L’Institut de France est mal géré, mais on s’en tamponne

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Cour des comptes (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

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L’Institut de France est mal géré, mais on s’en tamponne

Publié le 5 mai 2015
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Tiens, encore un rapport de la Cour des Comptes ! Cette fois-ci, il porte sur l’Institut de France, vénérable institution académique vieille de plusieurs siècles, qui regroupe plusieurs académies et dont l’objet consiste à perfectionner les sciences et les arts. Et cette fois encore, le rapport de la Cour n’est guère tendre avec l’institution qu’elle a étudiée : d’après elle, son fonctionnement « demeure très insatisfaisant »…

Rooh. Voilà qui est fort gênant.

Une institution si tranquille, si respectable, on ne peut qu’être surpris que la Cour des Comptes puisse lui trouver des choses à reprocher, d’autant que les remarques ne sont pas légères et les manquements assez notoires.

La Cour explique ainsi que malgré l’importance du patrimoine immobilier dont cette institution a la charge (plus de 1,5 milliard d’euro tout de même), la gestion de l’immobilier locatif et celle des nombreuses fondations musées « connaissent des insuffisances caractérisées » (fouchtra, des insuffisances !). Celle de six institutions souffre de « nombreuses carences et irrégularités » (sapristi, des irrégularités !), et la gestion du personnel de ce nuage de fondations diverses ne bénéficie quasiment d’aucune mutualisation, avec une politique de rémunération opaque et informelle (saperlipopette, de l’opacité !), le tout dans une austérité qui se traduit par une progression de la masse salariale de l’Institut de 6,5% de 2005 à 2013, et de 10% à 60% pour celle des académies (youpi, une progression !). S’y ajoutent les habituelles facilités et autres avantages accordés à des académiciens et des personnels de l’Institution ou en lien avec elle que la Cour qualifie de « parfois discutables » et en tout cas « insuffisamment encadrés ».

Insuffisances, irrégularités, opacité, défaut d’encadrement, voilà qui fait un beau palmarès pour une honorable institution…

pardon vous disiez - lofty dog is loftyLe croustillant rapport de 211 pages (lisible ici) permet d’apprécier à sa juste valeur les remarques de la Cour formulées sur un ton très poli. Si l’on peut passer sur les indemnités annuelles des académiciens, qui sont franchement modestes, les défraiements sont en revanche particulièrement élastiques et permettent une grande souplesse pour ceux qui en bénéficient. En outre, si on lit l’épais chapitre consacré à la gestion du patrimoine immobilier de l’Institut, on constate surtout qu’elle échappe à la déroute totale bien plus par chance que grâce à une rigueur et un contrôle efficaces : la formalisation des procédures laisse pour le moins à désirer, et les latitudes dont disposent les gestionnaires feraient largement bondir dans le cadre d’entreprises privées (qui termineraient probablement avec de lourds contrôles fiscaux sur les reins).

Le plus consternant étant qu’en face de ces dérives et d’une gestion qu’on qualifiera pudiquement de minimaliste, plusieurs des fondations-musées faisant partie de l’Institut de France parviennent non seulement à attirer un public considérable mais réalisent l’exploit d’équilibrer leur exploitation, ce qui montre que le potentiel pour éviter les dérives et valoriser cet extraordinaire patrimoine existe bel et bien.

Des remarques pas tendres, une gestion hasardeuse ou inexistante, des abus, des opacités, voilà qui laisse une impression étrange au lecteur de ce petit manuel de Ce Qu’il Ne Faudrait Pas Faire dans le Privé Mais Qui Est Toléré dans le Public, impression d’autant renforcée par la mollesse évidente des suites qui seront données à ce rapport.

Oh, bien sûr, on peut noter quelques articles de presse ici et qui donnent un peu de corps aux critiques de la Cour. Mais s’en satisfaire en imaginant qu’enfin, quelqu’un va s’occuper de remettre un peu d’ordre là-dedans, ce serait faire preuve d’une belle naïveté qui pourrait vous faire passer de citoyen à … simple contribuable, tiens.

c'est degolas

En effet, on pourrait ressortir, un peu méchamment, ce que le Figaro écrivait il y a plus d’un an, sur le même sujet et qui montre que les dérives ne sont pas neuves. D’autant qu’il y a deux ans, l’Opinion en faisait aussi mention, constatant là encore des manquements de gestion. Du reste, tout ceci n’était que la suite logique de rapports de la Cour des Comptes datant quant à eux de 2009 et 2001, qu’on pourra retrouver assez facilement sur internet.

Si vous voyez émerger comme un tableau d’ensemble déjà vu, c’est parfaitement normal.

