Parti socialiste : tout justifie les lois liberticides

Vidéosurveillance (Crédits Paweł Zdziarski, licence CC-BY 2.5)

François Kalfon, interrogé par BFM Business, réalise-t-il la portée de ses propos ?

Par Le Parisien Libéral.

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Pas besoin de revenir sur l’état global du pays, on connait tous les chiffres. Mais, comme nous sommes en 2015, il devient très difficile pour l’actuelle majorité d’accuser la précédente. Vous vous souvenez que depuis 3 ans, le Parti socialiste au pouvoir fait le coup de l’héritage. C’est vrai que le précédent président de la République, et sa politique interventionniste, nous a légué 600 milliards d’euros de dette publique supplémentaire, 51 taxes et impôts créés ou relevés, aucune baisse significative du nombre de fonctionnaires, etc.

Mais, au vu des chiffres que chacun peut observer depuis 2012, le Parti socialiste est obligé de changer de discours. Il ne peut plus seulement accuser la gestion de l’UMP.

Il est vrai que le bilan n’est pas fameux : la dette publique  a progressé de 236 milliards d’euros depuis mai 2012, et il n’y a pas eu d’inversion de la courbe du chômage puisque fin 2014, il y avait déjà 600.000 chômeurs de plus qu’en 2012.

Face à cela, que font nos voisins ? Ils parviennent manifestement à combiner baisse du chômage et baisse de la dépense publique. En France, le chômage augmente, à l’inverse de tout ce qui se passe partout ailleurs en Europe.

En Allemagne (4,7% de chômage), les comptes publics sont en équilibre, grâce à la bonne santé économique et la politique menée par Angela Merkel.

En Pologne (7,9% de chômage), dirigée de 2007 à 2014 par le libéral Donald Tusk, la loi de finances pour 2015 prévoit un déficit des finances publiques inférieur à 3,3 % du PIB en 2015 et 2,6% en 2016.

Au Royaume Uni (5,5% de chômage), le gouvernement conservateur vise 10 milliards de livres d’excédent en 2020.

Ce jeudi matin, François Kalfon, secrétaire national au travail, à l’emploi et à la formation professionnelle du Parti socialiste, était invité à commenter, sur BFM Business, les politiques de nos voisins.

Voici en résumé les principaux points de son intervention :

  • Les conservateurs allemands de la CDU ne peuvent pas diriger l’Europe.
  • Les retraités allemands imposent leur point de vue aux autres.
  • C’est dommage qu’il n’y ait pas de gouvernement économique de l’Europe.
  • La Grande Bretagne n’est pas un pays industriel, mais reste un paradis fiscal avec la City.
  • La France ne veut pas de contrats zéro heure, comme au Royaume Uni.
  • Le modèle britannique n’est pas le modèle de société dans lequel nous voudrions vivre.
  • Chez nous, en France, il y a des hôpitaux et une armée à faire tourner.

On entend donc tous les poncifs d’une certaine gauche antilibérale et parfois germanophobe, et qui ignore que l’Allemagne n’est pas un pays du tiers-monde, que le Royaume Uni produit plus d’automobiles que la France, et que chez nous aussi, il y a des contrats zéro heure, ça s’appelle le chômage.

Mais c’est l’un des derniers points de l’intervention de François Kalfon qui est intéressant. Il a expliqué que, contrairement à d’autres, la France « assume ses responsabilités au sein de l’union Européenne » et que de ce fait, elle « se tape le sale boulot » en allant faire la guerre contre le terrorisme au Mali. En conséquence, ce sont nous, les Français, qui faisons face à une vague de terrorisme sans précédent.

François Kalfon réalise-t-il la portée de ses propos ?

Première information : le cofondateur de « la Gauche Pop », le supposé « frondeur », adhère donc à la vision de Manuel Valls, la France mène une guerre contre le terrorisme, au nom de l’Europe.

Relisez plutôt ce que disait Valls le 13 janvier 2015 suite à la tuerie de Charlie Hebdo et à l’attentat de l’Hypercasher de la Porte de Vincennes :

« À cette menace terroriste, la République apporte et apportera des réponses sur son sol national. Elle en apportera aussi là où les groupes terroristes s’organisent pour nous attaquer, pour menacer nos intérêts comme nos concitoyens.

C’est la raison pour laquelle le Président de la République a décidé d’engager nos forces au Mali, un 11 janvier, le 11 janvier 2013, le jour où tombait notre premier soldat dans ce conflit, Damien Boiteux. Et la même nuit, monsieur le ministre de la Défense, trois membres de nos services tombaient en Somalie. Le Président de la République a pris une telle décision pour venir en aide à un pays ami, menacé de désintégration par des groupes terroristes, le Mali, pays musulman.

