CAF : en effeuillant les libertés

Après d’autres organismes publics, la CAF fouille les comptes bancaires !

Par Jacques Garello.

So true we had enough credits Nicholas Komodore (CC BY-NC-SA 2.0)
So true we had enough credits Nicholas Komodore (CC BY-NC-SA 2.0)

La vie privée ne résiste pas longtemps au zèle administratif. L’État Providence évolue naturellement vers l’Inquisition d’État. Depuis quelques semaines on sait que les Caisses d’Allocations Familiales ont le droit de consulter les comptes bancaires de leurs assujettis. Cette consultation peut être orientée vers des personnes soupçonnées de fraude, mais aussi pratiquée « au hasard », par sondage. Un tel privilège existait de longue date pour le fisc, dont les agents peuvent entrer dans les comptes bancaires des contribuables, et le font souvent sur simples dénonciations anonymes. La loi sur le renseignement donne aussi au personnel des services de sécurité la possibilité de mettre sur écoutes ou de pénétrer dans les courriels des personnes qui pourraient menacer la nation. Enfin, il est question désormais de prélever les impôts à la source : déjà inquisitorial, voici que l’impôt sur le revenu deviendrait de plus tutélaire : le percepteur se sert lui-même sur vos gains et salaires.

rené le honzec cafNous ne sommes pas naïfs : il y a des fraudeurs, il y a des terroristes, il y a des brigands et des escrocs. L’État a pour mission de garantir la sécurité et de protéger les personnes et les biens. C’est même l’une des rares missions régaliennes. Cependant on peut observer qu’il est plus habile à poursuivre des Français moyens dont les délinquances sont mineures et détruisent surtout l’argent public, qu’à lutter contre les vrais criminels. On nous dit sans arrêt que les coupables « étaient connus des services de police depuis longtemps », ou étaient récidivistes, ou en liberté conditionnelle. On observera aussi que l’État s’occupant de tout, multipliant les règlements, les allocations, les impôts, les subventions, les chances d’être en règle s’amenuisent un peu chaque jour. L’État providence devient l’État policier.

Dans un État de droit il y a des juges pour protéger les citoyens contre les abus de pouvoir. Mais l’État de droit devient illusoire dans la plupart des pays : l’escalade de l’arbitraire est bien amorcée. Éduquer les citoyens à la responsabilité, les libérer de la servitude politique : voilà comment prévenir la criminalité sous toutes ses formes, au lieu de voir un criminel derrière chaque citoyen.

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