En substance, la Cour produit un rapport, histoire de faire croire qu’elle sert effectivement à quelque chose. On pourra à présent attendre les nécessaires sanctions qui ne manqueront pas de remettre de l’ordre dans les dérives de gestion observées et on pourra, dans la foulée, se réjouir que les autorités fassent preuve de courage pour remettre la République dans le droit chemin. Tousse. Tousse. Ahem. Et on oubliera bien vite la récente affaire de l’INA dans laquelle sa directrice aura fait preuve d’une légèreté coupable dans ses notes de frais de taxis (40.000 euros tout de même) en se rassurant de constater qu’elle a heureusement démissionné de son poste. Tousse, tousse à nouveau et ahem.

Tout comme l’ex-directrice de l’INA échappera aux poursuites pour abus de bien social, le remboursement des sommes ne pouvant constituer la seule réparation de la faute constatée, tout comme l’ensemble des malversations d’élus dont la République est la victime répétée et qui ne se traduisent pas par des incarcérations largement méritées, les bidouilles et largesses au sein de l’Institut de France n’entraîneront aucune sanction palpable. Il n’y aura pas dépôt de plaintes, même si la Cour s’en étonne elle-même (p. 99 du rapport).

Ce blog contient maintenant des exemples sur une base quasi-mensuelle des exactions scandaleuses dont la République et le contribuable français sont victimes. La Cour des Comptes ensevelit régulièrement les journalistes, les parlementaires et les citoyens sous d’épais compte-rendus indiquant clairement l’étendue de la catastrophe, ainsi que la marche à suivre pour s’en sortir, mais rien ne change.

Il faut se rendre à l’évidence : si tout le monde s’en fout à ce point, c’est probablement parce que tout le monde est complice. Dès lors, ce qui arrive aux finances publiques du pays n’est que la mise à l’échelle (et quelle échelle !) de cette décontraction complète vis-à-vis de l’argent des autres dans ces multiples cas particuliers.

Et comme la très grande majorité ne semble pas vouloir y mettre un terme, comme, de surcroît, tant en profitent directement ou indirectement, une conclusion s’impose d’elle-même : ce pays est foutu.

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  • Très bon et croustillant ! Comme à votre habitude ! Merci cher H16.

  • En France la corruption endogame généralisée s’appelle « mauvaise gestion » et les gens que la dénonce « populistes » .
    « Vive la république » est le dernier argument de tous les marchands de tapis.

    • et quand un scandale éclate , le pouvoir en place s’en offusque, pour finalement dire qu’il s’agit d’un dysfonctionnement… par manque de moyens(!?), et qu’il faut d’urgence nommer une (grosse) commission, pour étudier tout ça

  • Une honte républicaine de plus … demain cela sera oublié et tout le monde retournera vaquer à sa vie de contribuable paupérisé ..

    les peuples ont les gouvernements et zélites (?) qu’ils méritent …

    • Oublié? Vous rêvez? Pas du tout! En tout cas pas pour tout le monde!

      Pour tout « service » étranger, vous voyez ce que je veux dire?

      Je puis vous assurer que cela ne passe pas du tout inaperçu mais c’est bien consigné à sa place dans une base informatique sécurisée, avec toutes ces autres personnes-là et toutes les autres, « au service » de la « néo-sacro-sainte République » laïco-bananière » où au moins, 3/4 des « grands commis de l’état » sont des gens très sensibles aux arguments en liquide sur un compte exotique, ce qu’on lave par un grand discours contre les manières façon ancien ministre des finances! (comme si c’était le seul!). Aussi naïf que comique!

      J’me marre (avec ce bon « h16 » qui permet de survivre! L’humour cache et console de la honte!). Dans les « dîners en « Ville », il n’est pas du tout de bon ton (« dans notre « Monde ») de parler d’argent, (l’obsession de tous les convives mais où) si chacun conserve un secret total sur ses propres chiffres il ne craint pas de réclamer évidemment la transparence sur les gains des « autres », en clair et en « black »!

  • Si c’était une boite privée capitaliste, ils seraient tous à hurler comme des perdus. Mais là ça ne coûte rien, c’est l’état qui paie.

    • Si ca marche selon le principe d’une fondation, on est pas loin d’une boite privée ?
      L’institution est si vieille que ses gestionnaires doivent en avoir oublié l’objet.
      Et la cour des compte râle et se fait porte-parole de l’état aimerait avoir la main sur le magot.

