La Turquie et la Biélorussie font des migrants un instrument politique

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La Biélorussie et la Turquie sont deux États en conflit avec l’Europe qui utilisent dès lors les migrants comme un moyen de pression pour déstabiliser l’UE.

Par Alexandre Massaux.

La crise à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie prend de l’ampleur. Des tensions et des altercations ont lieu entre les forces polonaises et les migrants venant de Biélorussie. Cette situation n’est pas sans rappeler celle de la frontière gréco-turque. Ces frontières terrestres entre l’UE et le reste du monde sont devenues des zones stratégiques.

Au-delà des problèmes liés aux flux de personnes et à leur circulation, ces épisodes ont une dimension géopolitique. Ce n’est pas un hasard si ces deux frontières sont source de tensions. La Biélorussie et la Turquie sont deux États en conflit avec l’Europe qui utilisent dès lors les migrants comme un moyen de pression.

Les migrants : un outil de déstabilisation pour la Turquie et la Biélorussie

L’UE et ses membres accusent la Biélorussie d’attirer les migrants du Moyen-Orient pour les pousser vers la Pologne en représailles des sanctions européennes contre le gouvernement biélorusse.

La Turquie avait eu les mêmes accusations d’instrumentalisation de la crise migratoire : Erdogan menaçait de laisser passer les migrants si l’UE ne lui accordait pas davantage d’aide financière pour la gestion de l’accueil des réfugiés. Cette position de victime de la part d’Ankara aurait pu être compréhensible si la Turquie n’avait pas eu un jeu double en Syrie.

Les dirigeants turcs et biélorusses sont conscients que l’immigration est un sujet délicat dans les pays européens. Les migrants deviennent ainsi non plus une population qui cherche à émigrer, mais un outil de pression.

Cette stratégie est d’autant plus redoutable que l’UE est paralysée face à ce genre de situation car il s’agit de l’un des sujets, si ce n’est le sujet, qui divise le plus les États membres de l’UE ; agiter la menace migratoire est particulièrement efficace. L’objectif est l’affaiblissement des institutions européennes considérées par ces pays comme un bloc hostile. Une stratégie qui pourrait être qualifiée de « Sharp power » : une stratégie visant à saper un système politique adverse.

Une logique de puissances régionales

Derrière cette stratégie de déstabilisation se trouve une politique de puissance régionale : des pays cherchent à retrouver une influence dans les territoires qui les entourent. Pour cela, il convient d’affaiblir les concurrents.

C’est la logique de la Turquie, mais aussi de la Russie. La Biélorussie n’est géopolitiquement qu’un satellite de Moscou. Si rien ne permet d’affirmer que cette utilisation des migrants soit téléguidée par le gouvernement russe, il apparait peu probable que Minsk déclenche une crise qui irait contre les intérêts russes.

Qu’il s’agisse de la Turquie ou de la Russie, cette crise place sous pression leurs adversaires historiques : respectivement la Grèce et la Pologne/Lituanie.

Mais une différence de taille subsiste entre les deux crises.

La Grèce comme la Turquie font toutes deux partie de la même alliance avec l’OTAN. tout comme la Pologne. En revanche, la Russie et la Biélorussie font partie de l’OTSC, une alliance miroir à l’OTAN. Cette dernière sert de forum de discussion entre les Grecs et les Turcs.

Pour la Pologne et la Biélorussie/Russie, la situation est plus complexe, d’autant plus que la capacité d’action de Moscou est plus forte que celle d’Ankara.

Une crise qui peut être involontairement une opportunité pour le gouvernement polonais et pour l’UE

Ironiquement cette crise peut être une opportunité pour la Pologne et l’UE. Cette crise migratoire intervient en plein milieu de celle juridique qui opposait Bruxelles à Varsovie. Les problèmes à la frontière polonaise obligent l’UE à se concentrer sur ceux-ci et à coopérer avec la Pologne. La récente visite du président du Conseil Charles Michel en est la preuve.

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