Le Président de la République a décidé de renforcer notre présence aux côtés de nos alliés africains avec l’opération Barkhane. C’est un gros effort qu’assume la France, au nom, notamment, de l’Europe et de ses intérêts stratégiques, un effort coûteux : la solidarité de l’Europe doit être dans la rue, elle doit être aussi dans les budgets à nos côtés. »

Vous penserez que le domaine de compétence du conseiller régional qu’est François Kalfon ne s’étend peut-être pas jusqu’à l’analyse des tenants et aboutissants de la politique étrangère française. On ne peut apparemment pas être un spécialiste des joutes publiques et de la diplomatie. Mais en tout cas on a compris que la fronde du PS ne s’étend pas aux questions de fond comme la politique étrangère.

Deuxième information : François Kalfon adhère à l’idée selon laquelle la France, alors qu’elle est censée faire partie d’un ensemble partiellement fédéral ou supranational, peut décider seule d’aller faire la guerre au Mali, en partant par ailleurs d’une interprétation contestable de l’article 50 de la charte des Nations-Unies, sans même en référer au préalable aux 27 partenaires de l’UE, ou au moins au Haut Représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité (auparavant Catherine Ashton, actuellement Federica Mogherini), et seulement après, aller présenter la note à l’Union Européenne.

Mais admettons que tout comme Georges Bush est allé faire la guerre en Afghanistan, il faut que nous approuvions les interventions militaires françaises au Mali, en Centrafrique ou en Irak, le cœur du quadrilatère des territoires disputés de 1984, de George Orwell. Est-ce que ces interventions militaires, dites OPEX, expliquent l’état catastrophique des finances publiques françaises, et leur absence, la bonne santé des finances publiques allemandes ?

C’est la dernière idée : François Kalfon fait semblant de ne savoir ni lire ni compter. En effet, comment peut-il ignorer ces informations pourtant aisément accessibles, à savoir la hausse des dépenses militaires allemandes, la participation du Royaume Uni ou de l’Allemagne au même type d’opérations militaires que celles que nous menons en Afrique ?

En effet, imaginons que nos partenaires européens, l’Allemagne, le Royaume Uni, mais aussi la Pologne, l’Espagne ou le Luxembourg adhèrent à l’idée selon laquelle, pour lutter contre le terrorisme, il faut aller faire la guerre en Afrique ou au Moyen Orient.

Première question : puisque le Royaume Uni, la Pologne et l’Allemagne, mais aussi le Luxembourg ont participé à l’ISAF (la force multinationale qui a combattu en Afghanistan aux côtés des États-Unis), vont-ils demander à la France de Hollande, celle qui s’est retirée prématurément de ce pays, contre toute logique militaire et même financière, mais en lien avec des problématiques de politique intérieure, que nous leur payons une partie de leurs dépenses militaires ? Le Kenya a récemment rejoint la liste des pays victimes d’un attentat islamiste. L’armée française n’est pas au Kenya, mais l’armée britannique, si. Faut-il que Cameron envoie une facture à Manuel Valls et aux 26 autres Premiers ministres d’Europe ?

On voit bien que le genre de comptabilité que le PS tente d’imposer n’a pas beaucoup de sens s’il omet de mettre dans la colonne débit toutes les guerres menées par toutes les armées européennes.

Deuxième question : imaginons que, malgré tout, nos partenaires décident de couvrir le coût de nos OPEX. Quel serait l’impact sur nos finances publiques ?

Déjà, n’oublions pas que si la France a dépensé 35 milliards d’euros en 2011 et 31 milliards en 2014, une partie de ces dépenses correspond en fait à des dépenses de police (fonctionnement de la gendarmerie). Les milliards d’euros de la défense ne correspondent pas tous à des dépenses de guerre au Mali ! Et la totalité des 113.000 militaires actifs de l’armée de terre ne sont pas sur le terrain ! Les OPEX concernent moins de 10.000 hommes et femmes.

Si nos partenaires nous donnaient le 1,1 milliard d’euros que nous coûtent nos OPEX, il ne nous resterait plus qu’à trouver 84,5 milliards pour combler le déficit de 85,6 milliards d’euros que nous avons constaté en 2014. Nous serions donc toujours largement en dehors des clous de Maastricht.
Qu’inventerions-nous alors ? Que l’Éducation Nationale lutte contre le terrorisme et protège la jeunesse non seulement de France mais également d’Europe, et qu’à ce titre, il faut que nos partenaires payent nos enseignants ? Rappelons quand même que :

  • Dans 1984, une guerre extérieure à laquelle personne ne comprend rien (puisque son récit est réécrit en fonction des enjeux changeants), permet à Big Brother d’asseoir son pouvoir totalitaire, quand ce ne sont pas les deux minutes de la haine qui permettent de ressouder le peuple.
  • L’existence de l’ennemi intérieur et extérieur et la menace contre l’AngSoc justifient l’existence d’un système policier qui traque les opposants.

Est-ce vraiment le rêve du Parti socialiste que de tout justifier par l’existence du terrorisme, de l’adoption de lois liberticides à l’absence de contrôle des dépenses publiques ? Ne pourrait-il pas, plus simplement, expliquer que nos dépenses sociales sont trop élevées, et que nos guerres, au Mali ou ailleurs, qu’elles soient justifiées ou non, pèsent bien peu à côté de ce que nous coûte la Sécurité sociale, pour ne citer qu’elle ?

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