Échec de Syriza : quelles retombées pour les partis populistes d’Europe ?

Les répercussions de la crise grecque sur la progression des partis populistes sont variables d’un pays à l’autre.

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Front National Philippot Briois credits Le Cain (licence creative commons)

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Échec de Syriza : quelles retombées pour les partis populistes d’Europe ?

Publié le 23 juillet 2015
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Par Raoul Ruparel
Un article d’open Europe

Front National Philippot Briois credits Le Cain (licence creative commons)
Front National Philippot Briois credits Le Cain (licence creative commons)

Maintenant que la poussière est retombée suite au dernier accord entre la Grèce et ses créanciers, nous pouvons prendre du recul et examiner ce que signifie la gestion des affaires de Syriza pour les partis populistes en progression dans d’autres pays d’Europe. Va-t-on assister à une contagion politique ?

Espagne : la baudruche Podemos ?

Le pays qui vient immédiatement à l’esprit est évidemment l’Espagne, étant donné l’émergence de Podemos. Cela pourrait faire l’objet d’un article complet (lire à ce sujet l’article de Trop Libre publié par Contrepoints) mais nous nous contenterons de relever quelques points. Comme l’indique un sondage du week-end passé, l’incapacité de Syriza à tenir ses promesses et ses relations étroites avec Podemos semblent avoir eu un certain effet. Aux élections de janvier, Podemos obtenait 21,1% des voix et 89 sièges au Parlement. Si l’élection devait avoir lieu aujourd’hui, les scores tomberaient à 15% et 41 sièges. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce résultat, notamment la reprise économique en Espagne. Toutefois, les fortes chutes dans le soutien à Podemos, d’abord en mars (après l’accord du 20 février d’extension du plan de sauvetage grec) puis à nouveau ce mois-ci suggèrent que les difficultés et les capitulations de Syriza ont eu un écho en Espagne (bien sûr, il ne s’agit que d’un sondage, et la baisse récente n’a pas encore fondamentalement modifié les rapports de force, le temps dira si Syriza a un impact durable sur Podemos).

Néanmoins, et sans surprise, Podemos a commencé à prendre ses distances par la voix de son leader Pablo Iglesias (ce qui montre qu’il est sans doute préoccupé par une potentielle contagion politique) :

« Nous avons une grande amitié pour Syriza, mais heureusement, l’Espagne n’est pas la Grèce… Nous avons une économie qui a beaucoup plus de poids dans la zone euro, nous sommes un pays avec une administration forte et avec une meilleure situation économique… Les circonstances sont différentes et je pense que cela n’a aucun sens d’établir des parallèles. » 

En outre, le parti a également cherché à se démarquer de certaines des idées-clés de Syriza telles que la restructuration de la dette. Toutefois, cela pourrait ne pas suffire à endiguer son déclin. En fin de compte, il sera difficile de peser davantage si Podemos reste également réticent à une sortie de l’euro. C’est ce qui a déstabilisé Tsipras et cela pourrait faire de même pour Podemos. Le principal enseignement des échecs de Syriza est qu’il est très difficile de tenir ses promesses de faire évoluer la nature de la zone euro et les conditions d’adhésion. Podemos a fait des promesses semblables et il semble évident que les gens vont les interroger sur ce sujet lors de la course à l’élection espagnole de novembre.

Italie : Matteo Renzi dans une situation délicate ?

Si des rapprochements avec l’Espagne étaient attendus, les répercussions pourraient être plus intéressantes ailleurs, par exemple en Italie. Comme nous l’avons indiqué précédemment, l’Italie est déjà l’un des pays les plus anti-euro. Il existe deux partis d’opposition relativement importants : la Ligue du Nord et le Mouvement Cinq étoiles, qui appellent à une sortie de l’euro de l’Italie. Le renforcement de l’austérité, le sentiment de déni de démocratie et la crise économique en Grèce sont du pain béni pour eux. Il faut noter aussi que la présence de ces deux partis contribue à ce que l’euro soit attaqué par tout le spectre politique en Italie ; la Ligue du Nord pour le côté nationaliste/souverainiste et le Mouvement Cinq étoiles pour le côté anti-austérité.

Par ailleurs, les événements grecs pourraient également contrarier les plans du Premier ministre italien Matteo Renzi. Alors que, dans d’autres pays, les voix pour modifier la nature de la zone euro se situent en dehors du gouvernement, en Italie, elles viennent de Renzi lui-même qui souhaite un assouplissement des règles budgétaires et une focalisation sur l’investissement et la croissance. À plusieurs reprises, nous avons entendu Renzi au cours de la saga grecque appeler à davantage de discussion sur l’ensemble de la zone euro et critiquer le fait que toute l’attention porte sur la Grèce. L’échec de Syriza à faire évoluer la zone euro peut porter un coup à son optimisme et laisser présager qu’il va changer de discours.

