Tremblez, François Hollande a encore toutes ses chances pour 2017

François Hollande en 2012 (Crédits Mathieu Delmestre-Solfé Communications licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Tous les indicateurs sont au rouge vif mais rien n’est perdu pour François Hollande pour 2017 pour autant.

Par Christophe de Voogd.
Un article de Trop Libre.

François Hollande en 2012 (Crédits Mathieu Delmestre-Solfé Communications licence Creative Commons)
François Hollande en 2012 (Crédits Mathieu Delmestre-Solfé Communications licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

 

Dame Fortune peut, à tout moment, rebattre les cartes. François Hollande n’en est-il pas le meilleur exemple ? Au fin fond du fond, il y a six mois, le voici qui reprend des couleurs. Oh, certes pas dans les sondages qui sont retombés comme un soufflé. Et les derniers le placent en bien piteuse position pour 2017. Mais les événements de janvier – Dame Fortune est d’abord une tragédienne – lui ont incontestablement donné ce qui lui manquait le plus : la stature présidentielle.

Constamment sous-estimé par l’adversaire comme par son propre camp, « François II », digne successeur du premier François – dont on commence à se rappeler qu’il fut le disciple –, a su prendre barre sur l’événement, réduire au silence les frondeurs et calmer, entre promesses de remaniement politique et d’investissement public, les ardeurs protestataires. Machiavel appelait cet art de maitriser le temps, la « vertu » du Prince. C’est bien pourquoi François Hollande a demandé à être seulement jugé au terme de son quinquennat.

Bref, la route est quasi libre à gauche. Une Cécile Duflot, si jamais elle se présente, entêtée dans son ressentiment ou son éthique de conviction, fera sans doute moins qu’Éva Joly en 2012. Jean-Luc Mélenchon fera, au mieux, une candidature de témoignage, si le PCF l’y autorise. Et le seul rival véritable, Manuel Valls, est programmé pour 2022. Toutes les autres ambitions seront étouffées, le congrès du PS y veillera bientôt, au nom du « danger fasciste » d’une victoire FN. Ou d’une « victoire Sarkozy ».

À quoi s’ajoute – Dame Fortune est cette fois-ci souriante – l’amélioration de la situation économique : tout porte à penser, sans que le gouvernement n’y soit pour rien, que la courbe du chômage va s’inverser début 2016. Comme personne n’a jamais demandé le sens de cette expression (inversion par rapport à quand ? 2012 ? 2015 ?), le pari est facile à gagner : 100 000 ou 200 000 chômeurs de moins en fin de mandat et le président sera dans les clous. Peu importe qu’il y ait alors 500 000 chômeurs de plus qu’à la fin de l’ère Sarkozy. La mémoire n’est pas la première caractéristique de l’opinion publique ni des chaînes d’info en continu. C’est ainsi que risque fort de passer en pertes et profits de « la-France-qui-en-a-vu-d’autres » le bilan économique accablant des trois premières années de mandat.

Tous les indicateurs sont pourtant au rouge vif : dans une conjoncture difficile mais sans commune mesure avec la crise mondiale de 2008-2009, les débuts de l’actuel quinquennat voient des records historiques s’accumuler : chômage, stagnation, déclin du taux de marge des entreprises, panne de l’investissement. Il serait peut-être temps de donner quelques chiffres comparatifs avec le quinquennat antérieur, sans même oser la comparaison avec nos grands voisins, de la perfide Albion aux austères Allemands, qui font mieux, bien mieux que nous.

Depuis mai 2012, le rythme d’accroissement du chômage s’est accéléré fortement (+30%) ; en trois ans, François Hollande aura fait presque aussi mal que Nicolas Sarkozy en cinq (respectivement 0,93 et 1,1 million de chômeurs supplémentaires toutes catégories confondues) ; la croissance est passée de 2% à 0,3% ; le taux de marge des entreprises est à son plus bas niveau historique (29,7%) (source INSEE). Où sont donc les « cadeaux aux patrons » ? Certes, la dette augmente un peu moins vite que sous Nicolas Sarkozy. Mais faut-il en remercier François Hollande ou Mario Draghi et ses taux d’intérêts nuls, voire négatifs ? Il faudrait surtout mettre fin, au-delà du déni des chiffres, au double sophisme du raisonnement. Premier sophisme : comment sans cesse accuser « l’héritage », quand on fait pire que son prédécesseur en termes de croissance, d’emploi et de fiscalité ? Ne prenons que cet exemple du slogan « 30 milliards eux, 30 milliards nous » qui a superbement pris dans les médias. Nous épargnerons ici les calculs de détail, que seul un magistrat de la Cour des comptes pourrait effectuer. La confusion entre recettes fiscales globales et produit des impôts nouveaux est en effet fréquente. Nul doute, en tout cas, que la créativité fiscale de la gauche l’a emporté largement sur celle de la droite. Le bon indicateur est le taux des prélèvements obligatoires, toutes administrations confondues : les chiffres, là, sont clairs : quasi-stabilité sur l’ensemble du quinquennat Sarkozy (43,9% du PIB fin 2011) ; nette hausse sous François Hollande (46,1% en 2014). La comparaison est encore plus rude pour les trois premières années des deux quinquennats : baisse de 2 points entre 2007 et 2009 ; hausse de 2 points entre 2012 et 2014.

Mais passons. Le vrai problème est ailleurs – c’est le second sophisme. Pour les Français, ce qui compte, ce n’est pas l’égalité de ce que les uns et les autres ont fait, mais l’addition de leurs mesures. Car c’est bien cette addition-là qu’ils paient. En d’autres termes, le calcul correct n’est pas : « 30 milliards = 30 milliards », mais 30 milliards + 30 milliards = 60 milliards.

Il est vrai que pour s’apercevoir de ces vérités premières, il faudrait que la droite accepte enfin de faire son propre bilan. Tabou combattu par quelques courageux comme Bruno Le Maire ou Valérie Pécresse, mais que le leadership de Nicolas Sarkozy sur l’UMP a sacralisé. À tort, car l’ancien président pourrait aisément confesser quelques grosses erreurs, au terme d’un bilan économique qui a tout de même permis au pays de « sauver les meubles ». Encore faut-il que la susceptibilité le cède à la vérité, toujours la meilleure option politique selon Aristote.


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