Accord avec la Grèce : 3 problèmes non résolus

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Alexis Tsipras - Crédit photo : Martin Shultz via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

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Accord avec la Grèce : 3 problèmes non résolus

Publié le 23 juillet 2015
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Un article de Génération Libre

Alexis Tsipras - Crédit photo : Martin Shultz via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)
Alexis Tsipras – Crédit photo : Martin Shultz via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

Les Européens ont assisté, durant tout le week-end dernier, à une négociation d’une rare intensité et d’une rare violence. Pour la première fois dans l’histoire de l’union monétaire, les ministres des Finances de la zone euro ont proposé ouvertement aux chefs d’État et de gouvernement la sortie d’un État membre comme une option possible. Cette explicitation du caractère réversible de l’appartenance à l’euro est potentiellement très grave, car elle met fin à la prétendue irréversibilité de l’union monétaire. Comme l’ont souligné plusieurs commentateurs, elle transforme l’euro en un régime de taux de change fixe potentiellement révisable, ce qui affecte la nature même du projet de l’euro.

Cela dit, l’accord final scellé lundi matin préserve l’appartenance de la Grèce à la zone euro, confirmant l’attachement politique des États membres à son intégrité. La « provocation » du ministre Schaüble pourrait donc être oubliée. La dette grecque ne sera pas partiellement annulée, mais elle pourra être rééchelonnée au fil de la mise en œuvre du nouveau programme de réformes économiques qui va être négocié avec les Grecs. La logique des anciens programmes reste inchangée : de nouvelles mesures d’austérité drastiques permettront de dégager des excédents primaires suffisants pour rétablir la solvabilité du pays. La relance d’un programme de privatisation de 50 milliards d’euro permettra d’accélérer le désendettement et de garantir les nouveaux prêts consentis par les créanciers (probablement de l’ordre de 82 à 86 milliards d’euros pour la période 2015-2018).

D’un certain point de vue, les nouvelles conditions mises par les créanciers à la poursuite de leur assistance financière à la Grèce peuvent paraître légitimes. Si l’on considère que l’échec des précédents programmes repose exclusivement sur la Grèce qui n’a pas su mettre en œuvre les réformes structurelles suffisantes pour relancer l’économie, il est logique de la part des créanciers de demander des garanties fortes supplémentaires et de réaffirmer l’impossibilité de toute réduction de la dette. Cette lecture de la crise, portée par le Parlement allemand, fait le pari que la reprise de l’économie grecque sera forte et suffira à repayer la dette entièrement dès lors que les réformes nécessaires seront enfin appliquées, en matière de fiscalité, de marché du travail, de dérégulation des marchés, de privatisation, de lutte contre la corruption, de dépolitisation de l’administration… Pour réussir, l’accord de lundi va jusqu’à prévoir une mise sous tutelle complète des autorités du pays : retour des équipes d’experts de la « Troika » à Athènes, droit de veto des « institutions » sur toute nouvelle loi, abandon des lois adoptées depuis janvier par le gouvernement Syriza sans l’accord des créanciers, « aide technique » de la Commission européenne signifiant de facto l’implication des autorités européennes dans la gestion des affaires publiques grecques… Si la modernisation de la Grèce est la seule condition vraiment nécessaire à son maintien dans l’euro et au remboursement des prêts des créanciers, alors pourquoi ne pas forcer la cadence, au prix d’une suspension temporaire de la souveraineté du peuple grec ?

Malheureusement, cette lecture n’est pas la bonne et ne peut réussir.

Il n’a suffi que de quelques heures pour qu’une analyse bien différente émerge des résultats prévisibles de l’accord du 12 juillet et rejoigne les analyses que nous avions nous mêmes formulées dès le mois de mars. Elles restent parfaitement valables aujourd’hui.

1. L’austérité à perpétuité rend impossible toute vraie reprise de la croissance et tout désendettement.

La nouvelle cure d’austérité acceptée par A. Tsipras condamne la Grèce à retomber rapidement en récession, alors que la reprise timide de la fin 2014 s’est inversée avec l’enlisement des négociations depuis février. À court terme, l’ajustement budgétaire à mettre en œuvre d’ici la fin de l’année devra porter sur au moins 3% du PIB pour espérer atteindre l’objectif d’excédent primaire de 1% fixé par les institutions. À long terme, l’objectif d’un excédent primaire durablement maintenu à 3,5% du PIB à partir de 2018 condamne la Grèce à maintenir longuement une austérité budgétaire qui rendra impossible toute reprise vraiment forte de la croissance. Le plan d’investissement de 35 milliards d’euros proposé par J.C. Juncker mettra du temps à se concrétiser et les réformes structurelles promises, on le sait, n’ont d’effets significatifs sur la croissance que dans le long terme. Sans forte reprise, la dette grecque restera non viable et la question de sa restructuration se reposera forcément.

2. La mise sous tutelle complète de la Grèce par des autorités européennes contrôlées par l’Allemagne n’est une méthode ni légitime ni efficace pour forcer le train de la modernisation.

Qu’au XXIe siècle, en Europe, la prise de contrôle par des instances techniciennes étrangères d’un pays entier soit considérée comme un instrument légitime laisse pantois. Au XIXème siècle, la France et la Grande-Bretagne avaient utilisé de telles méthodes en désignant des Commissions de contrôle en Grèce (déjà) ou en Égypte chargées de prendre le contrôle des budgets publics afin d’assurer le remboursement prioritaire des créanciers. Elles n’hésitaient pas non plus à prendre directement le contrôle d’actifs publics ; par exemple, le transfert à la Grande Bretagne des actions de l’État égyptien dans le canal de Suez à la fin du XIXe siècle au titre du remboursement des créances anglaises.Mais on parle de l’époque coloniale, et la tutelle ne portait pas sur l’ensemble des administrations… Nos ancêtres avaient au moins l’humilité d’admettre qu’on ne modernise pas toute une société à marche forcée…

3. La dette grecque ne sera jamais remboursée.

Le FMI a clairement exposé les éléments du problème dans son rapport du 2 juillet, publié à la demande des États-Unis. Compte tenu du potentiel de croissance grec à long terme, le retour du pays sur les marchés n’est pas réalisable sans une restructuration de la dette publique impliquant, au moins, une annulation des prêts bilatéraux consentis par les Européens en 2010 (53 milliards d’euros). À défaut, la Grèce ne retournera pas sur les marchés et les Européens devront re-financer à perpétuité une bonne part de leurs créances. Est-ce là l’Europe que nous souhaitons ? Comment concevoir la mise sous tutelle à perpétuité d’un État membre ?

L’accord du 12 juillet est donc un mauvais accord, conclu pour de mauvaises raisons. Alexis Tsipras a refusé de considérer les propositions alternatives de son ex-ministre des Finances Y. Varoufakis (défaut, nationalisation de la Banque de Grèce, monnaie parallèle) destinées à rééquilibrer la négociation. Il a eu peur d’un « saut dans le vide » que son équipe n’avait, visiblement, jamais sérieusement préparé. L’Allemagne et ses alliés du « nord » souhaitaient fondamentalement la sortie de la Grèce de la zone euro et ont donc proposé, comme seule alternative, une « paix carthaginoise » qu’aucun gouvernement libre de ses mouvements n’aurait dû accepter. Sans « Plan B » crédible et prêt à l’usage, ces termes totalement déraisonnables ont été acceptés par les Grecs. Ils satisferont les parlements du « nord » et assurent, pour quelques mois, la poursuite de « l’aide » européenne. Néanmoins, ils sont porteurs de très grands dangers car ils renforceront les populistes du « sud », voire le parti nazi grec, dernier parti d’opposition…

L’accord du 12 juillet mène donc l’Europe et la Grèce au désastre. Il viole frontalement les principes de liberté, de responsabilité, de solidarité et de démocratie qui sont au fondement du modèle européen. La mise sous tutelle d’un État européen n’est pas acceptable. L’austérité aggravée ne peut être défendue d’aucune façon par un raisonnement économique. Cet accord n’apporte en rien une réponse soutenable et durable à la crise.

L’entrée de la Grèce dans la zone euro était une erreur. Les deux premiers programmes d’aide ont échoué. La sortie de crise impliquera nécessairement, pour les créanciers, de prendre leurs pertes, et pour la Grèce de reprendre en main son destin, en toute responsabilité.

Un tel scénario est difficilement concevable dans une Grèce qui resterait dans l’euro.

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  • Bonjour.
    De quelle austérité s’agit-il ?
    Il n’est pas envisagé qu’avec des mesures libérales, il y ait un redressement de l’économie assez rapide ?

  • Si la Grèce doit sortir, elle ne peut pas le faire n’importe comment.

    Si les autorités grecques font le choix du conflit en faisant défaut sur leur parole, elles perdront toute chance de revenir sur les marchés pour plusieurs décennies. En outre, une sortie non négociée mènerait la Grèce non seulement hors de l’euro mais surtout hors de l’UE. L’entêtement insensé du coco-gambler menace d’être fatal pour la Grèce.

    Puisque les pays européens ne peuvent pas expulser un des leurs de la zone, ni restructurer au sein de la zone la dette publique finançant la Grèce en l’état des Traités actuels, sans parler de l’opinion des Européens qui ne veulent plus payer, la demande d’une sortie négociée doit nécessairement venir des autorités grecques. A cette condition, la Grèce pourra rester au sein de l’UE tout en remboursant honorablement sa dette par une dévaluation maîtrisée, rénover souverainement ses institutions publiques comme son système financier et finalement dynamiser son économie. La sortie temporaire négociée est la solution qui mettra la Grèce en position de recouvrer sa souveraineté comme la confiance des marchés pour à terme, si la population grecque le souhaite, réintégrer l’euro.

    Pour les autorités grecques, le temps presse car la BCE ne pourra plus maintenir très longtemps le programme ELA à des niveaux aussi injustifiables, à la limite de la légalité puisque les banques grecques ne sont à l’évidence plus solvables. Si le Grexit n’est pas négocié rapidement pour resolvabiliser les banques, l’interruption inéluctable du programme ELA à brève échéance provoquera l’effondrement du système financier grec.

