Armes : quand Christophe Barbier sombre dans l’amalgame

Pour Christophe Barbier, « avoir une arme à portée de main est une abomination ».

Par Phoebe Ann Moses

Municipal ARchives of Trondheim (Creative Common)
Municipal Archives of Trondheim (Creative Common)

Les armes, pour Christophe Barbier, se ressemblent toutes. La preuve en 1’47, dans son édito en ligne de mercredi 28 août, où il présente le possesseur d’armes comme « atteint d’une maladie » qu’il faut éradiquer. Pour lui, il faut qu’ « il semble à tout un chacun, bien éduqué, qu’avoir une arme à portée de main est une abomination. »

Christophe Barbier, dont l’amour pour la démocratie est déjà bien connu des lecteurs de Contrepoints, depuis qu’il avait proposé de prendre modèle sur la Chine pour « réguler » l’accès à internet, vient donc de donner à nouveau son avis.

Cette fois, c’est sur ce qu’il convient de faire pour éradiquer la violence dans les trains, dans les campements de gens du voyage, et dans les journaux télévisés, situations qui pour lui ont un point commun : « les armes » !

Terroriste, citoyen lambda, ou chasseur, sont pour lui « atteints d’une maladie », et pour l’éradiquer, il suffit de « durcir la législation ». Sans modération. Christophe Barbier a peur. Parce qu’il « est si facile d’avoir sur soi une machine à tuer ». Florilège d’idées reçues, féérie de poncifs, ronde d’âneries à volonté.

Ce sont d’abord les policiers qui en prennent pour leur grade : d’après lui, ils savent très bien où sont les cachettes d’armes, mais ils ne le disent pas pour s’en servir « de monnaie d’échange ». C’est bien connu, ils « ferment les yeux » alors qu’ils devraient être plus sévères. Bon, on sent qu’il va y avoir du lourd dans l’argumentation.

Christophe Barbier - Adrien admou52 (CC BY-NC-ND 2.0)
Christophe Barbier – Crédit photo : Adrien admou52 via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

Ensuite, il s’en prend « aux gens ». Vous, moi, les gens normaux. « Il faut interdire aux gens d’avoir une arme à domicile ». Car, c’est bien connu, tous les gens qui ont une arme chez eux sont souvent pris d’une folie passagère qui les pousse à aller faire un carton dans les TGV.

Christophe Barbier veut « interdire à tout le monde » d’avoir une arme … « sauf aux professionnels ». Car, c’est bien connu, quand seuls les professionnels sont armés, le citoyen est bien protégé. On commence à sentir que l’argumentation devient solide.

Le meilleur reste à venir, quand Christophe Barbier propose que les chasseurs n’aient pas leur arme chez eux. Parce que, c’est bien connu, les chasseurs, quand leur arme leur est si facilement accessible, vont dans les TGV avec du .243Winchester faire les petits fous.

Christophe Barbier, expert en détention d’armes, propose tout bêtement que les chasseurs déposent leur arme à la mairie (oui, vous avez bien lu) et qu’elle leur soit rendue seulement pour la période de chasse. Il est connaisseur, ce Monsieur Barbier, il doit s’imaginer que toutes les mairies ont un système de sécurité suffisamment performant pour garder au chaud tout un stock d’armes.

Dans les campagnes, à la montagne, où les chasseurs pullulent comme on le sait bien, les mairies contiendraient donc un véritable arsenal, qui bien entendu serait sous bonne garde. C’est pour protéger la population des méchants chasseurs armés.

Et « pour éviter les drames conjugaux ». Parce que c’est bien connu, les chasseurs zigouillent leur femme quand leur arme est trop facilement accessible. Mais au fait, le sujet de départ n’était-il pas le terrorisme ?

Pour Christophe Barbier : terroriste, chasseur, même combat ! Thalys, fait divers, Winchester, Kalachnikov, tout ça c’est du pareil au même ! Ce cher Christophe Barbier qui honnissait l’amalgame en janvier, ne rechigne pas à le pratiquer en août. D’ailleurs il le dit lui-même : c’est une « maladie de l’arme à feu », qui a d’ailleurs selon lui contaminé « même la constitution des États-Unis ». Pensez donc, un journaliste français pense avoir identifié le mal qui gangrène tout un continent, alors qu’il ignore que ladite constitution est le fruit du combat pour l’indépendance et la liberté, mené… avec des armes à feu !

Décidément, quand de telles inepties sont racontées ouvertement par des gens qui n’ont probablement jamais approché une arme à feu (et donc en ont peur, comme on a souvent peur de ce qu’on ne connaît pas) mais qui ne manquent pas une occasion de faire partager leur point de vue sur une question qu’ils ne maîtrisent pas, on se dit qu’il est quand même bon d’avoir un internet non régulé pour s’informer en toute liberté.