La soviétisation rampante de la Wallonie

Trois événements qui montrent que la Wallonie s'avance dangereusement sur la route de la servitude...

Par Emmanuel Perclus, depuis la Belgique.

USSR -happy march credits John Vaughan (CC BY-NC-SA 2.0)
USSR -happy march credits John Vaughan (CC BY-NC-SA 2.0)

 

Un des traits caractéristiques de l’ex-URSS et de ses satellites était sa propension à organiser la vie de ses sujets au millimètre près, au profit d’une oligarchie étatiste toujours prête à renoncer à ses responsabilités en cas d’échec.

L’un des traits caractéristiques de la Chine communiste contemporaine et de bon nombre de pays du socialisme mou (Europe de l’Ouest), c’est la capacité de ces États à vouloir s’occuper de plus en plus de nos vies mais à refiler une partie du pactole que cela représente à leurs petits copains sous le nom de « partenariat public-privé ».

La Wallonie est actuellement en train d’hésiter sur la voie à emprunter, mais soyez sûr que, quel que soit son choix, cela sera une voie de servitude. Trois exemples tirés de ces dix derniers jours viennent appuyer cette observation.

Soupçons de détournement d’argent public au Centre Public d’Aide Sociale de Tournai

D’abord une affaire toujours en cours dont j’attends avec une impatience réelle le fin mot de l’histoire. Le CPAS (Centre Public d’Aide Sociale) de Tournai est au cœur d’une enquête pour malversation, fraude et détournement d’argent public. La directrice financière, en poste depuis plus de 20 ans, aurait détourné près de deux millions d’euros pour son compte personnel, et d’une manière extrêmement simple : d’un compte en banque libellé « CPAS Tournai » vers son compte personnel. Et ce petit manège dure depuis les années 1990, il aura fallu attendre 2015 pour s’en rendre compte. On se demande de prime abord, en apprenant que le CPAS possède près de 50 comptes à son nom, comment est-il possible que personne n’ait remarqué plus tôt quelque chose de louche. Où sont donc passés les syndicats ? Les partis d’opposition ? Les aides de camp des élus ?

On essaye de nous faire croire dans la presse que tous ces pauvres gens ne pouvaient pas savoir, ces flux frauduleux n’apparaissant pas dans la comptabilité officielle. Ah, au grand étonnement de tous, la directrice financière dissimulait ses versements et ne les transcrivait pas dans son rapport annuel. Quel petit génie du crime. Mais ces deux millions ont bien dû partir de quelque part et il semble bien que durant toutes ces années, personne ne se soit posé de questions. Rappelons encore que le CPAS de Tournai est au bord de l’agonie financière, qu’il vire des employés au rythme d’une multinationale et que sa gestion calamiteuse a souvent été pointée du doigt. Pire, au tout début des années 1990, certains avaient déjà dénoncé ce type d’agissements. Qu’a-t-on fait depuis ? Rien, nada ! La directrice s’étant suicidée après la découverte de ces irrégularités, on pouvait penser qu’un responsable politique agirait autrement qu’en faisant des déclarations publiques ou qu’un autre démissionnerait pour ne pas avoir vu les fautes passant sous son nez. Mais ici, non, rien. Circulez. Dans n’importe quelle entreprise privée, une telle fraude aurait probablement été repérée plus vite (c’est ça être un vil capitaliste proche de ses sous) et les responsables remerciés. Dans une entreprise publique, où l’argent est en fait le vôtre, tout cela n’a guère d’importance.

Fuites en série aux examens de l’enseignement secondaire

Vient ensuite cette rocambolesque histoire de fuites autour des examens des écoles secondaires. À cause de celles-ci, les épreuves de science, d’histoire et de néerlandais ont dû être tout bonnement annulées. Tant pis pour ceux qui n’avaient pas triché, tant pis pour les honnêtes candidats. Depuis quelques années en région francophone, bon nombre d’élus poussent de plus en plus la voix pour demander chez nous l’équivalent du bac français. Alors même que ce bac est critiqué en France, nos élus qui, décidément, ne peuvent pas s’empêcher de tout contrôler et produire des lois à tour de bras, décident donc de copier les mauvaises idées des voisins. D’autres, à gauche, veulent carrément supprimer le réseau libre (les écoles catholiques subventionnées). Égalitarisme forcé, contrôle étatique, nivellement par le bas. Tout y passe. Cette année, est mis en place un premier semblant d’examen commun, mais pour quel résultat ? C’est un bel échec de Milquet, encore un, après l’affaire des nouveaux « cours de rien » à l’école.

Pensez-vous qu’on va remettre cette idée de centralisation scolaire forcenée en question ? Pensez-vous qu’après un affront pareil, Milquet démissionnerait de son poste de ministre francophone de l’enseignement ? Que nenni, on préfère s’attaquer aux ados de 14 ans qui se sont contentés de faire passer l’info. La liberté d’enseigner, la liberté de choix du réseau scolaire, la liberté pour les enseignants de faire leurs propres examens, bref, ces petits morceaux de libertés dans l’enseignement que nous enviaient certains en France, seront bientôt de l’histoire ancienne.

