est non seulement plus abondante, mais elle est aussi proposée à des prix toujours plus bas.

Le rythme des avancées technologiques peut parfois être, passez moi l’expression, difficile à digérer.

La viande cultivée en laboratoire, créée sans la nécessité de tuer un animal, est déjà une réalité. Le premier hamburger cultivé en laboratoire est apparu en 2013, et coûtait alors plus de 300 000 $, mais le prix du steak haché de laboratoire a depuis chuté, et le créateur de cette innovation « prévoit d’être en mesure de produire des steaks hachés sur une échelle suffisamment importante pour les vendre moins de 10$ la pièce dans les cinq ans à venir. »

Les personnes qui ne mangent pas de viande sont toujours plus nombreuses, et la culture en laboratoire est une excellente nouvelle pour ceux qui sont végétariens uniquement pour des raisons éthiques. Il faut actuellement plus de terres, d’énergie et d’eau pour produire une livre de bœuf qu’on ne le fait pour produire des calories équivalentes sous forme de poulets ou de céréales. Ainsi, la viande cultivée pourrait également conduire à d’énormes gains dans l’efficacité de la production alimentaire.

Un autre bel exemple du progrès humain dans le domaine de la nourriture est le riz doré. L’Organisation mondiale de la santé estime que 250 000 à 500 000 enfants deviennent aveugles chaque année en raison de carence en vitamine A, et environ la moitié d’entre eux meurent dans l’année où ils perdent la vue. Le riz doré, qui doit en grande partie son existence à une fondation privée, la Fondation Rockefeller, est génétiquement modifié pour produire du bêta-carotène, que le corps humain peut transformer en vitamine A. Des centaines de milliers d’enfants des pays en développement pourraient voir leur carence en vitamine A éliminée par le riz doré et ainsi échapper à la cécité et à la mort.

Contrepoints807 - OGM - René Le HonzecLes humains n’ont cessé de modifier les aliments depuis des millénaires, et aujourd’hui nous pouvons le faire de bien des façons, de la viande cultivée au riz doré. Malheureusement, il est devenu à la mode de redouter les organismes génétiquement modifiés (OGM) modernes, même si les scientifiques conviennent globalement qu’ils sont sans danger.

L’hystérie anti-OGM a incité la chaîne de restaurant populaire Chipotle à se qualifier très récemment « sans OGM » (affirmation très douteuse), inspirée par un mouvement politique qui exige l’étiquetage des aliments génétiquement modifiés (une réglementation inutile laissant entendre aux consommateurs que les OGM sont dangereux), et alimente également l’opposition au riz doré.

Matt Ridley, membre du conseil consultatif de HumanProgress.org, a résumé le problème dans une récente tribune publiée par le Wall Street Journal :

« Après 20 années et des milliards de repas, il n’y a encore aucune preuve que les [OGM] nuisent à la santé humaine, et il y a de nombreuses preuves de leurs avantages environnementaux et humanitaires.

Enrichi de vitamines GM le « riz doré » pourrait sauver des vies dans l’avenir, mais Greenpeace s’y oppose. Les producteurs bangladais d’aubergine pulvérisent leurs cultures avec des insecticides jusqu’à 140 fois en une saison, au risque de leur propre santé, parce que la version OGM de la plante qui résiste aux insectes est farouchement condamnée par les écologistes. L’opposition aux OGM a certainement coûté bien des vies.

D’ailleurs, que remplacent les OGM ? Avant l’invention des cultures transgéniques, le principal moyen pour créer de nouvelles variétés était « la sélection par mutation » : brouiller l’ADN d’une plante de manière aléatoire, en utilisant des rayons gamma ou des mutagènes chimiques, dans l’espoir que certains des monstres ainsi produits auraient de meilleurs rendements ou de nouvelles caractéristiques.

Par exemple, l’orge « Golden Promise », le favori des brasseurs bios, a été produit de cette façon. Cette méthode, pourtant moins sûre que le transfert de gènes bien connus, n’est pourtant soumise à aucune réglementation particulière. »

Heureusement, si les règlements inspirés par le sentiment anti-OGM peuvent ralentir les progrès, il est probable qu’ils ne peuvent le faire indéfiniment. Pour ceux qui veulent éviter les aliments GM modernes, le marché pourra toujours fournir des alternatives plus traditionnelles, et pour le reste d’entre nous, l’ingéniosité humaine continuera probablement à augmenter l’efficacité agricole et améliorer la nourriture d’une manière que nous ne pouvons même pas imaginer.

Pour en savoir davantage sur les progrès que nous avons déjà faits, visiter HumanProgress.org et sélectionner dans « Browse Data » la catégorie « Food ».

Traduction de « Human Ingenuity and the Future of Food » par Gérard-Michel Thermeau pour Contrepoints.