Les soufis, les pouvoirs et les wahhabites

Face à la tentation radicale, l’Islam Soufi renaît au Maghreb et au Sénégal.

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Les soufis, les pouvoirs et les wahhabites

Publié le 23 avril 2015
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Par Yves Montenay.

Dervish Sufi Order (soufisme) - Credits Peter Morgan (CC BY-NC-ND 2.0)
Dervish Sufi Order (soufisme) – Credits : Peter Morgan via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

 

La propagande efficace des wahhabites formés par l’Arabie touche de nombreux jeunes maghrébins et subsahariens, et amène leurs aînés et une partie de leurs responsables politiques à réagir en mettant l’accent sur « notre islam traditionnel ».

Nous avons souvent parlé de l’action du roi du Maroc, et fait parfois allusion aux confréries soufies dont je vais parler maintenant et qui sont puissantes au Maghreb et au Sénégal (et aussi dans de nombreux autres pays, mais ce sera pour une autre fois). Comme d’habitude je ne veux pas me lancer dans la théologie mais essayer d’expliquer de quoi il s’agit concrètement.

Très grossièrement, le point commun entre les différentes confréries soufies est l’idée d’un contact direct avec Dieu suite à une initiation, à l’opposé de l’obéissance à un dogme et donc aux courants rigoristes, notamment wahhabites. Ce contact direct peut se faire à titre individuel, ou à l’occasion de cérémonies musicales ou chantées où l’on utilise des poèmes à contenu mystique. Vu de l’extérieur, il y a une parenté avec certaines cérémonies du culte protestant, voire des variantes subsahariennes du catholicisme. Le patrimoine soufi est donc non seulement philosophique et religieux mais aussi musical et poétique.

Certaines confréries sont très anciennes et remonteraient au huitième siècle. Parmi celles de notre région, les Aîssaoua algériens font remonter leur confrérie au XVIe siècle au Maroc. D’autres ont été fondées au XIXe siècle et ont profité de la « paix française » pour se répandre de part et d’autre du Sahara. Elles ont en général été proches des pouvoirs, comme celui des Turcs en Algérie ou des Français, puis des présidents qui les ont suivis, au Sénégal. Au Maghreb, j’ai eu des échos contradictoires quant aux attitudes des autorités françaises, d’autant que l’on a tendance aujourd’hui, pour suivre la mode, à donner une couleur « anticoloniale » à des mouvements pourtant profondément apolitiques.

De leur côté, les gouvernements nationalistes ont oscillé entre une méfiance envers des groupes leur échappant et des mots aimables envers « ces représentants de notre culture », face aux wahhabites, ou tout simplement pour des intérêts électoraux.

Je lance un appel aux spécialistes pour plus d’explications, mais il y a déjà une solide documentation sur la Toile, notamment une présentation de Abdelwahab Meddeb, qui y voit des origines préislamiques et une parenté avec le christianisme, alors que d’autres y voient une parenté avec le chiisme. Ces deux hypothèses ne font que renforcer l’hostilité des salafistes et wahhabites. On trouvera également sur la Toile des articles récents de la presse africaine francophone, influencés par le politiquement correct de leurs pays.

Sur le plan géopolitique, ma première impression est que ces mouvements non violents sont en état d’infériorité devant la déferlante télévisuelle et humaine des mouvements islamistes, wahhabites ou autres, qui forment « les savants » (en religion) et exploitent les frustrations de la jeunesse locale. Les optimistes, eux, estiment que les soufis profiteront de la réaction anti-islamiste inévitable face aux excès de ces derniers, comme en Égypte et en Tunisie.


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  • Monsieur Montenay,
    l’Islam = Soufisme. Tous les musulmans non endoctrinés par le wahabisme sont soufis. Les soufis pensent que Dieu ne peut être inclus dans referentiel Espace-Temps alors que les wahabites pensent que Dieu est assis sur un trône (donc ayant un corps) dans la limite des cieux

    Pour une présentation des tarikas : Voici un anglophone qui en parle :
    http://www.youtube.com/watch?v=8FRnRvrBdeg

    Et pour ce qui est de la musique, un extrait d’un classique de la tarika Aissoauia :

    • « ’Islam = Soufisme »
      Si seulement votre avis était partagé par tous les musulmans !