France : Le Pen, la grande gagnante de ces événements ?

Autre répercussion, cet accord pourrait renforcer certaines des critiques de Marine Le Pen et du Front national à l’égard de l’euro, à savoir qu’il est antidémocratique et qu’il favorise l’austérité. Comme indiqué plus haut, c’est du pain béni pour ceux qui militent pour une sortie de l’euro. En outre, comme je l’ai soutenu la semaine dernière, l’accord est essentiellement d’origine allemande et consacre les vues allemandes dans la gestion de la crise. Même si François Hollande a agi en coulisse pour parvenir à son objectif de maintien de la Grèce dans la zone euro, l’accord peut très bien être interprété comme un nouvel indice du déclin de l’influence française dans la zone euro et l’UE, dont Marine Le Pen pourrait sûrement tirer profit en cohérence avec sa position nationaliste.

Loin d’être uniformes, les répercussions de l’accord grec et de la gestion gouvernementale de Syriza sont variables d’un pays à l’autre et d’un parti à l’autre. La crise grecque pourrait mettre en difficulté ces partis qui vendent des visions alternatives de la zone euro et font des promesses sans être prêts à assumer une réelle alternative. En revanche, elle pourrait bien donner un coup de pouce à ceux qui présentent l’euro comme un projet anti-démocratique et trop austère.

Évidemment, nous n’en sommes qu’au commencement et les retombées restent difficiles à apprécier pleinement avant que l’accord final ne prenne forme et que ses effets se fassent sentir en Grèce.


Sur le web. Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.

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  • Quid de l’UPR en France ?

    • L’UPR n’a aucune représentation, c’est un micro parti (comme il en existe plus d’une dizaine). Rappelez moi leur score aux européennes ?? Ce parti n’a aucune chance de percer. Ces gens n’ont aucun programme sérieux, ils ne parlent que de deux choses: l’UE et les USA. Demandez un mec de l’UPR comment il va redresser la France, il vous répondra qu’il faut sortir de l’UE et de l’OTAN(comme si après tout allait s’arranger comme par magie). D’ailleurs, je suis gentil quand je qualifie l’UPR de parti car c’est plutôt une secte. François Asselineau est leur gourou. tout ce qu’il dit est parole d’évangile. Marrant, celui ci adore faire des conférences très longues où il est sans contradicteurs. par contre, débattre c’est autre chose, je me souviens qu’il est passé il y a quelques temps dans une émission assez connue où il a été démonté par les journalistes (qui pourtant étaient mauvais)

      • Lol. Rien d’autre.

      • Il est clair que l’ex-UPR est devenu un parti inexistant dont le loser qui lui sert de président, haï, en interne, est aussi le gugusse qui a prétendu dans une douzaine (ou pas loin) de conférences de presse, en Français et à destination des Français, après les « sommets » répétés à Bruxelles, sur la Grèce, il n’y a pas si longtemps, qu’il avait résolu le problème de la Grèce (ajoutant « in petto »: « avec Angela »).

        Là aussi il s’agissait d’une forfanterie que la suite a fini de ridiculiser totalement: déjà la France qui ne parvenait pas à maitriser sa gestion, était en train de sombrer, ce qui fut consacré aux présidentielles.

        Marine est dans le bon: tout va mal mais tout est de la faute de l’Union Européenne (bouc émissaire consacré en France par tous les politiciens pour se décharger de leurs clonneries répétées, depuis des années) et de l’ € (ce qu’elle ne peut pas savoir puisque la plupart du temps, comme son « auguste » (le clown!) père, et bien d’autres parlementaires européens Français, ils sont absents en séance!) et c’est la faute de la gauche et de la droite si la France qui se débrouillerait tellement mieux toute seule, est impliquée dans l’Union Européenne!

        Ce pays est politiquement grotesque!

      • Je te concède que l’UPR est encore petit et non ce n’est pas une secte, le seul parti qui explique en détail le fonctionnement du systeme mediatico-politique tout le contraire de la suppression du libre arbitre (voir définition secte).
        Pour ce qui est de la sortie de l’euro, l’UE et l’OTAN ce n’est pas un but en soi mais le seul moyen de pouvoir appliquer un politique différente de celle dictée par la commission européenne. Sans cela n’importe quel gouvernement élu passera son temps à appliquer les GOPE de l’UE.
        Ensuite, il y a beaucoup de mesure pour le rétablissement d’une vrai démocratie pour que enfin voter veuille dire quelque chose, pour diminuer la main mise de la finance sur nos institutions, …
        Ex: vote blnac, financement des partis, vrais indépendance de la presse …

        Et pour finir tu parles de débat, mais justement c’est parce qu’il n’a été invité qu’une fois par ONPC et jamais par un 20h par exemple que la progression du parti est lente. Si après mediatisation il reste petit on pourra dire que les francais n’adhère pas. Regarde la vidéo les nouveau chiens de garde pour comprendre l’impacte des médias détenus par des grands groupes sur la politique

  • Ce ne sont pas réellement les répercutions de l’accord en tant que tel, mais du traitement médiatique qui en a été donné.