  • Il est vrai que pénétrer à l’Institut vous laisse un souvenir inoubliable. Lambris dorés, serviteurs à votre disposition à chaque porte, atmosphère feutrée, que de doctes membres de l’élite intellectuelle française. Il viennent pantoufler pour un salaire assez ridicule, à peine quelques dizaines de milliers de francs mais leurs notes de frais sont intégralement remboursées, train, hôtel, taxi, restaurant, cocktails et parfois les putes ! Mais bon, j’ai eu le privilège, il y a bien longtemps d’aller errer dans cet endroit mais je n’en ai gardé qu’un souvenir qui alimente mon ironie : pourquoi garder des trucs pareils en France, l’Institut ne sert strictement à rien sinon à permettre à des sommités scientifiques de province à s’offrir aux fais de la princesse un séjour à Paris deux fois par mois. Quel gâchis ! H16, vous avez parfaitement raison, ce pays est complètement foutu …

  • En tant que simple citoyen, n’est il pas possible de déposer une plainte sur un sujet comme celui ci?

  • C’est normal : c’est gratuit puisque c’est l’état qui paye. cela fait partie des « zacquis » ❗
    Zacquis donc du ❗

  • Un journal prétend (sans le nommer) que l’un des membres a disposé de 5 appartements; qu’il a loué à son profit, jusqu’à sa retraite forcée.. 6 puisqu’il vivait dans le 6ème appart…. Les contrôles sont sévères.
    Zlatan avait une bonne vision de notre pays.

  • Faisons un rêve…
    Il suffit de reprendre le résultat des rapports de la cour des comptes sur ces dernières années
    et d’appliquer les mesures qui s’imposent pour mettre fin à ces « dysfonctionnements, voire maladresses »
    pour réaliser des économies CONSIDERABLES !…
    Le comportement de la Présidente de l’INA est tout à fait révélateur de l’attitude de ces voyous qui nous gouvernent. Ces parasites sont à foutre dehors sans ménagement avec poursuites devant la justice pour fautes lourdes.
    Vivement le 4 Août !

  • Cher H16,
    comme vous le dites si bien, cette litanie perpétuelle de scandales financiers est non seulement régulière mais tout le monde s’en fout manifestement avec allant !
    En ce qui me concerne, j’arrive au point de nervousse brékdonne. J’avoue ne pas savoir si je dois prendre la pilule bleue, faire l’autruche et oublier une bonne fois pour toute que tout cela va très mal finir (comme le gars qui tombe du 20ème pour qui tout va bien puisqu’il n’est qu’au 10ème étage).
    Ou bien prendre la pilule rouge, très rouge et faire sauter le premier hôtel des impôts/RSI/hôtel de région/conseil général (barrer la mention inutile) qui passe.
    Sincèrement, je commence à croire qu’il vaut mieux rester dans l’ignorance totale des circuits économiques ou politiques pour rester sain d’esprit. Parce que dès qu’on gratte un peu sous la surface et que l’on additionne 2+2, le seul constat qui s’impose, c’est que ce pays est bel et bien foutu.

  • Je développe ce sujet dans mon livre »CHIRURGIE, chronique d’une mort programmée » Ed L’Harmattan.
    Tous les élus profitent de l’argent public, c’est à dire de nos impôts, avec le silence coupable du grand patronat et des médias car » la soupe est bonne » …..et partagée!
    Mais demain qui payera les retraites et soignera les retraités avec » la mort programmée de la médecine libéral par Brigitte Dormont et Marisol?
    « Ho ministres intègres et conseillers vertueux………… »

  • Pour avoir travaillé dans un académie de l’Institut de France pendant plus de 20 ans, et pour y avoir encore des amis, je peux vous assurer que la très grande majorité du personnel des académies et de l’institut de France n’a pas connu de hausse de salaire depuis parfois plus d’une décennie ! Seuls les individus considérés comme totalement « loyaux », « fidèles », « dévoués » (c’est-à-dire tolérant les abus de ces institutions) ont reçu des avantages durant ces deux décennies… Les gens qui travaillent dans ces « institutions » sont traités comme de véritables sous-fifres : rabaissés, humiliés par des petits chefs aux pleins pouvoirs. L’argent de l’Institut ne sert pas à « récompenser » ou payer convenablement les employés, mais plutôt ces petits chefs qui ont, en outre, la mainmise sur tout : finances, gestion du personnel, contrats de travail absurdes, salaires, conditions de travail… Ces petits chefs s’octroient eux-mêmes, par le biais de rapports rédigés par leurs soins, des avantages, primes, hausses de salaires, améliorations de leurs statuts, etc. Profitant de l’ignorance des employés, jouant sur leur naïveté, ils leur font croire que la non-application du droit du travail à l’institut de France et dans dans les académies est normale ! Croyez-en mon expérience : les «responsables», là-bas, ont des comportements plus que douteux : partialité, non-respect du droit du travail, irrespect quotidien à l’égard des gens. Eux, ils profitent, les académiciens ferment les yeux, bien contents que les petits chefs fassent leur travail à leur place. Ce n’est pas la cour des comptes qui devrait intervenir, mais l’inspection du travail : et là, le scandale serait réellement énorme !!!!

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