Loi Macron et 49.3 : la stratégie machiavélique de Manuel Valls

Manuel Valls utilise le 49.3 pour faire passer la loi Macron : politiquement audacieux, économiquement lamentable.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Loi Macron et 49.3 : la stratégie machiavélique de Manuel Valls

Publié le 16 juin 2015
- A +

Par Frédéric Mas.

Manuel Valls et Guillaume Bachelay credits Parti socialiste  (CC BY-NC-ND 2.0)
Manuel Valls et Guillaume Bachelay credits Parti socialiste (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Pour la seconde fois du quinquennat, le gouvernement va utiliser l’article 49-3 pour clore le débat sur la loi Macron. Rappelons rapidement que le célèbre alinéa de l’article 49 de la constitution inverse les rapports de force entre l’exécutif et l’Assemblée : en effet, il permet au gouvernement d’imposer un texte immédiatement et sans discussion sauf à remettre en cause son autorité par une motion de censure.

Bien évidemment, si le gouvernement démissionne, l’Assemblée nationale (enfin, la majorité présidentielle surtout) trinque aussi : la cinquième république, et encore plus avec la réforme du quinquennat, fait des députés majoritaires les éternels suiveurs de l’exécutif, à qui ils doivent postes, réputation et émoluments. Les députés socialistes et plus largement de gauche « frondeurs », dans la majorité mais pas trop quand il s’agit d’assumer les réformettes de la loi Macron, étaient dans une position douloureuse. Qu’ils soutiennent un gouvernement impopulaire ou votent avec la droite, ils risquaient dans les deux cas de perdre leurs sièges aux prochaines élections, et cela au plus grand bénéfice de la gauche de la gauche.

Du point de vue de Manuel Valls, il fallait à la fois éviter de voir s’effriter la majorité, de se faire encore plus d’ennemis au sein du parti et surtout de montrer des signes de faiblesse politique sur des réformes attendues avec impatience par Bruxelles.

Maintien de la mascarade socialiste en état

Le choix du 49.3 était donc un choix politique stratégique certes abrupt mais intelligent : il permet de maintenir la mascarade politicienne socialiste en l’état pour quelques temps encore, quitte à passer pour autoritaire, ce qui n’est pas pour déplaire à un certain public lassé de l’image de mollesse du gouvernement.

La situation n’est pas sans rappeler Rashomon (1950), le célèbre film de Kurosawa, dans lequel plusieurs personnes voient la même scène tout en l’interprétant de diverses manières. En jouant sur le 49.3, Valls fait montre de son inflexible réformisme devant Bruxelles, la gauche du PS peut apparaître la tête haute devant son électorat, puisqu’elle n’aura pas à justifier sa « trahison » face au pseudo-libéralisme de la loi Macron, et le gouvernement sauve sa peau jusqu’à la prochaine catastrophe majeure en poussant une réforme mi-chèvre mi-chou. En d’autres termes, contrairement à ce qui a pu s’écrire ici ou là, Valls a fait en quelque sorte une fleur à l’aile gauche du PS en la lestant de toute responsabilité dans cette histoire, lui permettant de mimer une opposition interne au parti présidentiel tout en offrant à l’Allemagne l’image d’un social-libéralisme de carton-pâte.

Seulement, si l’équilibre au sein de la majorité semble sauf, le grand perdant reste tout de même l’État et ceux qui devront supporter sa faillite, c’est-à-dire les citoyens ordinaires : le brouillard médiatique savamment entretenu par les affidés du gouvernement autour du pseudo-libéralisme de la loi Macron permet sans doute d’enfumer nos partenaires européens, mais ne doit pas tromper sur son profond conservatisme : cajoler les clientèles électorales et lancer quelques idées en l’air ne suffiront pas, hélas, pour éviter la faillite du modèle social français.

Voir les commentaires (11)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (11)
  • la faillite du modèle social français….peut être faut il en arriver là pour repartir sur d’autres bases plus saines , plus juste ;de toute façon c’est parti pour , autant s’y préparer ;

  • Le 49.3 est une corde à sauter l’opposition. Dans le cas de la loi Macron, le 49.3 Valls saute aussi l’opposition de son propre camp ! In fine, peu importe cette loi, il en résulte que plus rien ne compte sauf la volonté d’un homme, Hollande, qui est très loin des « valeurs » dont il nous rabâche les oreilles à longueur de temps…

  • Rien n’est fait pour les pauvres, 9 millions de français dans la misère, 5 millions d’enfants qui sont en dénutrition, la corruption est au plus haut, un dégout total.

