Ubérisons la politique !

À l’heure où uberpop renonce à la France, la France doit se réformer !

Par Serge Federbusch.

Uber credits joakim formo (CC BY-NC-SA 2.0)
Uber credits joakim formo (CC BY-NC-SA 2.0)

Les dirigeants d’Uber, placés en garde à vue et renvoyés au tribunal correctionnel dès septembre prochain avec autant de célérité que s’ils étaient des braqueurs, ont pu mesurer ce qu’il en coûte de s’en prendre au système social-corporatiste français dont François Hollande se veut le garant. Les taxis ont cassé, les taxis ont gagné – du moins temporairement – grâce à la mobilisation de l’État.

La loi Thévenoud, du nom d’un député socialiste atteint de phobie fiscale et administrative et nonobstant toujours en circulation au Palais Bourbon, a entrepris de brider la concurrence et de protéger ces rentiers d’un autre âge. Ils veulent, disent-ils, sauver leur licence, acquise à grand prix. Elles ont pourtant été émises gratuitement à l’origine, ce qu’ils savent tous. Ces autorisations de racolage automobile sur la voie publique ne valent que par leur rationnement corpo-organisé et aussi parce que leurs compteurs n’enregistrent pas définitivement le prix des courses ce qui leur permet de frauder le fisc à grande échelle. Voilà de fameux défenseurs de la morale publique ! Que les activités des chauffeurs d’Uber Pop soient traitées de manière égale au regard des diverses charges et cotisations est logique. Qu’elles soient interdites est un non-sens. Mais le contournement des lignes Maginot anti-concurrentielles par les réseaux sociaux et les services en ligne est inexorable et plus rien ne l’arrêtera. En attendant, le mot d’ordre de boycott des taxis se répand parmi leurs anciens utilisateurs qui se convertissent désormais pour des raisons idéologiques à Uber.

Mais pourquoi l’État et la quasi totalité des politiciens défendent-ils avec autant d’acharnement les taxis contre Uber alors que l’opinion publique est largement acquise à davantage de compétition et de liberté ? C’est que l’État lui-même et ceux qui l’administrent se reconnaissent dans leur mode de fonctionnement verrouillé et protégé des récriminations du bon peuple. Du reste, les révélations sur les frais de taxi d’Agnès Saal ne sont pas si anecdotiques que cela. C’est un mode de transport fréquemment utilisé par la classe dirigeante, dès lors qu’elle n’a pas de voiture de fonction à immédiate disposition.

L’État agit en arbitre entre les groupes et corporations. Ce système de négociation fonde sa légitimité. Il privilégie les plus nombreuses et les plus organisées, les fonctionnaires par exemple. Ou les plus violentes, qui font reculer un pouvoir faible, comme on l’a récemment vu avec les Bonnets rouges. Ainsi, il ne faut pas chercher bien loin l’explication de la faiblesse du gouvernement face aux islamistes : les musulmans sont nombreux et certains d’entre eux sont très agressifs, ils gagnent donc sur les deux tableaux. La laïcité n’est défendue qu’en apparence, du bout des lèvres. Les islamistes radicaux sentent cette faiblesse. Elle les incite à aller de l’avant dans leurs revendications communautaristes et séparatistes.

Dans cette atmosphère délétère, posons donc une question : ne faut-il pas ubériser la politique ?

Le système d’arbitrage par des élus professionnels enkystés dans des circonscriptions serait utilement concurrencé par des formes innovantes de décision collective. On pense d’abord au référendum d’initiative populaire qui pourrait être bien plus largement utilisé qu’aujourd’hui si un système garantissant la sécurité du vote via Internet était mis en place.

Ce serait là un rôle nouveau et légitime de l’État que d’établir et garantir les règles d’une vraie transparence dans ce domaine. Pour ne prendre que les exemples du mariage homosexuel ou du port du voile dans les lieux publics au plan national, ou de la tour Triangle au plan local, les citoyens pourraient être directement décideurs sur des sujets sensibles aujourd’hui livrés au rôle occulte de lobbies qui manipulent élus et opinion grâce aux médias.

De même, pour l’organisation des pouvoirs publics, le maillage des services publics ou les choix en matière d’infrastructures routières, hospitalières ou sécuritaires par exemple, le « big data » permettrait de connaître finement les besoins et les évolutions du mode de vie des citoyens et de décider en conséquence de l’affectation des crédits publics. Le jeu d’influence des élus locaux pour conserver chacun leurs petits hôpitaux, garder leurs commissariats ou promouvoir leurs ronds-points serait utilement remplacé par le traitement de données massives sur la santé publique, la délinquance et la circulation. On implanterait donc les équipements en fonction des besoins objectifs, sans avoir à passer par des élus nombrilistes ni même à instaurer un système de péage souvent lourd et coûteux à mettre en place.

Peu à peu, les nouvelles techniques ébranlent les vieux systèmes. La périphérie est touchée, le cœur suivra.

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