Immigration : la vente de visas pour éradiquer le trafic de migrants ?

Boatpeople vietnamiens arrivant en Malaisie en 1978 (Crédits UNHCR, licence CC-BY-NC 2.0), via Flickr.

Selon des chercheuses françaises de City University London et de l’École d’économie de Toulouse, la vente de visas pourrait aider les gouvernements à éradiquer le trafic de migrants.

Boatpeople vietnamiens arrivant en Malaisie en 1978 (Crédits UNHCR, licence CC-BY-NC 2.0), via Flickr.
Boatpeople vietnamiens arrivant en Malaisie en 1978 (Crédits UNHCR, licence CC-BY-NC 2.0), via Flickr.

Selon des chercheuses françaises, Alice Mesnard et Emmanuelle Auriol, respectivement de la City University London et de l’École d’économie de Toulouse, l’utilisation d’un nouveau modèle économique basé sur la vente de visas pourrait aider les gouvernements à éradiquer le trafic de migrants. Cette politique viserait à exclure du marché les trafiquants tout en collectant des fonds pour améliorer les contrôles aux frontières classiques.

Les chercheurs, le Dr Alice Mesnard et le Dr Emmanuelle Auriol, expliquent que les dispositifs existants ne fonctionnent pas et estiment que de nouvelles politiques sont nécessaires pour contrôler l’immigration illégale et empêcher les migrants de payer des criminels  pour les introduire clandestinement à l’étranger et de risquer leur vie.

Le Dr Alice Mesnard, maître de conférences en économie à la City University de Londres, a déclaré : « Le trafic de migrants explose et est devenu une préoccupation urgente pour les gouvernements et les sociétés civiles du monde entier. Le nombre de décès causés par ce trafic augmente rapidement et, selon des estimations, cette pratique permettrait à des criminels de gagner des milliards de dollars par an. Il est évident que les méthodes de répression traditionnelles ne peuvent pas empêcher les immigrants d’entrer dans des pays illégalement, notamment au Royaume-Uni et en Europe. Notre recherche se penche sur les origines du problème et, compte tenu des alternatives disponibles, nous considérons que notre nouvelle politique serait une solution viable. »

Pour le Dr Alice Mesnard, « Ce trafic représente un risque élevé pour les migrants, enrichit les organisations criminelles et entrave la capacité des gouvernements à réguler le flux de personnes qui traversent leurs frontières. Si l’objectif est de contrôler les flux migratoires et d’éliminer les trafiquants, le mieux serait de combiner des politiques de répression avec des ventes de visas à des prix qui feraient perdre leur marché aux trafiquants ».

Selon le Dr Mesnard et le Dr Auriol, la mise en vente de visas au même prix que les tarifs pratiqués par les trafiquants augmenterait le nombre total de migrants. Cependant, elles affirment que leur méthode à deux volets pourrait limiter cette hausse.

« En effet, les trafiquants répliqueront en revoyant leurs prix à la baisse et rivaliseront avec les autorités en attirant les migrants potentiels les plus pauvres, qui préféreraient payer moins cher pour la traversée, malgré des risques plus élevés. Ce scénario se produira sauf si le prix des visas est fixé si bas que les trafiquants ne pourront plus rivaliser en proposant des prix moins élevés sans réaliser de pertes. Dans ce cas, le trafic de migrants serait éliminé mais, en effet dans le même temps, le flux de migrants entrant dans le pays librement augmenterait », explique le Dr Mesnard.

Toutefois, les chercheurs affirment que cette hausse pourrait être limitée en utilisant des fonds provenant de la vente de visas afin d’améliorer les contrôles aux frontières et à l’intérieur du pays, ce qui élèverait les coûts pour les trafiquants et diminuerait les bénéfices escomptés par la migration illégale. Selon le Dr Mesnard, cela constituerait la seule façon de permettre aux autorités de faire perdre leur marché aux trafiquants sans trop faire baisser le prix des visas.

« Les coûts d’exploitation des trafiquants augmentant avec la mise en place de contrôles aux frontières, une manière de limiter l’augmentation des flux migratoires, engendrée par cette nouvelle politique, est de les obliger à augmenter leurs prix à mesure que les prix des visas sont fixés », a-t-elle déclaré.

Une autre possibilité consiste  « à mettre en place des mesures de répression internes, telle que des sanctions contre les personnes employant des immigrants illégaux et des expulsions. Nos découvertes montrent qu’avec des mesures de répression renforcées, il n’est pas nécessaire que les visas soient vendus à un prix bas pour que les trafiquants perdent leur marché. Bien sûr, tout le monde n’aura pas les moyens de payer un visa et nous croyons que cela restreindra les flux migratoires », conclut le Dr Mesnard.