      « Les soufis pensent que Dieu ne peut être inclus dans referentiel Espace-Temps alors que les wahabites pensent que Dieu est assis sur un trône (donc ayant un corps) dans la limite des cieux »
      Les soufis sont donc d’accord avec le christianisme sur bien des points: Dieu créateur de l’univers, personnel, et qui ne contraint pas…
      Pourquoi alors les rattacher à l’islam ?
      Comment les wahabites concilient-ils les concepts de corporéité de Dieu avec celui qu’il a créé l’univers ? Comment peut-Il être dans sa création ?

      • En effet c’est le message du Christ et du judaïsme aussi.
        Les wahabites sont très stupides et avides de pouvoir, malheureusement ils ont infecté Internet et toutes les librairies dans le monde musulmans. Ils imposent la haines entre les musulmans et le reste des religions ainsi qu’entre les différentes branches de l’islam

        • Mais justement ce rapport au pouvoir, à l’ordre imposé et au territoire, est présent dans le Coran et la Sunna, les wahabites ne l’ont pas inventé. Je répugne à mépriser un aussi grand nombre de personnes: Comment seraient-ils tous pervers ? Je crois plutôt qu’ils sont entraînés dans l’erreur, « le scandale » au sens évangélique.
          J’admire d’autant plus les soufis de ne pas s’y laisser entraîner.
          Mais je ne peux m’empêcher de penser que le triomphe de leur vision passe par l’abandon des références musulmanes, car je ne vois pas comment une majorité de ceux qui s’y réfèrent pourraient faire le choix de n’en pas tenir compte.
          À la fin, la teneur des textes a un importance et une religion n’est pas une auberge espagnole.
          Je crains donc que votre position ne vous condamne à des désillusions toujours plus amères.

          • Je n’ai aucune désillusion envers ces égarés, mais je n’ai aucun doute que Dieu ne nous oubliera point. Sinon avant de commencer à dire des choses incertaines sur le Coran, je vous conseille de voir la prise de position du très respecté théologien suisse Hans Küng à propos du coran et de Muhammad

  • Entièrement d’accord pour ma part après avoir étudié pour mon intérêt personnel histoire de l’islam plutôt des islam je demeure convaincu que si un salut plutôt une altérité entre islam et sociétés judéo-chrétienne ce salut ne peut venir que des chiites qui grace a unclergé organisé, contrairement au cynisme pardon au Sunnisme ou seuls emergent la force et les grandes geules et il me semble que l’Occident commence a comprendre cette différence en se rapprochant de la Perse

  • Les Protestants, les Charismatiques, et les « New Age » sont les soufis du Christianisme: des illuminés.

  • « […] exploitent les frustrations de la jeunesse locale […] »

    Tout anticoncept (qui empêche de comprendre la réalité) se traduit dans la chasse aux sorcières et l’absurdité.

    Ainsi les socialistes pourchassent les pervers qui sabotent toutes leurs « expériences ».
    L’anticoncept d’un islam sans rapport aucun avec l’islamisme se traduit logiquement par la haine de ceux qui colportent l’islamisme, puisque, cette perversion ne se trouvant pas dans l’islam, c’est donc en eux qu’ils l’ont trouvée.
    Mais comment distinguer un manipulateur d’un manipulé ?
    Pourquoi les manipulateurs manipulent-ils ? Sont-ils manipulés ? Ou atteints d’une forme d’hallucination collective ? Sont-ils responsables ou fous ? Comment peuvent-ils citer les textes à longueur de discours sans s’apercevoir de leur erreur ?

    Et si l’islamisme était l’application stricte de l’islam ?
    Si les islamistes étaient innocents, s’il n’y avait pas de manipulateur ni de complot ?

    • Non, les islamistes sont tout simplement les démocrates du monde musulmans. Les démocrates au 17 et 18ème siècles étaient aussi des gens très méprisables. Certes, il n’y a pas pire manipulation qu’une manipulation par la religion

  • et l’islam athée , ça existe ?

  • « estiment que les soufis profiteront de la réaction anti-islamiste inévitable face aux excès de ces derniers, comme en Égypte et en Tunisie. »

    Parce que dans ces deux pays l’islamisme était une régression (récente) par rapport à l’ère Moubarak et Ben Ali. Ailleurs il est bien souvent la norme.

  • Les commentaires sont fermés.

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