Attentats au Cameroun : #JeSuisMaroua, ou bien ?

Église Cameroun - Credits : Phil Hilfiker via Flickr (CC BY-NC-SA 2.0

Puisque nous ne sommes pas Maroua, peut-être que tous ceux qui ne se sentaient pas Charlie avaient raison ?

Par le Parisien libéral.

Église Cameroun - Credits : Phil Hilfiker via Flickr (CC BY-NC-SA 2.0
Église Cameroun – Credits : Phil Hilfiker via Flickr (CC BY-NC-SA 2.0

 

Et si le traitement médiatique des attentats qui ont secoué la ville de Maroua, dans le nord du Cameroun, donnait raison à ceux qui, pour des raisons différentes, ont dénoncé le Charlisme, le « #JeSuisCharlie » de janvier dernier ?

Rappelez-vous. En janvier dernier, la capitale a été secouée par deux événements, l’un, abusivement appelé attentat, en réalité une vendetta contre Charlie Hebdo dirigée par des musulmans qui protestaient contre les caricatures du prophète Mahomet, et l’autre, une prise d’otages, attentat antisémite, dans la supérette Hypercasher de la Porte de Vincennes. Suite à ces événements, le pays s’était massivement mobilisé en faveur de la liberté d’expression (et non pas en restriction de celle-ci…) et le gouvernement avaient alors habilement joué de la confusion que certains tentent d’imposer entre la France (le pays) et la République (le régime) pour faire admettre l’idée que nous étions Tous Charlie.

Quelques voix s’étaient bien élevées çà ou là pour dire qu’elles n’étaient pas Charlie, notamment chez certains « jeunes de banlieue », mais une impressionnante coalition gauche/droite politiciens/journalistes s’était chargée du rappel à l’ordre. Et gare à ceux qui, pour une quelconque raison, se sentaient « Charlie Coulibaly ». L’heure n’était ni à la provocation, ni aux blagues de mauvais goût. Et tant pis si les journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo détestaient, pour diverses raisons là encore, les institutions qui les soutenaient alors, de Manuel Valls au Nasdaq.

Par la suite, les actes terroristes n’ont pas cessé. Il y a eu Copenhague en février 2015 et d’autres encore.

Aujourd’hui, il y a Maroua.

Maroua

Cet attentat suit un autre, survenu également cette semaine, dont personne n’a parlé. Comme se demande le blogueur et politicien lyonnais Romain Blachier, « médiatiquement, les Camerounais sont-ils une race inférieure ? »

Alors, certes, il y a les règles journalistiques des morts/kilomètre et de la reprise d’une information par d’autres médias, de préférence dits de référence. On préférera toujours parler du décès accidentel d’un pilote de Formule 1 des Alpes Maritimes que du décès de 20 personnes sur un marché en Afrique, c’est ainsi, tout comme on parlera toujours plus d’un fait divers qui se passe quelque part aux États-Unis plutôt que de la découverte par le CERN d’une nouvelle particule. Il y a aussi l’évident manque de leadership médiatique des dirigeants politiques africains, qui, dictateurs ou non, ont défilé le 11 janvier à Paris ou à l’Élysée. Leur âge, leur décalage vis-à- vis de leurs pays et leur attachement manifeste à la Françafrique que le président Hollande a reconstitué, en dépit des promesses de campagne, constituent probablement les facteurs explicatifs de l’absence de mobilisation autour de slogans tels que «Je Suis Maroua ».

Il y a aussi une gêne, chez nous, autour de notre politique étrangère. Il y a deux semaines, le président Hollande était au Cameroun. Est-ce que les médias en ont parlé ? Pas vraiment. C’était la canicule, il fallait rire des propos de Ségolène Royal qui suggérait de boire de l’eau quand il fait chaud. Et puis surtout, cela aurait forcé les journalistes à demander à François Hollande si Moi Président compte continuer à inviter des dictateurs à l’Élysée, s’il compte expliquer quel sera le rôle du Cameroun dans la guerre contre l’islamisme radical et si, aujourd’hui, ce pays est victime de représailles.

Bref, puisque nous ne sommes pas Maroua, peut-être que tous ceux qui ne se sentaient pas Charlie avaient raison ? Quoi qu’il en soit, ayons une pensée pour les victimes du terrorisme, quelles qu’elles soient, où qu’elles soient.


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