Google : il y a les alphas, et les bêtas

Google - Credits : Carlos Luna via Flickr (CC BY 2.0)

Google devient Alphabet. Le ronchon devient le bêta.

Par Baptiste Créteur.

Google - Credits : Carlos Luna via Flickr (CC BY 2.0)
Google – Credits : Carlos Luna via Flickr (CC BY 2.0)

Google a décidé de changer d’organisation. Les activités principales du groupe demeureront dans le périmètre de Google, mais une holding baptisée Alphabet chapeautera les activités annexes – santé, réalité augmentée, voitures sans pilote. Mais cette réorganisation, qui semble avoir beaucoup de sens d’un point de vue stratégique pour une entreprise dispersée comme Google, n’est pas du goût de tout le monde.

On connaissait les commentateurs de la gestion fiscale de Google, et les ronchons analystes de ses politiques de ressources humaines. On connaissait les dirigeants européens très attachés à la concurrence, surtout si elle peut être un motif pour extorquer de l’argent au géant américain. On découvre à l’occasion de ce changement d’organisation que même sur ce plan, Google trouve des détracteurs.

D’abord, Google serait une entreprise fondamentalement libertarienne et méritocratique, préférant l’excellence à la médiocrité et la créativité au ressentiment. Dominique Cardon, sociologue-chercheur chez Orange s’exprime :

« Ce sont des libertariens, ils sont persuadés qu’un individu peut changer le monde si on le laisse pleinement et librement exprimer ses capacités et sa créativité, et surtout en écartant l’État et ses règles comme la solidarité et la justice… Ils veulent transformer le monde en exacerbant l’égoïsme matérialiste. »

Quelle tristesse, penser qu’un individu peut changer le monde s’il n’est pas entravé par l’État… Et bien sûr, on comprend mieux alors pourquoi Google change de forme : pour échapper aux lois antitrusts, faites pour protéger les mauvais des bons. Mais elles ne s’appliqueront pas moins à Alphabet qu’elles ne s’appliquaient à Google. La plupart des activités « problématiques » du groupe demeurent d’ailleurs chez Google, et les envieux et les médiocres – ou les dirigeants européens, qui sont bien sûr des gens tout à fait différents – pourront continuer à harceler le géant américain pour lui extorquer des fonds.

Saviez-vous que Google avait été contraint de verser 60 millions d’euros aux journaux français, à qui l’État en verse déjà plusieurs centaines chaque année ? Savez-vous que Google est attaqué pour abus de position dominante simplement parce que les utilisateurs de moteurs de recherche le plébiscitent ?

Le problème de la méritocratie, c’est qu’elle est implacable. Sans entraves, sans coercition, en ne déployant que leur inventivité et leur talent, les meilleurs sont récompensés. Rien ne leur interdit de se montrer solidaires avec les plus défavorisés – mais le plus souvent, ils le font. Rien ne leur interdit non plus de subventionner la médiocrité de tous les autres – et ils semblent unanimement s’y refuser, pensant à raison qu’une petite confrontation à la réalité leur ferait le plus grand bien.

Google ne change pas de nom « parce qu’il a chaud au cul ». Google ne change pas de nom pour échapper aux lois antitrusts, ou pour aller plus loin dans la marchandisation du verbe (sic). Google se réorganise pour se simplifier.

L’humanité progresserait sans doute plus rapidement si nous occupions nos esprits autrement qu’à déformer l’information pour la faire entrer dans le prisme de notre réalité. Mais il faut évoquer, quand Google devient Alphabet, le danger que représente une entreprise soi-disant libertarienne et méritocratique pour qui l’État est un obstacle plus que la solution. Il faut évoquer les plaintes déposées par l’Union Européenne, même sur des fondements vaseux. Il faut faire planer le doute sur le succès des autres pour mieux s’excuser de n’y être pas parvenu. Il ne faut surtout pas s’intéresser aux vrais enjeux d’aujourd’hui, ni aux obstacles à l’innovation et au changement qui, s’ils sont sur la route de Google, seront aussi sans doute sur la nôtre.

À lire aussi : Google, Netflix et le ronchon

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.