La Tunisie entre démocratie et particratie

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Entre marasme politique et jeux d’alliances, la Tunisie attend mieux de ses dirigeants.

Par Rami Ben Nejma

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Drapeau tunisien-dominique TOUEL(creative common)

Si on veut croire à la légende, la Rome d’aujourd’hui n’est Rome que grâce à Romulus qui a détrôné son frère Rémus pour devenir fondateur et premier roi de celle-ci. Et même si l’histoire ne se répète pas, on a vu le même scénario se dérouler avec Euric et son frère Théodoric II. Deux rois ne peuvent pas régner sur la même nation, sauf Essebssi et Ghannouchi qui n’ont pas tiré de leçon du passé et ont appelé à un gouvernement d’union nationale.

Cela dit, le principal parti de la coalition quadripartite au pouvoir s’est mis d’accord sur une alliance gouvernementale avec son pire ennemi politique Ennahda. Cette nouvelle rébellion montre ses limites à la première secousse et ne rassure ni les nidaîstes qui sont en voie d’effritement, ni de nombreux Tunisiens envahis par une nostalgie bourguibiste.

Une telle rébellion devrait être impossible d’après les déclarations médiatiques fermes de Béji Caîed Essebssi avant sa victoire présidentielle le 26 octobre 2014. Même si son parti n’a pas obtenu la majorité absolue lui permettant de diriger seul le pays, Nida Tounès pouvait grâce à ses adhérents pêle-mêle des anciens rcdistes, des hommes et des femmes d’affaires, des syndicalistes, des transfuges de gauche et d’autres sensibilités, former un gouvernement bénéficiant du salut de l’Assemblée Constituante Tunisienne. Ou encore, il suffisait mathématiquement de s’allier avec les partis partageant le même programme politique pour atteindre le quorum requis sans rompre ses engagements ni trahir ses promesses.

Depuis l’investiture de la Troïka, la Tunisie va très mal : une économie blafarde, un taux de chômage qui ne cesse d’augmenter, un pouvoir d’achat en baisse avec, en contrepartie, un coût de la vie bien élevé. Au-delà de l’affaire économico-sociale, d’autres affaires impérieuses s’ajoutent pour compliquer plus la situation à savoir le bazar des grèves tous les deux jours, le bataclan du terrorisme et le grand bastringue des frontières avec la Libye et l’Algérie.

Les crises sociales, économiques et sécuritaires empirent jour après jour et le citoyen lambda n’a plus d’énergie pour supporter un autre quinquennat de mauvaise gestion et ne sait plus à quel maitre des lieux faut se vouer.

La nature de la coalition quadripartite entre Nida Tounès, Afek Tounès, l’UPL et Ennahda ne rassure point la scène politique et elle est la première responsable de cette ambiance morose. Par ailleurs, la guerre est déjà déclenchée au sein de Nida Tounès même de la part de Hafedh Caîd Essebssi qui se révolte contre son père BCE. Les opposants, quant à eux, ont la bougeotte et ne cachent pas leur joie face à l’inefficacité de cette nouvelle alliance. Et au-delà de ce marasme politique, c’est l’éternelle Sihem Ben Sedrine (présidente de l’Instance vérité et dignité) qui pense trouver le miracle du siècle et appelle à mettre le pays en stand-by et à procéder avant tout à la réconciliation. Habib Essid, quant à lui préfère jouer cavalier seul et a déclaré qu’il ne travaillera sous les ordres d’aucun de deux partis.

Sartre a dit un jour que la vie n’est qu’un théâtre permanent : cette famille politique se régale justement à jouer devant et avec nous. Le Tunisien se laissera-t-il prendre par le spectacle jusqu’à en oublier l’essentiel ? Sera-t-il cet idiot qui regarde le doigt quand on lui montre la lune ? A bon entendeur…