Réforme du collège : attention la droite s’énerve

Une salle de classe dans une école (Crédits : Conseil Général du Val-de-Marne, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Cette droite s’offusque de la réforme des collèges alors même qu’elle était aux commandes durant dix ans et qu’elle n’a pas brillé par sa capacité à réformer l’école.

Par Jacques Béhat, Pour Contrepoints

Une salle de classe dans une école (Crédits : Conseil Général du Val-de-Marne, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.
Une salle de classe dans une école (Crédits : Conseil Général du Val-de-Marne, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

 

Ça y est, la réforme des collèges est sur les rails, publiée vite-fait bien-fait au Journal Officiel. La droite s’est indignée et s’est battue, en vain. Il faut dire que les armes qu’elle a utilisées ressemblait plutôt à des pistolets à eau. Subitement inquiète pour l’avenir de nos enfants, elle a crié au scandale contre la suppression du latin. C’est une honte ! Bruno Le Maire a même pris la plume pour écrire au Président une jolie lettre évoquant l’Histoire avec un grand H. C’est dire s’ils ont sorti les gros moyens ! Une opposition redoutable et déterminée. Une droite qu’on sent soucieuse et préoccupée, sourcils froncés et mâchoire crispée par cette atteinte à notre système éducatif tellement efficace. Malheur, que vont devenir nos enfants ?

Le problème, c’est que cette bonne vieille droite qui s’apprête soi-disant à se rénover en changeant de nom, s’offusque de cette réforme certes ridicule, sinon catastrophique, alors même qu’elle était aux commandes durant dix ans et que, ma foi, elle n’a pas brillé par sa capacité à réformer l’école. Celle qui crie au loup parce qu’on va empêcher à trois gamins, qui ne parlent même plus correctement le français, d’apprendre le latin, a accompagné la décomposition du système éducatif sans être capable de générer le choc attendu par ses électeurs. Incapable de s’opposer sérieusement, à défaut de la déconstruire, à l’idéologie socialo-pédagogiste qui a contaminé tout le système, la droite a participé passivement au délitement de l’école et a laissé les pédagogistes continuer leur œuvre néfaste. Faute de créer, de détenir ou même de s’approprier une théorie de l’éducation alternative et solide, elle en est réduite comme d’habitude à s’aligner sur ceux qui s’autoproclament experts.

On voit bien d’ailleurs comment l’anti-conformiste Luc Ferry, qui fût ministre de l’Éducation durant deux ans, et qui d’ailleurs a dû se trouver bien impuissant entre ses opposants bornés et ses alliés incultes, prend ses distances avec cette droite décidément incapable de réforme structurelle profonde.

Un séjour dans les classes permettrait peut-être à tout ce beau monde de voir l’étendue du bazar : adolescents créatifs mais privés de cette rigueur intellectuelle élémentaire et dépourvus de culture générale, autorité contestée du corps enseignant par la « génération P.A.I », ambiance fortement idéologisée dans les salles de profs, là où l’école devrait être le lieu de la neutralité, absurdités et complexité administratives…

La droite en dix ans n’a rien fait pour corriger cette situation désastreuse. Son indignation est donc aujourd’hui bien mal venue, à moins qu’elle n’ait à proposer un véritable contre-modèle, et qu’elle ne fasse preuve d’une réelle et profonde volonté réformatrice qui semble hors de sa portée.

François Guizot, illustre ministre libéral de l’instruction publique considéré comme le créateur de l’école primaire (loi Guizot de 1833), doit se retourner dans sa tombe en voyant ce qu’est devenu notre système éducatif sous l’effet de la politique des socialistes et de l’incompétence de la droite.