La Turquie et la Biélorussie font des migrants un instrument politique

La Biélorussie et la Turquie sont deux États en conflit avec l’Europe qui utilisent dès lors les migrants comme un moyen de pression pour déstabiliser l’UE.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Lukashenko sky news youtube https://www.youtube.com/watch?v=ZfVBHktXf9c

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

La Turquie et la Biélorussie font des migrants un instrument politique

Publié le 18 novembre 2021
- A +

Par Alexandre Massaux.

La crise à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie prend de l’ampleur. Des tensions et des altercations ont lieu entre les forces polonaises et les migrants venant de Biélorussie. Cette situation n’est pas sans rappeler celle de la frontière gréco-turque. Ces frontières terrestres entre l’UE et le reste du monde sont devenues des zones stratégiques.

Au-delà des problèmes liés aux flux de personnes et à leur circulation, ces épisodes ont une dimension géopolitique. Ce n’est pas un hasard si ces deux frontières sont source de tensions. La Biélorussie et la Turquie sont deux États en conflit avec l’Europe qui utilisent dès lors les migrants comme un moyen de pression.

Les migrants : un outil de déstabilisation pour la Turquie et la Biélorussie

L’UE et ses membres accusent la Biélorussie d’attirer les migrants du Moyen-Orient pour les pousser vers la Pologne en représailles des sanctions européennes contre le gouvernement biélorusse.

La Turquie avait eu les mêmes accusations d’instrumentalisation de la crise migratoire : Erdogan menaçait de laisser passer les migrants si l’UE ne lui accordait pas davantage d’aide financière pour la gestion de l’accueil des réfugiés. Cette position de victime de la part d’Ankara aurait pu être compréhensible si la Turquie n’avait pas eu un jeu double en Syrie.

Les dirigeants turcs et biélorusses sont conscients que l’immigration est un sujet délicat dans les pays européens. Les migrants deviennent ainsi non plus une population qui cherche à émigrer, mais un outil de pression.

Cette stratégie est d’autant plus redoutable que l’UE est paralysée face à ce genre de situation car il s’agit de l’un des sujets, si ce n’est le sujet, qui divise le plus les États membres de l’UE ; agiter la menace migratoire est particulièrement efficace. L’objectif est l’affaiblissement des institutions européennes considérées par ces pays comme un bloc hostile. Une stratégie qui pourrait être qualifiée de « Sharp power » : une stratégie visant à saper un système politique adverse.

Une logique de puissances régionales

Derrière cette stratégie de déstabilisation se trouve une politique de puissance régionale : des pays cherchent à retrouver une influence dans les territoires qui les entourent. Pour cela, il convient d’affaiblir les concurrents.

C’est la logique de la Turquie, mais aussi de la Russie. La Biélorussie n’est géopolitiquement qu’un satellite de Moscou. Si rien ne permet d’affirmer que cette utilisation des migrants soit téléguidée par le gouvernement russe, il apparait peu probable que Minsk déclenche une crise qui irait contre les intérêts russes.

Qu’il s’agisse de la Turquie ou de la Russie, cette crise place sous pression leurs adversaires historiques : respectivement la Grèce et la Pologne/Lituanie.

Mais une différence de taille subsiste entre les deux crises.

La Grèce comme la Turquie font toutes deux partie de la même alliance avec l’OTAN. tout comme la Pologne. En revanche, la Russie et la Biélorussie font partie de l’OTSC, une alliance miroir à l’OTAN. Cette dernière sert de forum de discussion entre les Grecs et les Turcs.

Pour la Pologne et la Biélorussie/Russie, la situation est plus complexe, d’autant plus que la capacité d’action de Moscou est plus forte que celle d’Ankara.

Une crise qui peut être involontairement une opportunité pour le gouvernement polonais et pour l’UE

Ironiquement cette crise peut être une opportunité pour la Pologne et l’UE. Cette crise migratoire intervient en plein milieu de celle juridique qui opposait Bruxelles à Varsovie. Les problèmes à la frontière polonaise obligent l’UE à se concentrer sur ceux-ci et à coopérer avec la Pologne. La récente visite du président du Conseil Charles Michel en est la preuve.

Voir les commentaires (6)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (6)
  • Ne pas oublier également le chantage du Maroc envers l’Espagne.
    Les pays dont sont issus les flux migratoires sont gagnants deux fois , une fois en se débarrassant de leur population qu’ils n’arrivent pas à nourrir , la seconde fois en recevant plus tard les devises transférées par ces mêmes immigrés . Transferts qui représentent parfois deux chiffres de leur PIB.

  • Merci pour cette réflexion sur les nouvelles tendances immigratoires…
    Alors l’immigration « un moyen de pression »… une évidence!
    Je dirais même un moyen de conquête, de déstabilisation et d’asservissement de l’occident par les pays orientaux…

  • Pour contrer les Turcs et les Biélorusses, l’Europe devrait utiliser le même type de chantage envers leurs ressortissants vivant dans l’UE

  • Ces vagues et chantages n’ont qu’une origine : le million d’immigrés syriens accueillis par Merkel. Sans cela, ces migrants ne rêverait pas de l’Europe.

  • Je crois que le nombre de migrants étant passés par la Turquie et celui actuel à la frontière polonaise n’est pas tout à fait du même ordre de grandeur.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Pascal Lepautremat. Un article de Conflits

Les Émirats arabes unis font depuis peu la Une des journaux comme étant le nouveau centre international des crypto-monnaies. La Chine teste déjà son yuan numérique dans quelques-unes de ses provinces, tandis que l’Occident continue d’évaluer ses options. Les crypto-monnaies pourraient-elles contribuer à bouleverser le canevas géopolitique ?

Depuis longtemps, les principaux décideurs reconnaissent le potentiel ainsi que les risques associés aux actifs numériques. Ainsi, en octobre 20... Poursuivre la lecture

L’Union européenne (UE) est parvenue à un accord sur l’embargo du pétrole russe. Ce sujet qui avait occupé les discussions au sein de l’UE depuis des semaines débouche sur un résultat concret.

En effet, une interdiction d’importation touche le pétrole qui arrive par voie maritime — environ les deux tiers des importations — mais pas le pétrole par oléoduc. De plus, la Pologne et l’Allemagne se sont également engagées à mettre fin aux importations par pipeline, ce qui signifie que 90 % du pétrole russe sera bloqué.

La Hongrie a be... Poursuivre la lecture

Les décisions de la Finlande et de la Suède de solliciter leur adhésion à l'OTAN constituent une victoire majeure pour l'alliance militaire, mais une victoire bien plus douteuse pour ces deux pays. L'OTAN a grandement besoin d'un succès en ce moment, car ni la guerre économique contre la Russie ni le conflit en Ukraine ne semblent aller dans le sens de l'Occident. Reste à savoir si l'ajout officiel de deux autres pays nordiques constituerait un réel avantage militaire pour l'OTAN, mais au moins ce serait une victoire claire en termes de relat... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles