La technologie comme rupture : le cas des tests de grossesse

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La technologie comme rupture : le cas des tests de grossesse

Publié le 1 septembre 2015
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Par Philippe Silberzahn.

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On associe souvent technologie et rupture. On parle de technologie de rupture à tout bout de champ. C’est oublier que toute nouvelle technologie n’entraîne pas nécessairement une rupture. Inversement, on imagine souvent mal les impacts d’une nouvelle technologie, en particulier économiques et sociétaux. Regardons cette question à partir d’un exemple simple, celui des tests de grossesse.

Savoir si une femme est enceinte est depuis longtemps une question importante pour l’humanité et de nombreuses techniques ont été développées pour y répondre. La technique des anciens Égyptiens était d’arroser un sac de blé et d’orge avec l’urine de la femme. La germination indiquait une grossesse. Dans les années 1930, une meilleure connaissance des mécanismes hormonaux permet de développer un test plus précis. Il consiste désormais à injecter l’urine en sous-cutané à une souris femelle. Celle-ci est ensuite tuée et disséquée. Une ovulation indique la présence de l’hormone hCG ce qui signifie une grossesse. On progresse, mais ce n’est pas idéal…

Une amélioration est ensuite réalisée avec le test de Hogben qui s’applique, lui, sur… une grenouille, qu’il n’est en revanche pas nécessaire de tuer, progrès notable. On injecte du sérum ou de l’urine de la femme à une grenouille femelle. Si celle-ci produit des œufs dans les 24 heures qui suivent, le test est positif.

À partir des années 1960, les progrès techniques permettent de ne plus utiliser d’animal et de passer aux tests in-vitro à partir d’un prélèvement. Celui-ci est fait par un médecin, et est envoyé à un laboratoire médical, autre innovation de cette période, qui effectue le test avec des machines spécialisées.

En 1978 est introduit le premier test individuel. Plus besoin ni de médecin, ni de laboratoire, les deux acteurs disparaissent, et le test est acheté en pharmacie, nouvel acteur qui apparaît. Aujourd’hui, ces tests sont achetés sur Internet, même plus besoin de pharmacien. On peut tirer plusieurs leçons de cet exemple :

  • La première : une définition de ce qu’est la technologie, à savoir une connaissance accumulée sous forme utilisable.
  • La deuxième : la technologie encapsule cette connaissance dans des objets tangibles, comme le test de grossesse, l’ordinateur, la boussole, et intangibles comme les recettes de cuisine, les algorithmes, qui permettent à ceux qui ne maîtrisent pas cette technologie de l’utiliser. Elle est donc une forme accumulée de la connaissance des uns, utilisable par d’autres. Le test individuel encapsule, en quelque sorte, cinq cents ans de développement des connaissances sur la question en une forme utilisable par quelqu’un qui ne dispose probablement d’aucune d’entre elles. C’est donc un objet intermédiaire.
  • La troisième : la plupart du temps ces objets encapsulent non pas une mais plusieurs technologies, parfois des centaines, imbriquées les unes dans les autres. Dans le cas d’un téléphone mobile aujourd’hui, les technologies sont tellement nombreuses qu’on ne peut les compter. L’objet encapsulant est donc également un agrégateur et un intégrateur de ces technologies qui sans lui ne seraient pas utilisables ensemble.
  • La quatrième : en mettant une somme de connaissances créées par certains, que nous appellerons les experts, à disposition de ceux qui ne la possèdent pas, les non-experts, sous une forme utilisable par ces derniers, elle permet à cette connaissance d’être utilisée sans les experts.

Cela paraît évident, mais cette évidence est rarement admise dans ses conséquences pratiques ; c’est en effet là que se situe l’élément vraiment disruptif. Les experts créent un objet qui permet de se passer d’eux. Cela permet le passage à l’échelle :

  • avant le test individuel, la présence du médecin est nécessaire puisqu’on apporte le « problème » à la solution, ce qui représente un point de blocage.
  • avec le test individuel, des millions de tests peuvent être faits sans intervention de l’expert car on apporte la solution au « problème ». Une condition qui nécessitait une expertise humaine très importante et très chère, un médecin, un technicien de laboratoire et toute une batterie de technologies, est désormais traitée par un petit objet coûtant trois euros, et que la patiente peut utiliser seule.

Les conséquences sociales sont donc réelles : pour un domaine donné, l’expert est de moins en moins nécessaire au fur et à mesure que l’on franchit les étapes de ce processus. En médecine, ce qui nécessitait l’intervention d’un spécialiste est peu à peu pris en charge par un médecin généraliste, puis par une infirmière, puis par l’individu lui-même. On a donc une démocratisation progressive du domaine. Pour monter un film, il fallait un expert, aujourd’hui on fait cela sur Youtube, gratuitement. Du coup, on peut avoir des milliards de vidéos.

Cette « démocratisation » du domaine fait naturellement l’objet d’une résistance, parfois féroce, de ceux qui maîtrisent chaque étape. Les médecins s’opposent ainsi férocement à l’auto-médication. Les monteurs vidéo se moquent du travail d’amateur des vidéos Youtube. L’argument le plus souvent invoqué est celui de la sécurité et de la qualité. « Sans nous, attention à la perte de qualité. » Dans le domaine de la médecine, comme il s’agit de vie ou de mort, l’argument porte souvent.

L’argument de la qualité, cependant, ne tient généralement pas : l’expérience montre qu’un tel développement augmente la qualité. Ainsi, Shouldice, une clinique canadienne qui ne traite que des hernies, et rien d’autre, a-t-elle un taux d’échec post-opératoire très largement inférieur à celui des hôpitaux. Dans la plupart des cas, la qualité est « suffisante » pour la majorité des utilisations et réserve ainsi le recours à l’expert aux situations particulières. L’appel à l’expert est supprimé, ou raréfié ; dans le cas du test, on peut faire confirmer le résultat par un médecin, dont le test sera marginalement plus fiable, mais c’est rare.

Il faut noter, pour terminer, que le numérique est particulièrement disruptif en ce qu’il permet un partage accéléré de la connaissance, et donc une démocratisation accélérée.

La source pour cet article est l’article de Wikipedia sur les tests de grossesse. Pour un illustration de l’évolution de la connaissance sur un domaine du stade intuitif au stade empirique puis au stade de précision, voir « Réformer le secteur de la santé, l’apport indispensable des théories de l’innovation. » Sur l’importance des outils comme facteur de rupture, voir « Innovation : la démocratisation des outils est le vrai facteur de rupture » .

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