  • Mascarade absolument : la loi Macron est le machin économique le plus soviétique depuis les 101 points du programme commun de 81.

    Cette mascarade ridicule qui n’a qu’un seul but : faire croire à Bruxelles que la France réforme dans le sens préconisé.

    Ouverture le dimanche : salaires doublés …
    Autocar : uniquement pour les lignes de TER déficitaires
    Professions réglementées : replacées par des fonctionnaires
    Acte de justice : réglementation des prix
    Notaire : suppression du clerc
    Tribunaux de commerce : fonctionnarisation des juges
    Prudhomme : transfert au civil

    Tous va dans le sens d’un alourdissement des charges et de la main mise de l’Etat.

    • Les 101 points de 1981 étaient ceux du programme du candidat Mitterrand. Le programme commun de la Gauche a été conclu en 1972 et torpillé par les Communistes en 1978.

      • Ah oui, j’oubliais : Mitterrand était de droite et si le programme de 81 a échoué, c’est parce qu’il était turbo néo libéral.

  • Parfaitement d’accord : c’est du théâtre.

    Cela permet, pour pas cher, d’entretenir l’illusion d’une « dissension », d’une fausse opposition de gôôôche.

    Pendant ce temps, Hollande coule des jours heureux, voyage beaucoup, mange très bien, Manolo se déplace en jet, va voir des matchs de foot, fait coucou à Roland Garros…

    Tout va bien dans le Royaume de France.

  • A la limite, je me fiche totalement des acrobaties vallsiennes, le problème n’est plus ce que fait ce gouvernement, qui est fini, d’accord, son pouvoir de nuisance est encore assez fort, mais d’ici 2017 il ne se passera rien de vraiment important ni irréversible.
    Ce qui m’inquiète le plus, c’est le manque de vision d’avenir de la part de l’opposition, que ce soit UDI ou Républicains. Le vide y est aussi abyssale que la pensée du PS.

    • Faudrait pas tuer la poule au oeuf d’or non plus ….

    • tany: « il ne se passera rien de vraiment important ni irréversible. »

      Juste 1000 millions d’euro d’emprunts par jour ouvrable à cause de l’absence totale de réforme. La dette a doublée depuis 10 ans, toutes les caisses sociales sont en faillite, le pays est déjà recordman mondial d’imposition et contient 8 millions de pauvres et 5 millions de chômeurs.

      Courir vers une falaise à ce rythme sans changer de cap ce n’est pas « rien ».

  • La faillite du modèle social Francais pas avant 40 ans ,
    Ca fait 40 ans qu’on s’endette ,alors faut juste tiré la couverture sinon il va vite faire froid.
    Je suis malheureux de dire ca mais plus vite nous profiterons tous du systeme plus vite il tombera plus vite il pourra être reconstruit. Au prochaine élections je voterai à gauche a moins qu’un libéral se présente. je fais toute les gréves pour plus de social pour plus d’état et j’active les réseaux syndicats tous tous …. tous juste un rêve je n’ai pas le courage , ça me ferait presque vomir de le faire ….

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

L’article 49, alinéa 3, de la Constitution française (dit 49-3) prévoit que lors du vote d’un projet ou d’une proposition de loi, le Premier ministre peut décider d’engager la responsabilité du gouvernement.

Dans ce cas, le projet de loi est alors adopté sauf si une motion de censure est déposée par au moins un dixième des députés. En cas de rejet de la motion, le projet est considéré comme adopté ; dans l’hypothèse inverse, le texte est rejeté et le gouvernement renversé.

 

La fin du régime des partis et la parlementar... Poursuivre la lecture

Alors que la liberté d’expression et plus généralement les libertés civiles sont plébiscitées par les Français, le libéralisme économique, quant à lui, continue de susciter la suspicion voire le rejet chez la plupart des gens, y compris à droite. Ce terme est en effet connecté à des questions difficiles comme la mondialisation, le profit, les délocalisations, la loi du plus fort, etc., et génère des sentiments négatifs comme la peur ou l’envie.

 

Pour pallier les défauts d’un libéralisme « débridé », l’État apparaît comme l... Poursuivre la lecture

Par Elina Lemaire.

Remous provoqués par la scission de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) en quatre groupes politiques, interrogations autour de l’attribution aux groupes d’opposition de certains postes-clés à l’Assemblée nationale (vice-présidences, questures, présidence de la – très stratégique – commission des finances), réception des présidents des groupes par le président de la République au lendemain des élections, puis par la Première ministre à quelques jours de son discours de politique générale… La situ... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles