Belgique : tax shift ou le débat tronqué

Le « transfert » de l’impôt des revenus du travail vers ceux du capital n’améliorera rien. Voilà pourquoi.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Taxes impôts (Crédits 401kcalculator.org, licence Creative Commons)

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

Belgique : tax shift ou le débat tronqué

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 2 juin 2015
- A +

Par Thierry Godefridi.

Taxes impôts (Crédits 401kcalculator.org, licence Creative Commons)
02 Taxes impôts (Crédits 401kcalculator.org, licence Creative Commons)

 

En Belgique, Pikettystes et autres émules de Karl Marx dont la contribution à l’accroissement réel du bien-être général est de manière générale inversement proportionnelle à leur imagination prônent le tax shift, un « transfert » de l’impôt des revenus du travail vers ceux du capital, comme panacée contre l’impécuniosité de l’État.

Comme nous l’affirmons dans un article publié par le journal économique belge L’Écho, c’est trompeur car c’est laisser accroire que les revenus du « capital » ne seraient pas taxés et que les riches deviendraient de plus en plus riches (alors que ce ne sont pas les mêmes qui le restent) ; c’est stupide car confisquer l’épargne reviendrait à détruire les fondements de l’économie de marché et de la liberté individuelle ; c’est immoral car en parlant de « capital » c’est bien de l’épargne privée qu’il est question et cette dernière provient précisément de revenus du travail déjà lourdement taxés à la base !

« Parmi les quelque 200 pays du monde, la Belgique est celui qui taxe le plus lourdement le travail. Qu’il y ait un rééquilibrage avec le capital me paraît légitime et souhaitable ! », nous affirme un bel esprit que l’on aurait pourtant cru libéral. L’on nous présente le tax shift comme inéluctable. En vérité, comme le fait remarquer Thierry Afschrift, avocat fiscaliste de tout premier plan international, dans une chronique publiée par le magazine Trends-Tendances, le débat sur le tax shift est étrangement tronqué.

Personne ne contestera que le travail est trop lourdement taxé en Belgique. Selon une étude publiée cette année par le réseau international d’experts-comptables AGN, la charge globale pesant sur le travail s’élève à 178% du revenu professionnel net d’un salarié belge alors qu’elle n’est que de 64% au Grand-Duché du Luxembourg, 75% en Allemagne, 89% au Royaume-Uni, 93% aux Pays-Bas et 94% en France, les pays entourant la Belgique et concurrents directs de l’industrie et du commerce belges.

Une réduction des charges grevant le travail s’impose donc afin de procurer à la Belgique un regain de compétitivité sur son marché domestique et sur ceux de ses principaux partenaires commerciaux.

Il y a plusieurs manières de s’y prendre pour compenser le manque à gagner qui en résulterait pour l’État. Le tax shift en est une, qui consisterait à remplacer les recettes perdues d’un côté par d’autres prélevées ailleurs. Une autre consisterait à réduire les dépenses de l’État. Mais, sur ce plan, relève Thierry Afschrift, c’est tout le contraire qui se passe. Selon le budget de l’État belge lui-même, les dépenses de ce dernier passeront de 98,9 à 104,1 milliards d’euros en 2015. Il suffirait donc à l’État de geler ses dépenses pour compenser de 5,2 milliards une réduction des charges sur le travail.

Les dépenses de l’État belge augmenteront donc de plus de 5% et ses recettes de 3,7 milliards soit de 3,6% en 2015, ce qui est renversant compte-tenu de ce que les taux d’inflation et de croissance sont pratiquement nuls ! L’État ne s’en tiendra pas là, avertit Thierry Afschrift. Sa part ne cessera de croître dans l’économie belge et, partant, dans la vie de tout un chacun pendant les années à venir puisque le rapport budgétaire du gouvernement en place prévoit que les recettes fiscales passeront de 112,1 à 116,7 milliards en 2016, 120,5 milliards en 2017 et 124,6 milliards en 2018, soit un butin total de 41,1 milliards sur quatre ans dans un pays dont le PIB ne s’élève qu’à quelque 400 milliards d’euros ! « En fait de tax shift, il suffirait que l’État cesse d’augmenter les impôts et ses dépenses », conclue l’avocat fiscaliste. « Si l’on veut que cela cesse, il faut changer de politique ».

Un shift de cet ordre constituerait en effet une troisième voie, visant à libérer les facteurs et leviers de production et de croissance. Mais pour ce faire, au-delà de l’imagination dont sont abondamment pourvus les beaux esprits férus d’idées castratrices et captatrices d’un autre siècle, il faudrait aussi de la clairvoyance et du courage.

Sur le web

Voir les commentaires (3)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (3)

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don
Article disponible en podcast ici.

En soi, l’écologisme religieux promet bien des manières pour finir pauvre au plutôt en « sobriété choisie », pour reprendre la novlangue gouvernementale.

On peut bien sûr raréfier l’accès à l’énergie, imposer toujours plus de taxes pour racheter nos péchés ou créer des pénuries dans les logements ou l’alimentaire par des règles écolos punitives au nom de Gaïa. Oui on peut le faire et ça marche. Mais il y a mieux. Le dogmatisme écolo est entrain de détruire notre monnaie et notre épargne. Explication... Poursuivre la lecture

Suite à la faillite de la Silicon Valley Bank (SVB) aux États-Unis et aux inquiétudes croissantes concernant la banque Crédit Suisse en Europe, les marchés financiers mondiaux ont fortement chuté. La panique s’est emparée des investisseurs et ces derniers craignent le début d’une nouvelle crise d’ampleur.

Plutôt que de craindre la crise, réjouissez-vous. Depuis début 2022, la baisse progressive des marchés représente une opportunité historique pour l’investisseur de long terme. Chaque jour est un excellent point d’entrée en bourse, une... Poursuivre la lecture

Ce n’est qu’une piste, envisagée par le gouvernement, face aux projets d’investissements massifs dans le nucléaire (les EPR). Quoi de plus tentant que de songer aux milliards du livret A, cette épargne préférée des Français étant en pleine forme ? Même si ce n’est qu’une hypothèse à l’étude parmi d’autres elle révèle la vraie nature du livret A et de l’épargne administrée, l’arbitraire à tous les niveaux.

Les Français aiment bien le livret A. Il est maintenant disponible dans les banques et pas seulement à la Banque postale ou à la Cai... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles