« Faucheurs volontaires » : l’impérieux besoin d’exister

Faucheurs volontaires d'OGM (Crédits Ernest Morales, licence Creative Commons)

« Inspection citoyenne » à l’INRA de Colmar.

Par Wackes Seppi.

Faucheurs volontaires d'OGM (Crédits Ernest Morales, licence Creative Commons)
Faucheurs volontaires d’OGM (Crédits Ernest Morales, licence Creative Commons)

 

Lundi 17 août 2015 : « Une cinquantaine de « faucheurs volontaires » environ ont pénétré lundi matin dans les locaux de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) de Colmar (Haut-Rhin), pour une « inspection citoyenne » à la recherche de vignes OGM, a-t-on appris auprès de l’un d’entre eux. » C’est ce qu’écrit Le Parisien « avec AFP ».

Les « faucheurs volontaires » étaient réunis en assemblée générale du vendredi 14 au dimanche 16 août 2015 à Kaysersberg. Les Dernières Nouvelles d’Alsace s’en sont fait l’écho. Les DNA, du reste, étaient également présents à Colmar.

Les « faucheurs volontaires », rappelons-le, se distinguent par des actions de destruction de biens privés ou publics (les vignes de Colmar en 2005 et 2010, les serres du CIRAD de La Valette, près de Montpellier, en 1999, ou encore, plus récemment, le 5 avril 2015, l’essai du GEVES de La Pouëze dans le Maine-et-Loire), que ce soit au champ ou dans les silos ou les cargos. Qu’est-ce aussi que l’« inspection citoyenne » sinon des voies de fait, une intrusion non autorisée dans des locaux, publics ou privés, avec menaces – du fait du nombre – susceptibles de constituer dans certains cas une violation de domicile (la Cour d’Appel de Colmar avait retenu cette charge).

Imaginez qu’une centaine de jeunes pilleurs de troncs d’église se réunissent pour faire le bilan de leurs actions passées et programmer les actions futures (nous prenons cet exemple car les troncs sont notoirement vides). Que feraient nos pouvoirs de police et de justice ? Ici, pour les « faucheurs » – pour lesquels le législateur a même créé un délit spécifique1 – rien.

L’assemblée s’est tenue au Badhüs de Kaysersberg, une salle communale, donc mise à disposition par la municipalité. Étonnant, non ? Car il s’agit d’une forme de complicité et d’assistance à la délinquance en bande organisée. En fait, pas vraiment étonnant…

« « C’est un combat totalement inégal », considère Henri Stoll, maire de Kaysersberg. « Trafiquer le vivant est un crime contre l’humanité. » Pour l’élu écologiste, il était « naturel » d’accueillir l’événement. « Ce sont des gens que je trouve admirables. Ils mènent une bataille pour la vie, contre tout ce qui est en train de détruire la planète. » »

Car ce n’est pas la première fois que la mouvance « écologiste » EELV apporte son soutien aux « faucheurs ». « Ubu empereur » s’inscrit dans la droite ligne de l’apologie de la délinquance par un parti politique pourtant appelé à organiser et maintenir un État de droit. Le journaliste des DNA rapporte ces propos sans le moindre esprit critique. Il est vrai qu’il est seulement payé pour rapporter…

Les militants anti-OGM se sont donc rendus à l’INRA de Colmar pour une « inspection citoyenne ». L’AFP rapporte, avec une incroyable complaisance :

« Une membre des mouvements des faucheurs volontaires, Dominique Delort, a indiqué : « on va aller regarder dans les serres s’il y a des pieds de vignes OGM, comme ceux qu’on avait fauchés il y a cinq ans » »

Voilà donc des individus qui sont capables de reconnaître au premier coup d’œil des vignes génétiquement modifiées. Dans une station de recherche dont ils savaient pertinemment qu’elle n’a aucune activité dans ce domaine2. À quoi rimait alors cette expédition ? Assurer la permanence du mouvement et entretenir le militantisme – fût-ce au prix d’une mascarade – et s’assurer une indispensable visibilité médiatique.