Soyez certains que d’ici dix ans, aura débarqué chez nous un mammouth identique à l’Éducation Nationale française ; et compte tenu de la nullité de notre élu moyen, je parie déjà sur un futur gros échec. En effet, comment concilier un baccalauréat avec le système belge, basé sur un tronc commun en filière « générale » (non professionnelle) modulé par un choix d’options assez large ? Pour exemple, dans ma classe il y avait entre 4h et 8h de maths, 0h ou 2h de sciences économiques ou sociales, 2h ou 4h de sport ou d’histoire, 2 ou 3 langues vivantes (néerlandais, allemand, anglais et espagnol au programme), 3h ou 6h de sciences… selon les choix des élèves. Chacun, ou presque, avait de cette manière un parcours et un planning différents, tout en partageant un socle commun d’une vingtaine d’heures (français, cours de « base » en maths, histoire et sciences). Soit on met fin à cette liberté de choix pour l’étudiant, soit on oublie l’idée de faire un baccalauréat. Mais vouloir faire les deux c’est s’assurer un taux stratosphérique de tracasseries diverses.

La Wallonie crée sa propre sécu

Enfin, le PS et le CDH se félicitent de la mise sur pied d’un début de Sécu wallonne. Deux points sont à relever. D’abord, le PS et le CDH ont toujours été les plus virulents contre les volontés récentes d’autonomie de la Flandre, au point de se faire détester chez nos compatriotes néerlandophones et de les braquer un peu plus vers l’extrême-droite de la Nva. En campagne électorale, ils ont mis un point d’honneur à toujours dire « on ne touchera pas à la solidarité nationale » (PDF venant du PS disponible ici). Que font-ils une fois les mains libres en Wallonie ? Eh bien ils préparent la Sécurité sociale wallonne. Percevez-vous également cette douce odeur de petits mensonges politiques ?

Bien sûr, je ne suis absolument pas attaché à la Sécu, je préfère un système de mutualité et d’assurance, il n’empêche que nos élus n’ont vraiment plus aucune honte à faire et à dire tout et son contraire.

Contrepoints588 - Wallonie - René Le HonzecEnsuite, Maxime Prévot admet que, par manque d’argent,  l’État ne pourra pas assumer intégralement les maisons de retraite, et va donc ouvrir des PPP (partenariats public-privé) pour permettre d’augmenter le nombre de places disponibles à moindre coût. Excellent raisonnement du cador du CDH, mais pourquoi privatiser juste un peu ? Un PPP implique que l’État est à la manœuvre, il va décider des conditions d’ouverture de ces hospices. Comment cela va-t-il se décider ? Qui va rafler les contrats ? Les grosses pointures de la construction habituées des contrats publics ? Il sera important d’être vigilants à l’avenir.

Est-il si compliqué de comprendre que si la PPP fonctionne pour certaines maisons de repos, elle le peut aussi pour toutes les autres ? Si ce dispositif permet des économies pour les maisons de retraite, pourquoi ne pas l’adopter pour les assurances de type chômage et les mutualités de soins ?

Tout simplement parce que, comme pour le CPAS, comme pour l’école, comme pour beaucoup d’autres fonctions, privatiser signifie couper leurs revenus aux élus, leurs emplois si bien protégés. Mais surtout, la privatisation leur ôterait le pouvoir dont ils sont devenus dépendants. Comme en URSS, comme en Chine, et de plus en plus partout ailleurs, ils sont drogués à l’idée de « faire quelque chose » pour moi, pour vous, pour nos voisins, pour nous tous. Et surtout pour eux.

Ils ne peuvent pas imaginer qu’ils sont faillibles. Pourquoi donc vérifier attentivement des comptes publics ? Ils ne peuvent pas imaginer qu’un enseignant connaisse mieux que quiconque sa classe et ses élèves, ou qu’un directeur est le mieux placé pour gérer son établissement. Pour quelles raisons les laisser faire ? Ils ne peuvent pas imaginer qu’on pourrait se passer d’eux. Pourquoi donc laisser les individus s’assurer eux-mêmes contre les aléas de la vie ? Ils ne peuvent pas imaginer qu’ils sont irremplaçables. Pourquoi donc démissionner ?

Ceci ne prendra jamais fin, jamais un élu ou un parti a émis le souhait (en dehors des effets d’annonces) de diminuer les pouvoirs de l’État. Peut-on imaginer qu’ils puissent  se présenter en disant « on va moins faire ». Chaque élection le prouve en ce qu’elle aboutit à plus de pouvoir pour l’État. Chaque jour de réunion de l’hémicycle le prouve : davantage de lois, de règlements et de taxes. Dans nos démocraties modernes, la seule issue semble être la route de la servitude soviétique.

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