    Si cela semble favoriser les populismes en France et moins ailleurs alors que pourtant nos deux fronts (bas) sont parmi les partis les plus illettrés en économie de toute l’Eurozone, c’est parce que nous avons une presse éminemment complaisante et elle aussi totalement dépourvue de culture et compréhension économique.

    • +1

      Il n’y a pas que la presse qui soit complètement inculte

    • Populisme: en démocratie le Peuple est Souverain et la majorité du peuple se compose des classes populaires et moyennes.
      Se considèrent comme « non populistes » ceux qui croient appartenir à une « élite », les ânes diplômés (ANE/ENA) et les snobs, abréviation de « sine nobilitate », sans noblesse de coeur et d’esprit.

      Pour les latinistes, la république romaine mourut des affrontements sanglants entre le le Parti Populaire représentant la plèbe – les frères Gracchus tribuns de la plèbe, Marius, Catilina, Caesar, Octave Caesar – et le Parti Sénatorial – Sylla, Crassus, Pompée – représentant les gros propriétaires patriciens

      Les fronts (bas) et l’inculture économique.
      Si vous parlez du FN, je vous signale au hasard qu’il a plusieurs économistes dans son Bureau dont celui-ci https://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Monot qui se considère dans la lignée de Jacques Rueff, Friedrich Hayek, Ludwig von Mises et Maurice Allais.

      • En démocratie le Peuple est Souverain et la majorité du peuple se compose des classes populaires et moyennes.

        Ça c’est le rêve de Rousseau, c’est la souveraineté populaire, le système revendiqué par les partis populiste et la raison pour laquelle la démocratie est antiliberale : c’est donner le pouvoir absolu à un machin qui n’existe pas (le Peuple)

  • D’abord, ne pas mélanger les familles politiques, les européistes et les souverainistes.

    Le parti Syriza ne prône pas la sortie de l’Euroland, il n’est pas souverainiste, et d’ailleurs cette question n’apparaissait pas dans la question posée au peuple grec dans le référendum.
    Le gouvernement Tsipras n’avait même pas pensé à imprimer des drachmes, condition essentielle pour sortir de l’Euroland.

    En rappelant que l’Euroland (et Schengen) n’est pas l’UE et que l’UE n’est pas l’Europe.
    Neuf pays de l’UE sont en dehors de l’Euroland, soit parce qu’ils l’ont refusé – UK, Suède, Danemark – soit parce qu’ils ne se sentaient pas prêts ou se méfiaient – Pologne, Hongrie, république Tchèque – soit parce qu’ils étaient trop faibles pour y entrer – Bulgarie, Roumanie, Croatie.

    Enfin il y a les pays européens hors UE parce qu’ils ont refusé d’y entrer, la Norvège, la Suisse.

    Pour conclure, tout pays peut quitter l’Euroland s’il le souhaite et revenir à sa monnaie nationale, c’est prévu dans les textes.
    A ce sujet, un référendum type votation suisse sera sans doute organisé en Autriche concernant la sortie de l’Euroland. Là il s’agit du cas contraire d’un petit pays prospère lassé de payer pour les autres.

    Pour ce qui concerne Syriza, ce parti n’appartient pas à la famille souverainiste mais à un groupe de partis européens de gauche dirigé par une allemande – Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL), présidente Gabriele Zimmer de Die Link https://fr.wikipedia.org/wiki/Gabriele_Zimmer

    Il y a deux groupes souverainistes au parlement européens, l’un dirigé par l’anglais Farage (UKIP), le second par Marine Le Pen (FN). Il n’était pas dans les intentions de Tsipras de quitter l’Euroland puisqu’il n’est pas souverainiste.
    Nota: l’Ukip milite pour une sortie du Royaume Uni de l’UE, en rappelant que, depuis Maggie Thatcher, le RU est hors Euroland et hors Schengen, ce qui n’est pas le cas des autres partis souverainistes européens.

    • En complément:

      Le Front de Gauche français (4 députés dont un communiste réunionnais) et Podemos (5 députés) sont affiliés au GUE/NGL européen.

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