Cette permanente attaque contre la propriété

Aujourd’hui, et suite à l’intéressante remarque d’un de mes lecteurs réguliers que je remercie au passage, je voudrais vous parler d’une tendance de fond, de ce qui n’était encore il y a quelques années qu’un petit crin-crin désagréable et qui, au fil du temps et grâce aux efforts redoublés de la Socialie triomphante, s’est mué en fond sonore permanent, de plus en plus fort. Ce crin-crin devenu tapage ne fait plus guère de doute : on assiste à une guerre sans merci contre l’idée même de propriété privée et, en particulier, contre son expression la plus liquide, le capital.

Du reste, dans un pays qui sombre tous les jours un peu plus dans le socialisme le plus débile et le plus débridé, on ne peut pas s’en étonner, et ce n’est donc pas une révélation dont je veux vous faire part, mais plutôt tenter de vous repasser, en condensé, le film de cette asphyxie, en notant son accélération récente.

Le début du film est difficile à dater, mais on peut, arbitrairement, revenir 70 ans en arrière : pour la retraite des Français, le choix de la répartition sur la capitalisation fut un signal clair et donna une idée assez bonne de ce qui allait se produire ensuite, doucement d’abord puis à un rythme plus soutenu ensuite.

En effet, avec l’impulsion pétainiste et sous couvert d’aider ceux qui n’auraient pas eu les moyens de capitaliser, on a dépossédé toute une partie de la population du fruit de son travail, et on a, implicitement, incité la population à laisser l’État s’occuper de son avenir, quitte à faire la cigale et oublier que ce sont les fourmis qui construisent et laissent une société, une structure viable à leur descendance. Le résultat fut visible à deux niveaux : d’une part, l’idée même que chacun devait faire preuve de prévoyance pour ses vieux jours se dilua rapidement dans l’irresponsabilité générale, l’État s’occupant – croyait-on – de tout. D’autre part, la graine était plantée : puisque l’État permettait de se débarrasser simplement d’un fardeau tout en prétendant s’occuper des pauvres, des nécessiteux, des impécunieux et des insouciants, autant étendre la riche idée à tout ce qu’on pouvait.

Le mouvement général était lancé : sus à l’épargne, haro sur le capital, finissons-en avec la propriété privée.

Évidemment, une telle déclaration, ouvertement faite, aurait provoqué des frictions désagréables dans la population. On procéda donc par petites touches successives, obstinées et permanentes.

L’inflation joua son rôle. En rabotant la monnaie (le franc, puis le nouveau franc, puis l’euro), on incita plus que fortement les individus à dépenser. Thésauriser, mettre des biftons dans le bas de laine devenait une opération idiote, alors qu’acheter, consommer et placer sur des marchés permettait, au moins en partie, d’éviter l’amoindrissement des sommes. Le paradigme dépensier s’implanta. Jamais le keynésianisme, tel qu’interprété par la masse politicarde, ne se porta aussi bien : en période de crise comme en période de croissance, la force publique fut systématiquement mise à contribution. La dette grandit à chaque période faste. Elle devint obèse à chaque ralentissement. Elle explosa à la crise de 2008.

inflation

La guerre est maintenant totale contre le capital, l’épargne et la propriété privée : outre les banques centrales qui n’hésitent plus à parler de taux négatifs, la déflation – pain béni pour les fourmis – est vécue comme une abomination apocalyptique pour les cigales.

Cette déflation marque l’agonie des moyens « conventionnels » de spoliation de l’épargne. On n’hésite plus, dès lors, à envisager des moyens moins habituels : depuis l’expropriation pure et simple (que ce soit pour la Dune du Pilat ou des immeubles parisiens, la spécificité de ces exemples ponctuels ne doit pas faire oublier que ce procédé devrait normalement relever de l’exceptionnel – c’est de moins en moins vrai), en passant par l’utilisation des fonds publics pour évacuer les capitaux privés par nationalisation (larvée ou non), ou la lutte contre l’argent liquide soi-disant pour éviter le terrorisme (mais surtout pour en finir une fois pour toutes avec ce moyen simple d’échapper à la férule étatique), jusqu’à l’inévitable chyprage à venir des comptes bancaires particuliers, on comprend que tout sera tenté pour qu’enfin le peuple remette absolument toute forme d’épargne, de propriété privée, de richesse et de thésaurisation entre les mains de l’État.

Petit à petit, le capital, cet outil essentiel de liberté, ce concentré liquide de travail, cette forme la plus fluide de propriété privée, est rationné et progressivement retiré aux classes moyennes, celles qui sont les plus nombreuses et dont la somme totale est la plus juteuse.

La réaction est logique. Les transactions « hors du contrôle de l’État » (au noir, donc) augmentent. Puisqu’épargner n’est plus possible ni rentable financièrement, les classes moyennes choisissent de s’appauvrir. Parallèlement, le système D se développe, en parallèle des marchés de consommation traditionnels, devenus progressivement trop coûteux. Mieux encore, la base du commerce fleurit à nouveau : l’économie du troc connaît une embellie. On ne compte plus les petits marchés discrets, les brocantes et autres vide-greniers entre particuliers, de moins en moins amateurs.

Et comme on pouvait s’y attendre, ce petit morceau de liberté, ce moyen parallèle pour à nouveau pouvoir épargner, mettre de côté, capitaliser… est à son tour attaqué. Les lois se multiplient pour « encadrer » ces brocantes plus ou moins sauvages, et la force publique, au départ laxiste, se fait fort d’appliquer des textes jusque-là oubliés. Eh oui : même ce dernier moyen, ultra-simple, basique même, de commercer, va disparaître, harassé par un État obèse ne pouvant pas se satisfaire de la moindre parcelle de liberté de ses assujettis.

À force, on en arrive à des systèmes absurdes qui visent à passer d’une économie de capitaux à une économie de flux pour camoufler une destruction consciencieuse du capital et de la propriété privée à une échelle jamais imaginée, puisqu’on en vient même à inscrire dans la loi l’annulation pure et simple de cette dernière sous des prétextes de plus en plus fumeux. Chaque initiative particulière est alors réprimée fermement encadrée par la loi pour éviter tout bénéfice tout abus, exactement comme si votre bien privé n’était plus à vous, si le fait d’engranger un profit était une honte, en laissant toute latitude aux pouvoirs publics pour s’emparer du butin au moindre petit doute.

Et le pire, c’est que non seulement, plus personne ne s’en rend vraiment compte, mais en plus, les générations actuelles souhaitent cette tendance. On trouve normal de débattre sur la nécessité d’encadrer Uber, AirBnb, les brocantes et toute cette économie du troc de petits services. On trouve appétissant d’interdire le cash. On ne tique même pas sur les droits de succession. On se fiche complètement de mettre des propriétaires à la rue. On espère que le capital sera davantage taxé que le travail, parce qu’enfin, si l’on veut un pays vraiment égalitaire, tout ceci est indispensable, bien sûr !

La conclusion s’impose : ce mauvais film n’est pas fini. On continuera sur la même lancée, à lutter d’arrache-pied contre la méchante propriété privée, l’encombrante épargne et le vilain capital.

Forcément, cela va bien se passer.

Socialism : making everybody equally poor since 1917
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