Échec de Syriza : quelles retombées pour les partis populistes d’Europe ?

Front National Philippot Briois credits Le Cain (licence creative commons)

Les répercussions de la crise grecque sur la progression des partis populistes sont variables d’un pays à l’autre.

Par Raoul Ruparel
Un article d’open Europe

Front National Philippot Briois credits Le Cain (licence creative commons)
Front National Philippot Briois credits Le Cain (licence creative commons)

Maintenant que la poussière est retombée suite au dernier accord entre la Grèce et ses créanciers, nous pouvons prendre du recul et examiner ce que signifie la gestion des affaires de Syriza pour les partis populistes en progression dans d’autres pays d’Europe. Va-t-on assister à une contagion politique ?

Espagne : la baudruche Podemos ?

Le pays qui vient immédiatement à l’esprit est évidemment l’Espagne, étant donné l’émergence de Podemos. Cela pourrait faire l’objet d’un article complet (lire à ce sujet l’article de Trop Libre publié par Contrepoints) mais nous nous contenterons de relever quelques points. Comme l’indique un sondage du week-end passé, l’incapacité de Syriza à tenir ses promesses et ses relations étroites avec Podemos semblent avoir eu un certain effet. Aux élections de janvier, Podemos obtenait 21,1% des voix et 89 sièges au Parlement. Si l’élection devait avoir lieu aujourd’hui, les scores tomberaient à 15% et 41 sièges. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce résultat, notamment la reprise économique en Espagne. Toutefois, les fortes chutes dans le soutien à Podemos, d’abord en mars (après l’accord du 20 février d’extension du plan de sauvetage grec) puis à nouveau ce mois-ci suggèrent que les difficultés et les capitulations de Syriza ont eu un écho en Espagne (bien sûr, il ne s’agit que d’un sondage, et la baisse récente n’a pas encore fondamentalement modifié les rapports de force, le temps dira si Syriza a un impact durable sur Podemos).

Néanmoins, et sans surprise, Podemos a commencé à prendre ses distances par la voix de son leader Pablo Iglesias (ce qui montre qu’il est sans doute préoccupé par une potentielle contagion politique) :

« Nous avons une grande amitié pour Syriza, mais heureusement, l’Espagne n’est pas la Grèce… Nous avons une économie qui a beaucoup plus de poids dans la zone euro, nous sommes un pays avec une administration forte et avec une meilleure situation économique… Les circonstances sont différentes et je pense que cela n’a aucun sens d’établir des parallèles. » 

En outre, le parti a également cherché à se démarquer de certaines des idées-clés de Syriza telles que la restructuration de la dette. Toutefois, cela pourrait ne pas suffire à endiguer son déclin. En fin de compte, il sera difficile de peser davantage si Podemos reste également réticent à une sortie de l’euro. C’est ce qui a déstabilisé Tsipras et cela pourrait faire de même pour Podemos. Le principal enseignement des échecs de Syriza est qu’il est très difficile de tenir ses promesses de faire évoluer la nature de la zone euro et les conditions d’adhésion. Podemos a fait des promesses semblables et il semble évident que les gens vont les interroger sur ce sujet lors de la course à l’élection espagnole de novembre.

Italie : Matteo Renzi dans une situation délicate ?

Si des rapprochements avec l’Espagne étaient attendus, les répercussions pourraient être plus intéressantes ailleurs, par exemple en Italie. Comme nous l’avons indiqué précédemment, l’Italie est déjà l’un des pays les plus anti-euro. Il existe deux partis d’opposition relativement importants : la Ligue du Nord et le Mouvement Cinq étoiles, qui appellent à une sortie de l’euro de l’Italie. Le renforcement de l’austérité, le sentiment de déni de démocratie et la crise économique en Grèce sont du pain béni pour eux. Il faut noter aussi que la présence de ces deux partis contribue à ce que l’euro soit attaqué par tout le spectre politique en Italie ; la Ligue du Nord pour le côté nationaliste/souverainiste et le Mouvement Cinq étoiles pour le côté anti-austérité.

Par ailleurs, les événements grecs pourraient également contrarier les plans du Premier ministre italien Matteo Renzi. Alors que, dans d’autres pays, les voix pour modifier la nature de la zone euro se situent en dehors du gouvernement, en Italie, elles viennent de Renzi lui-même qui souhaite un assouplissement des règles budgétaires et une focalisation sur l’investissement et la croissance. À plusieurs reprises, nous avons entendu Renzi au cours de la saga grecque appeler à davantage de discussion sur l’ensemble de la zone euro et critiquer le fait que toute l’attention porte sur la Grèce. L’échec de Syriza à faire évoluer la zone euro peut porter un coup à son optimisme et laisser présager qu’il va changer de discours.

France : Le Pen, la grande gagnante de ces événements ?

Autre répercussion, cet accord pourrait renforcer certaines des critiques de Marine Le Pen et du Front national à l’égard de l’euro, à savoir qu’il est antidémocratique et qu’il favorise l’austérité. Comme indiqué plus haut, c’est du pain béni pour ceux qui militent pour une sortie de l’euro. En outre, comme je l’ai soutenu la semaine dernière, l’accord est essentiellement d’origine allemande et consacre les vues allemandes dans la gestion de la crise. Même si François Hollande a agi en coulisse pour parvenir à son objectif de maintien de la Grèce dans la zone euro, l’accord peut très bien être interprété comme un nouvel indice du déclin de l’influence française dans la zone euro et l’UE, dont Marine Le Pen pourrait sûrement tirer profit en cohérence avec sa position nationaliste.

Loin d’être uniformes, les répercussions de l’accord grec et de la gestion gouvernementale de Syriza sont variables d’un pays à l’autre et d’un parti à l’autre. La crise grecque pourrait mettre en difficulté ces partis qui vendent des visions alternatives de la zone euro et font des promesses sans être prêts à assumer une réelle alternative. En revanche, elle pourrait bien donner un coup de pouce à ceux qui présentent l’euro comme un projet anti-démocratique et trop austère.

Évidemment, nous n’en sommes qu’au commencement et les retombées restent difficiles à apprécier pleinement avant que l’accord final ne prenne forme et que ses effets se fassent sentir en Grèce.


Sur le web. Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.