Universités : déshabiller Pierre et oublier d’habiller Paul

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Amphithéatre à l'université de Nantes (Crédits Manuel, licence Creative Commons)

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Universités : déshabiller Pierre et oublier d’habiller Paul

Publié le 27 avril 2015
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Tout va bien, il n’y a aucun problème et la situation économique française se redresse lentement… MAIS l’État va devoir faire quelques petites ponctions ici et là pour compenser les inévitables inégalités que le méchant capitalisme et le turbo-libéralisme ont introduit un peu partout au détriment du vivrensemble et du bonheur global. Et puisqu’il faut bien commencer quelque part, pourquoi pas par les Universités ?

Vous allez voir, c’est très simple.

L’affaire trainait depuis décembre, date à laquelle on découvrait, un peu étonné, que la loi de finances pour 2015 prévoyait une participation des établissements d’enseignement supérieur aux économies du pays à hauteur de 100 millions d’euros. Depuis, le ministère attendait un rapport des inspections générales sur la situation des établissements avant de prendre une décision.

Rapidement, la participation aux économies du pays s’est transformée en autre chose d’un peu plus savoureux : pour boucler le financement des dotations 2015 versées à l’ensemble des établissements de l’enseignement supérieur, le gouvernement a décidé de prélever 100 millions dans le fonds que s’est constitué une cinquantaine de facultés économes. En pratique, cela veut dire que, par exemple, l’université d’Artois à Arras va « donner » 24 millions d’euros (soit un petit quart de la somme totale) patiemment mis de côté ces dernières années, ou que l’université de Lille II devra « se séparer » de 8,75 millions, pendant que Grenoble II devra « faire le deuil » de 6,68 millions, le tout au profit de quelques établissements qui remercieront, on en est sûr, leurs confrères de cette belle entraide spontanée.

steal from riches give to bitches

Concrètement, dans la joie, la bonne humeur et la fraternité financière bourgeonnante de ce joli printemps ensoleillé, 11 des 76 universités, 25 des 36 écoles d’ingénieurs et une dizaine de grands établissements verront leurs fonds de roulement mis à contribution. Pour faire passer la pilule, on appellera ça un « exercice de solidarité ». Et comme c’était des sommes mises de côté et pas du budget courant, rassurez-vous mes petits amis, c’est le ministère de l’Édulcoration Nationale et de l’Ensaignement supérieur qui l’affirme, d’abord cela n’affectera pas les projets d’investissement des établissements concernés, et ensuite, leurs réserves en fonds de roulement dépasseront encore 65 jours de fonctionnement, ce qui est amplement supérieur aux 30 jours décrétés suffisants par les élites du ministère.

Tout va donc très bien d’autant qu’on apprend en parallèle que cette ponction inopinée se double d’une augmentation de 200 millions d’euros des dotations aux établissements d’enseignement supérieur. Encore une fois, la tempête d’austérité s’abat sur le service public et permet d’illustrer avec brio l’extraordinaire décontraction de nos gouvernants à tabasser les prévoyants et les économes pour donner aux impécunieux et autres dépensiers, en faisant passer ça pour une saine redistribution solidaire dans laquelle les « riches » donnent aux « pauvres ».

austérité : dépenses administrations publiques - 2013

Magnifique application du principe socialiste, d’une centralisation extrême et d’un égalitarisme à l’emporte-pièce, la solidarité forcée ainsi mise en place permet de déshabiller Pierre en prétendant rhabiller un Paul nu comme un ver, qui finira avec un petit mouchoir en guise de slip.

Mais cela va plus loin. En effet, outre la démonstration qu’encore une fois, la gestion financière n’est absolument pas le fort de nos gouvernants, cette redistribution n’est pas une erreur, ou même la tentative maladroite de la correction d’une erreur. Ces petits mouvements de fonds ne sont pas là, oups, pour essayer d’éponger, oups, une petite bavouserie comptable, oups, commise par quelques établissements supérieurs, oups. De la même façon, ce n’est pas une procédure habituelle, tout le monde en convient déjà, mais tout le monde sent que ce n’est pas non plus un arrangement temporaire ou une bidouille fugace qui ne se reproduira pas.

En fait, ce n’est pas seulement une prime aux mauvais, un bingo-bonus du déficit ou une généreuse gratification du trou de gestion élevé en art de vivre, mais c’est bel et bien … une véritable méthode de gestion socialiste. Pour le ministère, pour nos gouvernants, pour les académies concernées (surtout celles qui bénéficient de la mesure), tout ceci est certes un peu inhabituel, mais cela reste normal, prévisible et même souhaitable (ne serait-ce que pour éviter que la situation ne dégénère).

deficits comblés épargnants volésJ’exagère ? Que nenni. Regardez ce qui s’est passé et se passe encore pour les emprunts toxiques : des élus ont fait, littéralement, n’importe quoi, tout en sachant pertinemment ce qu’ils faisaient et avaient sciemment calculé leur échec. Dans un pays normal, ces élus auraient été démis, disgraciés et ruinés par la force publique, honteuse de leur avoir filé les clés du coffre à confitures pour s’apercevoir qu’ils ont tapé dedans. En Socialie, on encourage, on comprend, on pardonne et on soutient. En Socialie, on en rajoute même.

Et ce qui est vrai là est aussi vrai ici : on va réaliser une ponction, à l’échelle des universités, sur celles qui ont été responsables, pour celles qui ne l’ont pas été.

Or ce schéma, où l’on prend de force aux fourmis pour aider la « pauvre » cigale, ne vous rappelle rien ? Serait-ce la première fois qu’on le retrouve en République Démocratique Populaire Française ? Oh, on dirait ce petit moment douloureux où l’on força le contribuable à se porter garant de banques qui firent n’importe quoi. On dirait aussi ce moment peu agréable où la force publique fut utilisée pour éponger les myriades de chantiers publics foireux ou sauver les entreprises en faillites que l’intérêt électoral bien calculé de certains politiciens commandait de ne surtout pas laisser tomber, quand bien même elles calanchèrent plus tard. On dirait ce grand moment républicain de solidarité où, d’un trait de plume, le maréchal Pétain liquida par la force les retraites par capitalisation pour, prétendument, créer un système par répartition qui spoliera les épargnants d’alors, obérera complètement tout espoir de retraite pour nos générations et ruinera petit-à-petit les retraités actuels.

Et ce schéma se reproduira encore plus tard, à une autre échelle, sur tous les Français en général, lorsqu’il s’agira une fois encore de sauver Ce Modèle Social Que Le Monde Entier Nous Envie. Ceux qui ont épargné, mis de côté, seront mis à contribution lors d’un bon gros chyprage de leurs comptes.

De même que Chypre n’était qu’une répétition, la ponction forcée des universités françaises les plus économes au profit des établissements mal gérés est une excellente illustration de ce qui attend tous les Français.

Vous êtes prévenus.

cat and sausages
—-
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  • Tiens, je pensais qu’il s’agissait juste de ponctionner pour diminuer la hausse du déficit budgétaire mais non c’est pour..redistribuer ?
    Donc en gros on dit aux universités par ce biais qu’il ne faut pas économiser pour l’avenir sinon l’Etat vous prendra l’argent ? Quel beau message… Ces universités doivent avoir la rage de pas avoir dépensé cet argent en travaux d’investissements du coup.

  • Sur le principe, ponctionner le fonds de roulement se défend. L’essentiel des ressources proviennent de l’État, si les opérateurs s’endorment dessus ils gaspillent des crédits. A l’évidence ils n’ont pas besoin de ces crédits, on leur en a trop donné, ce serait de bonne gestion de le leur retirer.

    Maintenant, le risque en « flêchant » ainsi les retraits c’est de pousser à la dépense pour ne pas se faire ponctionner…

    • ce raisonnement me fait penser à ces casernes militaires ou on laissait tourner les camions pour bruler du fuel et ainsi utiliser à fond les budgets alloués( pour ne pas risquer de les voir réduire l’année suivante…)

    • c »est exactement ce qui se passait dans les laboratoires de recherche de mon école (liés au CNRS) quand j’étais étudiant il y a 15 ans : au mois d’octobre tout le monde commençait à réfléchir pour acheter « des trucs », n’importe quoi, qui permette de finir les budgets pour éviter une coupe l’année suivante.
      C’est peut-être ce principe de budget automatiquement reconduit qu’il faudrait revoir…?

      • Vaste programme ! Si le budget est automatiquement reconduit, c’est pour éviter d’avoir à faire des choix éclairés, qu’il faudrait ensuite assumer. Et comme l’alternative n’est pas d’affecter les crédits à des projets prometteurs mais de les supprimer pour tout le monde…

      • Les budgets ne sont plus reconduits automatiquement depuis 2006.

        C’est une question d’asymétrie d’informations entre les services de l’État qui dépensent et ceux qui allouent la ressource.

  • pas de changement en sociali ; ils prennent aux riches , aux français moyens et aux travailleurs pauvres , bref à ceux qui se décarcassent pour vivre , et ils redistribuent cet argent aux plus laxistes ; c’est tellement plus simples que d’engager des réformes et de faire des économies ‘ là ou il faudrait  » ;bref , les socialos chypriotisent le peuple , les entreprises ….et aprés , ils vont faire quoi pour alimenter les caisses ? vider les comptes épargnes ? et aprés ? car avec ces gens là , il faut s’attendre à toutes les malhonnêteté possibles et inimaginables ; quand on a l’habitude de dilapider l’argent des autres , il en faut plus , toujours plus , encore plus …..

    • Dans tous les cas, ils ne se rendent même pas compte de leur geste, c’est juste normal pour eux.

      Donc plus vite nous agirons comme eux en chargeant la mule plus vite nous irons dans le mur et plus vite nous pourrons en sortir. Sinon rien ne changera.

      « le trop de graisse va etouffer le mamout »

  • je ne vois pas pourquoi vous refusez a l’état ce qui se pratique dans toutes les entreprises , chaque service se bat pour son budget…bon , dans le privé les mauvais chefs sont virés , dans le public , ils sont récompensés..est ce qu’il y a chgt de direction dans les universités déficitaires ? ….par contre pour les autres elles doivent serrer les fesses , on est en socialie !

    • Aucune entreprise sérieuse et viable ne prend des crédits budgétaires aux bons pour les redistribuer aux mauvais. C’est l’inverse qui se produit. On investit plus là où les résultats sont les meilleurs. Les anglosaxons disent « back your winners ».
      Par ailleurs, si les universités ont créé ce bas de laine, ce n’est pas pour dormir dessus, mais en prévision de temps plus difficiles et parfois pour financer des projets précis.
      Vos remarques sont décidément de plus en plus ineptes.

  • Le but des socialistes est d’appliquer « la propriété c’est le vol ».

    Ils commencent par le capital, les revenus.. Puis ils s’attaquent à la pensée : qu’on ne puisse plus avoir de libre-arbitre, avec les camps de redressement par le travail (« laogai ») pour les intellectuels. Puis qu’on ne puisse plus avoir la liberté de son propre corps…

    La déprime française, c’est qu’on ne voit pas d’opposition à cette dérive totalitaire de l’état. La droite et la gauche ne proposent qu’une sorte de dosage entre plus ou moins d’assistanat et d’étatisme.

    La seule force d’opposition que je vois, inscrite dans nos gènes, c’est la dérive communautariste en cours. D’où la nervosité de nos maîtres pour rester debout sur le couvercle de la marmite avec plus de « vivre-ensemble », de « république », …

  • Qui est John Galt?

  • « leurs réserves en fonds de roulement dépasseront encore 65 jours de fonctionnement, ce qui est amplement supérieur aux 30 jours décrétés suffisants par les élites du ministère. »

    Si mon employeur (privé) ne disposait que de 30 jours de trésorerie je chercherais vite fait un autre job.

  • Cette ponction est scandaleuse. Il y a là de quoi mettre les étudiants dans la rue… Qui s’en charge?

  • La cigale et la fourmi, toujours d’actualité…

  • Tot à fait d’accord avec cet article, le socialisme est contraire à l’économie. Aujourd’hui les universités, les grandes écoles d’ingénieurs, demain les retraites diminuées suivi d’une ponction sur les assurances vie !!
    Pour les écoles d’ingénieurs j’ai crû comprendre que c’était les Arts et Métiers qui donnaient le plus…alors qu’on leur a demandé de mettre en oeuvre une nouvelle formation accessible directement après le bac ou le BTS… (à vérifier) et de diminuer la taille de leurs locaux si bien que les futurs étudiants n’auront plus accès aux machines… alors que le gouvernement pröne le retour à l’industrIe. Mais nous savons qu’il n’est pas à une contradiction près… j’espère qu’en 2017 les français se réveilleront…mais QUI ???

  • En tout cas la croissance est là, le chômage diminue (bientôt), l’avenir est rose et la Justice règne. Mais… Pourquoi ponctionne-t-on toutes les réserves de fric partout où il y en a ? il n’y aurait pas comme une petite odeur de bail-in qui traine dans l’air ?

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