Vie au travail : Google, Netflix, et le ronchon

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Quand des géants américains améliorent le quotidien de leurs employés, tout le monde y trouve son compte. Sauf ceux qui y voient une faille du modèle américain plutôt qu’une remise en cause du modèle français.

Evolution du code du travail
Evolution du code du travail

Tristesse des syndicalistes à la Filoche, joie des entrepreneurs réalistes : aux États-Unis, le droit du travail est moins contraignant qu’en France. Malgré tout, ceci n’empêche pas de multiples entreprises de proposer à leurs salariés de nombreux avantages. Cuisine variée, temps libre et massages chez Google, augmentations salariales chez WalMart, et dernièrement chez Netflix, on trouve même des congés parentaux.

Magie de la liberté : rien n’oblige ces entreprises à procéder de la sorte, mais rien ne les en empêche non plus ; et quand elles en ont les moyens et la volonté, les entreprises choient leurs salariés. Tout le monde y gagne :

  • l’entreprise améliore la productivité et la loyauté de ses employés,
  • les salariés ont de meilleures conditions de travail et se sentent reconnus,
  • les clients sont mieux servis,
  • les actionnaires bénéficient souvent de meilleurs résultats.

Bref, tout le monde est content. Tout le monde ? Non.

Dans un monde dominé par l’ultralibéralisme et les capitalistes en haut de forme, un pays résiste encore et toujours à l’envahisseur. Et dans ce pays, on n’aura pas de mal à trouver l’un ou l’autre ronchon qui trouvera à redire, même s’il ne sait pas trop bien pourquoi.

Le ronchon du jour, agacé par tant de coolitude calculée de la part des géants américains, se promène chez Rue89. Pour notre ronchon, qui semble comme d’autres journalistes avant lui découvrir le monde du travail réel, les mesures généreuses prises par ces entreprises capitalistes sans foi ni loi souligneraient « les failles du droit du travail américain », à savoir qu’il n’est pas aussi contraignant qu’en France.

D’après sa fine analyse, proposer de tels avantages ne rendrait pas ces entreprises plus « cools » et serait en réalité une pure méthode marketing pour vendre avec strass et paillettes un strict nécessaire que le génie français aurait eu la présence d’esprit d’inscrire dans la loi. Le ronchon ne voit pas que ces entreprises démontrent qu’il n’est pas nécessaire de contraindre les entreprises pour qu’elles choient leurs salariés. Le ronchon ne comprend pas que ces sociétés cotées en bourse, géantes, capitalistes, mondialisées, font ce choix, par volonté ou par intérêt, mais dans tous les cas, librement et qu’il n’y a donc pas besoin de contraindre les vilains patrons pour protéger les gentils employés. Le ronchon n’admettra jamais que contraindre les individus et les entreprises à faire quelque chose qu’ils feraient, de toute façon, sans qu’on le leur demande, réduit mécaniquement l’envie de le faire, et peut même avoir des effets de bords négatifs qui vont jusqu’à la disparition des entreprises en question. Le ronchon, il ne voit pas tout ça.

C’est tout le problème du ronchon : il admet du bout des lèvres que ce que font ces entreprises est bien, mais ne peut s’empêcher, dans le même souffle, d’expliquer que ce serait tout de même nettement plus citoyen, festif et dans l’ordre des choses si elles y étaient obligées, non mais des fois. Et puis tant qu’à contraindre, autant en profiter pour leur demander de payer un peu plus d’impôts, de taxes, de charges, pour financer le très cool État-providence à la française. Y’a pas de petits profits.

Et grâce au ronchon, les indépendants harcelés par le RSI pour payer des cotisations plus élevées que leurs revenus, c’est cool ! Grâce aux bonnes idées du ronchon, appliquées avec constance en France, les charges salariales stratosphériques et les contraintes juridiques qui explosent, c’est cool ! Grâce au ronchon et ces contraintes, des milliers d’entreprises disparaissent chaque année, et ça aussi, c’est cool ! Et grâce au ronchon et ces faillites par milliers, cela fait des millions de chômeurs, et là encore, c’est vraiment trop cool !

Combien la France, avec son bel État-providence coercitif et son droit du travail bien contraignant comme il faut, a-t-elle vu émerger en vingt ans de champions comme Google et Netflix ? Pas des masses, pour le dire pudiquement. Et pour cause : elle les interdit, les étouffe de contraintes douillettes plaquées comme un gros oreiller moelleux sur leurs voies respiratoires, ou les assomme carrément de taxes sur mesure ! Combien d’Américains s’expatrient en France pour le droit du travail et la protection sociale (et non pour le fromage et le vin) ? Combien d’entrepreneurs belges, suisses, anglais ou autres se précipitent chez nous pour profiter de notre système social, de notre droit du travail, de nos impôts amoureusement confectionnés par un service fiscal intelligent et compréhensif ? Combien de Français expatriés, aux États-Unis ou ailleurs, renoncent à ce fabuleux modèle social français (dont certains s’efforcent encore de croire et faire croire que le monde nous l’envie) pour aller construire leurs rêves ailleurs ?

Ces entreprises ont reconnu et récompensé leurs employés librement. En France, rares sont celles qui peuvent se permettre de dépasser les minimums légaux, et nombreuses sont celles que les charges asphyxient. Mais le ronchon préfère penser que les choses lui sont dues plutôt que librement offertes.