Beaucoup de médias n’ont pas eu la sagesse de passer sous silence cette virée. Nous épinglerons ici une cible favorite : Science&Avenir ; ce fait divers concerne évidemment la science, n’est-ce pas ? Remarquons qu’au fil des nouvelles, la troupe passe d’une cinquantaine à « environ 80 », puis « quelques dizaines ».

Les DNA ont fait très fort dans l’incivisme. Comment peut-on écrire sans sourciller dans ce qui est une publicité à sens unique pour l’assemblée générale :

« Au cours de ces douze derniers mois, ils ont mené plusieurs opérations dites de « neutralisation », au cours desquelles ils versent des produits « naturels mais toxiques » sur les aliments transgéniques » ?

L’auteur de ces lignes ne sait-il pas ce que cela signifie ? Par exemple 3.500 tonnes de soja détruites – pas « neutralisées », mais détruites, rendues impropres à l’alimentation animale – dans le port de Lorient le 19 septembre 2014…

Et que penser de l’AFP dont nous avons déjà critiqué plus d’une fois une attitude qui frise la complicité ?

Quand Le Parisien arrive à poster à 10h18 un article sur un événement qui s’est produit le matin même et aurait pris fin vers 11h30, article agrémenté de la déclaration d’une participante sur ce qu’ils allaient faire, c’est que l’AFP avait été prévenue à l’avance et qu’elle a accepté non seulement de « couvrir » ce qui est et reste un délit, mais aussi de contribuer à la publicité de ce délit ; publicité qui, en fait, est la raison d’être du délit.

À l’heure où nous écrivons, rares sont ceux qui, comme Le Figaro, relayant France Bleu, ont annoncé que l’INRA portait plainte et qui ont aussi rapporté l’événement vu sous l’angle de la victime :

« Le directeur de cabinet du président de l’Inra a indiqué à la radio régionale que « nous allons porter plainte contre eux, pour violation de domicile et je pense menaces, compte tenu des propos tenus, sur leur détermination à revenir et leurs suspicions que nous dissimulons des choses, soit aux pouvoirs publics, soit à la société civile, ce qui est complètement faux évidemment. » »


Sur le web.

  1. Article L. 671-15 du Code rural et de la pêche maritime :
    « Est puni de deux ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende :

    1° Le fait de ne pas respecter une ou plusieurs conditions techniques relatives aux distances entre cultures prévues à l’article L. 663-2 ;
    2° Le fait de ne pas avoir déféré à une des mesures de destruction ordonnée par l’autorité administrative en application de l’article L. 663-3 ;
    3° Le fait de détruire ou de dégrader une parcelle de culture autorisée en application des articles L. 533-5 et L. 533-6 du code de l’environnement.

    Lorsque l’infraction visée au 3° porte sur une parcelle de culture autorisée en application de l’article L. 533-3 du code de l’environnement, la peine est portée à trois ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende.

    Les personnes physiques encourent également les peines complémentaires d’affichage de la décision prononcée ou de diffusion de celle-ci soit par la presse écrite, soit par tout moyen de communication au public par voie électronique.

    Les personnes morales encourent, outre l’amende prévue au premier alinéa de l’article 131-38 du code pénal, les peines prévues au 9° de l’article 131-39 du même code. »

    Nous aurons l’audace de relever le déséquilibre manifeste entre les dispositions. La même peine pour un non-respect de règles et un acte de vandalisme.

  2. Le chercheur qui menait la recherche sur la résistance au court-noué par voie transgénique, M. Marc Fuchs, est parti aux États-Unis d’Amérique, à l’Université de Cornell, laquelle s’est empressée de prendre des brevets. Si d’aventure la méthode aboutit et nous revient, les viticulteurs paieront des redevances sur une recherche à l’origine française. Ce n’est pas grave, nous avons les moyens… La demande de brevet – sans nul doute suivie par d’autres – est ici.