Un exemple d’entreprise libérée : Sogilis

entreprise cadres manager CC pixabay

Ces entreprises sont des success stories aux résultats époustouflants : prospérité, croissance et bonheur au travail résultent de la suppression du fonctionnement hiérarchique.

Par Pierre Nassif.

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Je voudrais ici, ayant présenté à grands traits ce que sont les entreprises libérées dans un précédent article, évoquer l’histoire d’une SSII libérée1, Sogilis. Les entreprises libérées appartiennent à tous les secteurs d’activité et elles sont situées dans de nombreux pays. Elles ont été libérées, dans pratiquement tous les cas, à la suite d’une volonté très déterminée du chef d’entreprise. Ce sont des success stories aux résultats époustouflants : prospérité, croissance et bonheur au travail résultent de la suppression du fonctionnement hiérarchique. Il existe des variantes, mais la responsabilisation des équipes, le respect de l’initiative des personnes et de leur créativité sont des constantes.

En googlant la SSII Sogilis, tout de suite après le site officiel de l’entreprise, on trouve l’exposé de son bilan par un employé recruté un mois plus tôt. Il dit : « J’ai la sensation que grâce à une structure horizontale, sans relations hiérarchiques, les échanges sont plus vrais et sincères » et : « on est responsable des choix qui vont guider le projet » et aussi : « C’est tellement plus logique que les futurs collègues soient ceux qui rencontrent les candidats ».

Sogilis a transféré presque toutes les décisions aux cellules (ils parlent de « management cellulaire »), y compris le recrutement et la sélection des projets qu’elles accepteront ou refuseront. Les objectifs assignés à ces employés sont d’entretenir leur passion pour le métier, de rester à la pointe techniquement, d’enthousiasmer le client (s’il n’est que satisfait, c’est un échec). La cellule exerce la responsabilité de réaliser un chiffre d’affaire mensuel couvrant au moins les salaires de l’équipe et sa contribution aux frais de structure2. Malgré le succès et l’affluence des commandes, ils ont décidé de conserver une pente de croissance douce, « pour rester eux-mêmes ». Il leur faudrait d’abord comprendre en profondeur ce que cette expression signifie, afin de savoir précisément quoi défendre à tout prix à l’avenir.

En dehors du film dont je parle plus loin, je voudrais préciser que les sources d’information principales sont les entreprises elles-mêmes – généralement fières et à juste titre de ce qu’elles ont entrepris – et les quelques apparitions qu’elles font dans les chaînes d’information de leur région. Celles-ci se contentent de relayer l’information reçue sans la commenter et sans poser trop de questions. Ce n’est pas moi qui m’en plaindrait, tellement il est habituel aux membres de cette profession de venir en tout lieu avec une opinion préconçue, qu’ils chargent plus ou moins gentiment leur interlocuteur de confirmer.

En ce qui concerne Sogilis, ayant vécu professionnellement pendant une douzaine d’années dans le passé dans des SSII, je suis en mesure d’affirmer que les principaux problèmes de ce secteur sont neutralisés par une telle organisation. Ces problèmes proviennent du fait que la matière première, c’est le temps des techniciens : tout tourne autour de la maximisation du temps facturé. Ici, ce résultat n’est pas obtenu en le poursuivant directement, au moyen de commerciaux harceleurs et d’une certaine indifférence au turn-over. Il est obtenu en mobilisant les ressorts de la passion pour le métier, du choix des missions par les intéressés et d’une culture orientée client.

Le mouvement des entreprises libérées a été popularisé en France par un film diffusé sur Arte : « le bonheur au travail »3. Différentes histoires d’entreprises y sont racontées, lesquelles ont toutes supprimé d’une manière ou d’une autre le fonctionnement hiérarchique. Il existe de nombreuses variantes et certaines entreprises ont rencontré (ou se sont données) plus de limites que d’autres. Le film d’Arte n’est pas un film de propagande. Il exprime un message unique et simple : le succès de l’entreprise et le bonheur au travail vont de pair. Ils sont obtenus l’un et l’autre par la suppression du modèle hiérarchique.

Ce message est tellement nouveau dans l’univers du management qu’il mérite bien cette approche simple. Le film raconte des histoires d’entreprises et d’administrations libérées (eh oui ! des administrations également… en Belgique) présentées comme d’indiscutables succès, ce qu’elles sont très largement. Il est vrai que ce nouveau paradigme (pour une fois, le terme n’est pas galvaudé) suscite tellement d’émotion, d’incrédulités, de scepticisme, notamment parmi les managers, dont il supprime l’essentiel des prérogatives, sinon des fonctions. La moindre allusion aux difficultés de mise en œuvre ou aux menaces pesant sur la pérennité des expériences en cours serait montée en épingle.

« Le bonheur au travail » raconte l’histoire de la biscuiterie Poult, de Chronoflex, du SPF mobilité et transports (une administration belge), de la fonderie FAVI, de Gore, de Harley Davidson, etc. Il donne la parole à Isaac Getz, pionnier du mouvement des entreprises libérées – Lire Liberté et Cie4 – à Vineet Nayar5 qui croit à l’employee empowerment , à Jean-François Zobrist6, ex-président de FAVI, à David Graeber (pour être complet).

Dans un prochain article j’aborderai d’autres histoires d’entreprises libérées.

  1. Société de Services et d’Ingénierie Informatiques
  2. Pour en apprendre plus : https://www.youtube.com/watch?v=3dTQHLqrGRA (les équipes présentent la société) et https://www.youtube.com/watch?v=QVf5MVV4XZQ (Interview Christophe Baillon, président fondateur).
  3.  Ce film est disponible en VOD sur Arte, qui en commercialise également le DVD.
  4.  Livre cosigné avec Brian M. Carney, paru chez Fayard en 2012. Voir aussi le site du livre en suivant http://liberteetcie.com/
  5.  CEO d’HCL technologies, une SSII de taille mondiale, il a publié « les employés d’abord, les clients ensuite », chez Diateino.
  6. Voir https://www.youtube.com/watch?v=N_4DzvRn-Qg, « une entreprise basée sur la confiance », où l’on voit s’exprimer un personnage visionnaire, drôle, passionné tout en étant proche des gens… et qui sait de quoi il parle, puisque c’est de son propre vécu.