À quand l’intégration financière en Afrique centrale ?

L’Afrique centrale a besoin d’accélérer l’intégration de ses marchés financiers.

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À quand l’intégration financière en Afrique centrale ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 27 avril 2015
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Par Asanji Burnley et Chofor Che.

Bourse  (Crédits jam_90s, licence Creative Commons)
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Un article de Libre Afrique.

Les marchés financiers africains ont connu un essor remarquable depuis le début des années 1990. Selon un article, daté du 2 avril 2015 paru au quotidien Thisday Live, avant 1989 il y avait seulement huit marchés boursiers en Afrique dont trois en Afrique du Nord et cinq en Afrique sub-saharienne. Aujourd’hui, on compte plus de 22 bourses en Afrique. Parallèlement à l’expansion rapide des marchés boursiers sur le continent, il y a eu également une croissance significative de la capitalisation boursière et du nombre de sociétés cotées. À l’heure actuelle, plus de la moitié des 54 pays du continent ont créé des bourses des valeurs mobilières. Toutefois, la région d’Afrique centrale n’a pas bénéficié de cette évolution.

Dans un effort pour promouvoir la coopération régionale, les bourses des valeurs mobilières africaines ont créé en 1993 leur association (Association des Bourses d’Afrique, ASEA). Récemment, il y a eu des appels lancés par des groupes d’intérêt pour le regroupement des bourses d’Afrique de l’Ouest en vue de favoriser l’unité et l’émergence d’un marché financier plus large et assurer un développement rapide de la région, conformément aux objectifs de l’ASEA. Pourquoi la région d’Afrique centrale n’a pas suivi l’exemple de l’Afrique de l’Ouest ?

Des questions telles que l’État de droit, le respect des droits de propriété, la protection des droits des investisseurs, sont fondamentales pour le bon fonctionnement des marchés boursiers de l’Afrique. Selon les rapports Doing Business pour 2013 et 2014, les États de la région d’Afrique centrale comme le Tchad et le Cameroun sont encore en retard par rapport aux indicateurs mentionnés ci-dessus, raison pour laquelle cette partie du continent est à la traîne quand il s’agit de favoriser une intégration plus grande des marchés des valeurs mobilières. Les dysfonctionnements du cadre juridique (absence de primauté du droit, lente exécution des contrats, corruption, etc.) génèrent de l’incertitude et augmentent par la même occasion le risque pour les investisseurs, d’où la réticence de ces derniers à placer leur épargne dans les actifs financiers.

Le manque de volonté politique demeure un grand handicap pour l’intégration des marchés boursiers africains. De nombreux politiciens, bureaucrates et lobbyistes préfèrent encore garder des marchés boursiers africains faibles en raison de gains économiques personnels qu’ils retirent du statu quo. Ils veulent surtout s’assurer que leurs entreprises soient financées à des conditions avantageuses, voire au détriment des autres entreprises, juste pour garder leur avantage concurrentiel, leurs rentes et privilèges.  Ces lobbyistes n’ont pas intérêt à ce que cette intégration globale ait lieu car ils en perdraient le contrôle sur les activités des marchés boursiers locaux.

Des institutions comme les banques centrales et les ministères des Finances qui devaient coordonner les affaires des marchés boursiers en Afrique brillent par leur apathie et leur fragmentation. Ces institutions ont encore des difficultés à travailler et à coordonner ensemble sur une échelle régionale intégrée. L’hétérogénéité des règles, des institutions et des modes de fonctionnement rend la convergence, nécessaire à l’intégration financière, compliquée pour l’instant.

Les facteurs culturels contribuent aussi énormément à la lenteur de la convergence des régions d’Afrique centrale vers un marché boursier global. Au regard de la faiblesse des revenus, donc de l’épargne, les Africains sont concentrés à assurer leur subsistance quotidienne. Certes, on parle de plus en plus de classe moyenne en émergence en Afrique, mais l’entrée des investisseurs potentiels, nécessaire pour agrandir la taille du marché, reste obstruée par des barrières règlementaires et par la non adéquation des produits financiers aux attentes de la demande. Sans oublier bien évidemment le risque élevé qui entoure le placement de son épargne en bourse dans les pays d’Afrique Centrale. Enfin, il ne faut pas oublier aussi que l’absence d’une culture financière et la non-familiarisation avec le fonctionnement des marchés financiers explique la désaffection des citoyens en Afrique Centrale pour les bourses.  En conséquence, il est difficile d’espérer l’émergence d’un marché financier intégré dans cette région sans la consolidation d’une demande solvable et de taille critique.

Il est donc nécessaire de procéder à des réformes pour pouvoir espérer un jour la concrétisation de ce projet ambitieux. Cela commence d’abord par la mise en place d’un cadre juridique définissant clairement les droits de propriété (des emprunteurs et des prêteurs) et les faisant respecter en Afrique centrale. Cela permettra de réduire le risque pour les investisseurs et les mettre suffisamment en confiance, ce qui les incitera à investir davantage. Le renforcement de la sécurité juridique améliorera la confiance dans les bourses africaines non seulement des Africains, mais également des investisseurs étrangers, ce qui permettra de contribuer au développement de la taille critique du futur marché intégré.

Les bureaucrates, les politiciens et les lobbyistes devraient aussi arrêter de bloquer les réformes nécessaires pour aller vers la convergence des marchés boursiers de la région. Bien évidemment, cela ne peut avoir lieu sans une double pression : interne de la part de la base populaire aspirant légitimement à une inclusion financière, et une pression externe de la part des Occidentaux, notamment les bailleurs de fonds qui pourraient conditionner leurs financements à la mise en place des réformes structurelles.

Il est important aussi de moderniser le fonctionnement des institutions comme les ministères des finances, les banques centrales et les autorités de régulation des marchés boursiers de la région. Il est surtout besoin de mettre en place des mécanismes de coordination entre les différents pays de la région pour préparer la convergence des règles et des normes de fonctionnements des différentes bourses de la région. La qualification des ressources humaines est parmi les clés de réussite de la convergence des bourses africaines vers un marché financier régional intégré.

Enfin, le respect des valeurs culturelles de l’Afrique est nécessaire. Mais si certaines pratiques culturelles entravent le développement du continent alors il va falloir penser à les modifier pour espérer un jour la renaissance de l’Afrique. Ici il s’agit de mener un grand travail de communication et de sensibilisation auprès de l’ensemble de la population pour lui inculquer de nouvelles pratiques compatibles avec la culture financière, ce qui facilitera à terme l’émergence d’un grand marché financier.

Bref des États comme le Gabon et la Guinée équatoriale doivent comprendre que la collaboration avec d’autres États comme le Cameroun et le Tchad est nécessaire pour l’unité et la croissance de leurs marchés financiers ainsi que leurs économies respectives quelles que soient les différences culturelles.

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