Le train de la reprise va dans le mur

L’économie ne se remet pas, et ne peut pas se remettre, tant que les politiciens s’occupent de son cas.

Par Bill Bonner.

Train_Montparnasse (Image libre de droits)

« Bill, vous admettez que vous êtes souvent en tort… ou ‘en avance’… » commence une lettre sympathique, « alors en quoi êtes-vous différent de tous les autres économistes de Wall Street ? »

C’est une bonne question. Et petit à petit, nous finirons par y répondre.

D’abord, nous rappellerons à nos lecteurs que notre opinion, inchangée depuis les tréfonds de la crise en 2009 jusqu’à aujourd’hui, est non seulement que l’économie ne se remet pas, mais qu’elle ne peut pas se remettre, pas tant que les autorités s’occupent de son cas.

Aujourd’hui, nous avons encore plus de preuves. Six ans après que le train de la « reprise » a soi-disant quitté la gare, le PIB US recule à nouveau. Les autorités elles-mêmes l’affirment dans leurs derniers chiffres, qui viennent d’être révisés. Selon les statistiques, l’économie américaine a reculé de 0,7% au premier trimestre. La croissance des dépenses des ménages, parallèlement, a été divisée par deux depuis le dernier trimestre 2014.

S’il y a une reprise, ce n’est franchement pas visible dans ces chiffres. Ce qui ne devrait pas vous surprendre. Au lieu de se débarrasser de dettes excessives et impayables, les autorités en ont rajouté une couche. Selon McKinsey, 57 000 milliards de dollars ont été ajoutés aux niveaux de dette mondiaux depuis le creux de 2009. Pire : le crédit bon marché a transféré la richesse réelle des gens ordinaires vers l’industrie financière. De la sorte, le système tout entier a été perverti… et la croissance réelle a cessé. Après tout, c’est dans l’économie ordinaire, les usines et les entreprises, que la richesse est créée ; pas à Wall Street.

Les riches, qui possèdent des actifs financiers, sont devenus plus riches. Les pauvres, les jeunes et la classe moyenne, n’ayant que leur labeur à offrir, sont devenus plus pauvres. Le marché boursier à lui seul a plus que doublé la valeur nette des actionnaires depuis 2009. Mais il n’a rien ajouté à la valeur nette des travailleurs, comme l’illustre le calcul suivant : en 1982, un travailleur américain moyen pouvait acheter le S&P 500 tout entier avec 15 heures de son temps de travail.  À présent, le malheureux devrait travailler deux semaines et demie.

Le système est corrompu… et dangereusement dysfonctionnel

Mais pourquoi est-ce que personne ne le dit ? Les faiseurs d’opinion comme Paul Krugman et Larry Summers comprennent de travers, intentionnellement. Comme si les autorités n’avaient pas déjà dressé assez d’obstacles, ils en veulent plus. « Plus de réglementation ! » « Plus de redistribution ! » « Plus de crédit, plus de dépenses, plus de dettes, plus de guerres, plus de plans insensés de toutes sortes ! »

Ils veulent plus de « gestion » de la part de ceux-là même qui ont déjà causé ce gigantesque gâchis, des gens comme eux. Et l’élite (ainsi que tout le monde ou presque) est à 100% derrière eux. Ils sont décidés à essayer de protéger et prolonger l’économie magique des trois dernières décennies. Cette économie a été rendue possible par une gigantesque augmentation de la dette… qui a mené à d’énormes augmentations des actions, des obligations, de l’immobilier, de l’art contemporain et des bonus dans l’industrie financière. Personne ou presque ne veut voir prendre fin les trois décennies passées.

Mais qui parle pour les trois prochaines décennies ? Qui parle pour M. et Mme Tout-le-Monde… pour les jeunes… pour l’avenir inconnu, rempli de surprises ? Qui se tient avec les anges mystérieux, invitant une dépression pour balayer les erreurs des trois dernières décennies… et encourageant la destruction créatrice pendant qu’elle assomme le capitalisme de copinage et affame les zombies ?

Nous !

C’est là l’idée que nous cherchons à faire comprendre depuis le début. Tout le monde veut plus de crédit, plus d’inflation, plus de bulle, plus de subventions et plus de privilèges. Qui est de l’autre côté ? Quasiment personne.

Mais ces 20 dernières années, nous avons construit un réseau de chercheurs, d’analystes, d’économistes et de penseurs qui soit indépendant de l’industrie financière, du gouvernement et des milieux universitaires. Pas de copinage. Pas de zombies. Pas de poudre aux yeux, pas de miroir aux alouettes.

Notre devise : nous avons parfois raison… nous avons parfois tort… et nous doutons toujours.

Comment en est-on arrivé là ?

Chaque jour, nous essayons de relier les points. Comment se fait-il que les banques centrales, les grandes entreprises, la finance, le gouvernement et les chercheurs universitaires sont tous du côté de politiques qui ne fonctionnent pas ? Comment se fait-il que les seniors… et notamment les baby-boomers vieillissants… en sont venus, eux aussi, à se mettre du côté du diable ?

Nous ne faisons pas seulement allusion aux politiques financières et monétaires des six dernières années, mais à un biais plus profond et plus pernicieux. Depuis l’administration Carter, le gouvernement américain, tout comme la majorité des gouvernements occidentaux, accumule des déficits budgétaires persistants, faisant passer, dans les faits, les coûts des avantages actuels sur les épaules des salariés de demain. La Fed lutte contre des corrections du crédit, tout en permettant des bulles du crédit, depuis les années 80. Et depuis six ans, les autorités défendent si activement et agressivement le passé que l’avenir n’a pas une seule chance.

Il était évident, dès le départ, qu’ajouter plus de dettes, de renflouages et de réglementations pesantes n’allait pas faciliter le progrès. La reprise était toujours « juste au coin de la rue », nous disait-on. Mais à chaque coin passé, aucune reprise n’était révélée. À présent, on vient de prendre un nouveau virage… et le train ne va nulle part !

Il y a moins de véritables emplois aux États-Unis qu’il y a 15 ans. Les revenus des ménages sont eux aussi plus bas. On pourrait croire que Janet Yellen lèverait les bras au ciel : « vraiment, ce qu’on fait ne fonctionne pas. On va donc arrêter ».

Aucune chance. Autant demander à l’armée US, la CIA, la NSA et à tous les fournisseurs du secteur de la défense d’admettre : « Ces guerres au Proche-Orient ne mènent nulle part. Franchement, on ne sait même plus qui est ennemi de qui est ami. À partir de maintenant, on va laisser les autochtones régler leurs propres problèmes. »

Cela n’arrivera pas.

Parce que le système tout entier a été corrompu par l’argent facile des autorités.

À suivre…

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