La chirurgie française est en danger

Chirurgie salle d'opérations (Crédits : CG94 photos, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Nos hôpitaux sont-ils adaptés à la chirurgie de tous les jours ?

Par Bernard Kron.

Chirurgie salle d'opérations (Crédits : CG94 photos, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.
Chirurgie salle d’opérations (Crédits : CG94 photos, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

L’âge d’or des « Trente Glorieuses » a vu les progrès fulgurants de la chirurgie : la chirurgie cardiaque et les premières greffes d’organes sont à la pointe, mais qu’en est-il de la chirurgie courante ? Certains grands services hospitaliers se veulent écoles de chirurgie, mais sans qu’il n’y ait encore de véritable organisation structurée.

Les écoles modernes de chirurgie

De nouvelles écoles de chirurgie ont vu le jour dans les années 1990 dans quelques villes universitaires, à l’initiative de quelques promoteurs visionnaires comme à Paris l’école du « Fer à Moulin » et l’école Européenne ; en province, les centres Internationaux de Chirurgie Endoscopique de Strasbourg, Marseille, Nancy et Clermont-Ferrand.

Elles sont incontournables pour enseigner les nouvelles technologies, mais nombre de chirurgiens, faute de structures adaptées à la chirurgie mini-invasive, vont « s’autoformer » dans le privé pour apprendre entre collègues la cœliochirurgie. Celle-ci est l’apanage de la France1. Les quotas et les référentiels imposés par ces tutelles avec l’accord des Collèges vont nous faire perdre le contrôle de l’art chirurgical comme ce fut le cas des chirurgiens barbiers au XVIIe siècle.

L’expérience du praticien caractérise l’art du chirurgien mais les techniques de sutures automatiques et la cœliochirurgie vont bouleverser la pratique et raccourcir ce temps d’apprentissage. Ces techniques se sont développées dans le privé et il est grand temps que de nouvelles écoles se développent pour les enseigner.

L’anatomie et la dissection sont passées au second plan. Le chirurgien ne peut plus pratiquer d’actes en dehors de sa spécialité exclusive. Le robot va-t-il le transformer à une échéance prochaine en un ingénieur de salle d’opération ? Il est affligeant de constater que le chirurgien généraliste pratiquant une chirurgie traditionnelle ouverte est de plus en plus souvent considéré avec une certaine condescendance. On pourrait même utiliser le terme de mépris comme cela était le cas pour le « Chirurgien Barbier » du Moyen-Âge.

Pourtant des omnipraticiens connaissant toutes les facettes de la spécialité sont indispensables. Certaines sociétés savantes l’ont compris, reconnu et admis.

Le renouveau de l’Académie de Chirurgie

En 1993, l’Académie de Chirurgie, grâce à la ténacité du Professeur Denys Pellerin, va retrouver son aura. Chef de service de chirurgie infantile de l’hôpital Necker, cet illustre praticien fut Président de l’Académie de Médecine et de l’Académie de chirurgie.

Deux cents ans après sa dissolution, cette dernière retrouve le couvent des Cordeliers, site de sa fondation, face à l’ancienne faculté de médecine de Paris, sous l’appellation d’Académie Nationale de Chirurgie. Il s’agit d’un lieu prestigieux d’échanges des connaissances de toutes les disciplines de cet art avec la participation des plus grands noms de la chirurgie mondiale. Le souhait de tout chirurgien est d’y être un jour élu.

Il ne faut pas pour autant baisser les bras devant toutes ces évolutions. Les chirurgiens et leurs compagnons ont les ressources pour rebondir et pour dénoncer la descente aux enfers de certains hôpitaux. La création de nouvelles écoles de chirurgie est indispensable pour reprendre le flambeau, former au mieux les futurs internes aux technologies nouvelles et éviter que le titre de mon livre ne soit trop prémonitoire. Le film « Hippocrate » est à peine caricatural pour dénoncer les « EIG » (Événements Indésirables Graves) de certains hôpitaux.

Non, la chirurgie n’est pas encore morte, mais elle est mise en danger par l’État.

  1. Plus de précisions p. 223 du livre Chirurgie, chronique d’une mort programmée.