La loi est-elle forcément juste ?

La Loi, statue au Palais Bourbon (Crédits jan buchholtz, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

La loi, c’est la justice. Sauf si…

Par Marius-Joseph Marchetti.

La Loi, statue au Palais Bourbon (Crédits jan buchholtz, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.
La Loi, statue au Palais Bourbon (Crédits jan buchholtz, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

 

La loi c’est la justice. À une condition : lorsqu’elle s’évertue à ne pas mener deux buts contradictoires, c’est à dire lutter contre la spoliation et organiser la spoliation. C’est à dire lorsqu’elle ne cherche qu’à garantir la liberté et non à la restreindre. Lorsqu’elle protège le citoyen, pas quand elle le détrousse. Lorsque son unique but est la libre association des intérêts politiques pour garantir liberté, propriété, sécurité et non pas de surveiller, de suivre, d’espionner, et de calomnier. La loi n’est justice que lorsqu’elle lutte contre la spoliation extra-légale et qu’elle ne s’aventure pas sur les territoires, non moins pécuniaires, de la spoliation légale.

La spoliation légale, qu’est-ce donc ? Ce n’est rien d’autre que la planification d’un vol organisé à grande échelle. Mais dans la forme, qu’est-ce donc ? Dans les siècles qui se sont écoulés, ce vol a eu bien des noms, selon le groupe de citoyens qui a demandé son accroissement, puisque comme nous l’a montré Frédéric Bastiat, l’État, c’est cette grande fiction à travers laquelle tout le monde essaie de vivre aux dépens de tout le monde. Chacun voyant son voisin le dépouiller, s’approche du publiciste en lui susurrant à l’oreille :  » Voyez donc mon compère ! Vous lui offrez un Droit au profit. Vous empêchez des produits étrangers de venir le concurrencer et nuisez donc à ma bourse. Ma foi, soyez pardonné ! Permettez-moi donc d’obtenir un Droit au Salaire, en redistribuant une partie du surplus de son profit ! »

« Quand la contrainte, et non le consentement mutuel, préside aux échanges commerciaux ; quand il vous faut la permission de ceux qui ne produisent rien pour produire ; quand l’argent revient à ceux qui échangent des faveurs et non des biens ; quand des hommes gagnent davantage avec des pots-de-vin et des intrigues qu’avec leur travail et que vos lois ne vous protègent pas contre eux mais les protègent contre vous ; quand la corruption est récompensée et que l’honnêteté devient de l’abnégation … Vous pouvez dire que les jours de la société sont comptés. » (Francisco d’Anconia, La Gréve d’Ayn Rand).

Justice Contrepoints442Voyez donc la mécanique se mettre en œuvre, voyez la spoliation se mettre en place. Personne n’a le droit de voler quiconque, à moins de demander à une organisation nommée État de le faire. Qui donc pourrait nier qu’en France, où l’État prélève plus de 50% de la richesse créée par le secteur privé, voire plus de 70% selon les individus, réglemente chaque parcelle de votre vie, de la charcuterie que vous mangez au site Internet sur lequel vous allez, il n’est pas un monstre froid bien moins concerné par ses missions fondamentales que par le projet d’en acquérir de nouvelles ? Qui donc peut nier, dans un pays où l’État est bien moins occupé à protéger la population de la spoliation qu’à l’organiser lui-même, que l’État est une vaste organisation criminelle qui parasite les activités des individus productifs ?

Le rôle de l’État est simple :

« Une société civilisée est celle dans laquelle la force physique est bannie des relations humaines, et dans laquelle le gouvernement, agissant comme un policier, peut utiliser la force seulement par représailles et seulement contre ceux qui l’ont d’abord engagée. » (Ayn Rand)

À cet État, nous devrions cependant imposer des limites qui n’ont pas encore été utilisées. Une Constitution ne serait pas de grande utilité. Elle faillirait avec le temps, les États-Unis étant là pour en attester. Ces deux bornes permettant à un État minimal d’être un État libéral (où la violence serait réellement bannie) ont été évoquées respectivement par Ayn Rand et Ludwig von Mises. Bien que celles-ci n’aient pas pour vocation première d’empêcher l’accroissement de l’État, c’est ce à quoi elles aboutiraient. Ayn Rand, bien que minarchiste, souhaitait un mode de prélèvement volontaire, qui pourrait être assimilée à une sorte d’assurance à laquelle on souscrirait via un contrat. La seconde borne présentée par Ludwig von Mises (ainsi que précédemment par Herbert Spencer) est le droit de faire sécession, qui pourrait être assimilé à la libre entrée sur le marché de la contrainte, et qui permettrait de mettre en concurrence les États.