    Note : l’irréversibilité de l’appartenance à la zone euro est une invention sans aucun fondement explicite ou implicite, ni dans la lettre ni dans l’esprit des Traités. Si tel était le cas, jamais la crise grecque du printemps 2010 n’aurait eu lieu. Les marchés savent déjà que l’irréversibilité de l’appartenance d’un pays à l’euro n’existe pas. Il ne peut être mis fin à ce qui n’existe pas.

  • A méditer sur le sort de la Grèce:

    “La folie, c’est se comporter de la même manière et
    > s’attendre à un résultat différent”. Albert Einstein,

  • J’ai beau recompter, je ne vois qu’un seul problème pour la grèce:

    L’euro 🙂

    • Non, c’est facile! Mais au moment où la Grèce compte bien sur l’Union Européenne et la BCE pour s’en sortir dans les mois qui viennent, alors qu’A.Tsipras a accepté les conditions des créanciers, il est bien clair « qu’après s’être bien (?) battu, il est revenu en Grèce défendre « les conditions de reddition » qu’il a signé à Bruxelles et a été suivi par le parlement.

      Il peut maintenant imposer ces conditions à son pays et accepter, à son corps défendant, que les « créanciers » (et non pas l’Allemagne, pseudo-seul moteur de l’Europe actuelle, la France n’étant plus crédible, mais d’autres pays trop négligés car ignorés, en France, font bien partie de la task force), se mêlent pratiquement de ce que vont faire les Grecs des sommes reçues et donc, des engagements pris. Les créanciers lui éviteront tout faux pas s’écartant du progrmme prévu et imposé.

      Si il est vrai que l’austérité pure n’empêchera pas la Grèce de décliner, celle-ci sera déjà accompagnée d’investissements prévus qui, d’un point de vue positif, remettra des Grecs au travail, avec un salaire et sur le chemin d’une croissance, même si, pour le moment, ces investissements manquent de concret.

      D’autre part, les salaires grecs risquent bien d’être très compétitifs, en Europe. Donc même si la vie de touriste, dans le pays, risque bien d’être coûteuse (vu les taux de taxation en hausse), ils continueront à venir, soit par solidarité, soit rassurés, mais les trésors grecs ne seront pas dépréciés!

      Ainsi quand la Grèce aura fait ce grand virage de saine gestion sans corruption, il y aura des chances qu’elle reçoive la confiance d’investisseurs privés voulant bénéficier des facilités réservées à la plus grande marine marchande et au cout comparable de la main d’oeuvre, du niveau des anciens pays de l’est.

      Si les réformes existent dans la direction jugée bonne par « les créanciers », il sera toujours temps de montrer de l’assouplissement dans le calendrier des remboursements de dette pour autant que le débiteur puisse en servir les intérêts. La barre a été mise très haut: tout le monde s’en est aperçu mais la « troïka » devenue co-responsable devra bien reconnaitre que ses exigences ne seront pas atteintes si facilement.

      L’Union a définitivement jugé qu’un grexit, même provisoire, était une porte ouverte sur des conséquences imprévisibles. Les Grecs sont attachés à l’Union Européenne et à l’ €: c’est le seul cadre dans lequel le crash national pourra être évité. L’union n’avait pas envie que le grexit remette en doute son €, sur le plan mondial: les partenaires étaient donc d’accord pour l’éviter!

      Si il y a une leçon à retenir de cette aventure, c’est que le conseil européen des ministres et chefs d’état et de gouvernement fut vraiment l’acteur le plus médiocre et le plus toxique de l’Union: c’est bien ces nationalistes craintifs et sans envergure, tous ayant les yeux rivés sur leur prochain scrutin national, sans jamais monter dans le train d’une meilleure intégration européenne!

      Les séances du parlement européen, véritable émanation des euro-citoyens, ne montrent pas ce genre de timidité morbide de frein permanent.

      Heureusement le président de la Commission européenne, vieux renard qui connait bien les vices de ses anciens collègues et les nouveaux venus comme A.Tsipras avec qui il est l’interlocuteur Européen qui s’est entretenu le plus. L’avantage c’est qu’il n’a besoin ni de traducteur ni de porte-parole pour exprimer ses prises de position!

  • On dirait que les français s’y sentent déjà, et dénoncent d’emblée tout ce qui pourrait contrarier leurs mauvaises petites habitudes.

    Donc Merkel (et la masse de pays qui la soutiennent ou la trouvent trop indulgente) n’y connaissent rien , et font du tort à la Grèce (qui serait morte sans eux, mais passons).

    L’austérité serait l’opposée de la croissance ? C’est comme cela cependant que les Mormons sont devenus riches !!!
    Non, les gars, vous confondez croissance avec consommation, totalement intoxiqués par Krugman et autre Piketty de carnaval.

    Tant que le budget de la France n’est pas en équilibre, je vous suggère de vous concentrer sur ce problème, plutôt que de chercher chez les fourmis de quoi laisser chanter les cigales.

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