Soutien à l’investissement : lequel ?

argent poche credits marine B (licence creative commons)

L’annonce d’un « mécanisme exceptionnel » de soutien à l’investissement n’est pas une bonne nouvelle.

Par Jacques Garello.

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On investit avec l’argent qu’on a gagné, ou avec l’argent qu’on va emprunter. Dans une optique purement capitaliste, les deux façons se rejoignent : on ne peut emprunter que si l’on prouve qu’on va gagner de l’argent pour rembourser la dette. Mais cette logique n’est pas respectée dès lors que les pouvoirs publics s’en mêlent. Ainsi, l’annonce par François Hollande le 4 avril d’un « mécanisme exceptionnel » de soutien à l’investissement n’est pas une bonne nouvelle. La bonne nouvelle serait celle de la liberté pour les entreprises de réaliser des profits, aujourd’hui et demain.

Revirement spectaculaire

Depuis des années les socialistes de tous bords ont considéré l’entrepreneur et le profit comme responsables du chômage, et dénoncé la finance comme l’ennemi numéro un. Oubliant le discours du Bourget (2012), le Président a annoncé trois mesures surprenantes : en partenariat avec les compagnies d’assurances, un fonds d’investissement de 600 millions d’euros sera opérationnel « dès les prochains mois », un « dispositif fiscal approprié […] qui améliorera leur trésorerie et la rentabilité de l’opération, récompensera les entreprises qui accélèreront leurs projets d’investissement », enfin la Banque Publique d’Investissement distribuera des prêts supplémentaires pour arriver à 6 milliards d’euros au total.

Il est vrai que ce nouveau cap français est aussi celui qui est adopté au niveau européen par le tandem Drahi-Juncker : plan d’investissements massifs financés grâce à la politique « souple » de la Banque Centrale Européenne. Car les seules sources de financement sont celle des prélèvements obligatoires, ou de la dette souveraine, ou des deux.

En fait, le « revirement » n’est pas si spectaculaire qu’il y paraît. Certes, les étatistes fraient désormais avec les banquiers et les financiers et reconnaissent que la croissance passe en fin de compte par les entreprises (une concession déjà faite avec le « pacte de responsabilité et de solidarité »). Mais les entreprises aidées ne peuvent investir que sous le contrôle de l’État, banquier (en faillite lui-même).

Méfaits de l’investissement public

investissement rené le honzecOn connaît le principe et les méfaits de l’investissement public, inspiré par Keynes et condamné par Bastiat. L’État ponctionne les contribuables, et notamment l’épargne, ses revenus, sa transmission, son accumulation. C’est autant qui ne va pas à l’investissement volontaire et spontané des entrepreneurs : c’est « l’effet d’éviction ». De plus, les choix d’investissement n’obéissent pas au critère habituel de la rentabilité, sauf à prendre en considération une « rentabilité publique », des « externalités » que par définition on ne peut mesurer et que l’on surévalue volontiers ; ainsi les projets dits « d’infrastructure » (transports, énergie, recherche) profitent à tellement de monde qu’ils en deviennent miraculeux ! L’important n’est pas le « retour sur investissement », mais la dépense en soi. Enfin, et c’est visible dans le discours de François Hollande, la rentabilité résulte aussi de « l’investissement humain », ce dont tout entrepreneur est conscient, soucieux de la qualité, de la formation et de la motivation du personnel, mais pour le Président il s’agit avant tout d’accroître les salaires et le pouvoir d’achat et surtout pas les revenus des actionnaires (il faut parler aussi comme les frondeurs et les cégétistes).

Le profit, seule source d’investissement

Notre président ne connaît sûrement pas le théorème du chancelier Helmut Schmidt : « Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain, et les emplois d’après-demain ». La seule origine véritable de l’investissement est le profit. Et, si l’on veut soutenir l’investissement, il faut laisser les entreprises réaliser des profits. Le véritable soutien, c’est d’abaisser le taux de l’impôt sur les sociétés ; la France est championne d’Europe avec 36,1% (moyenne européenne 23,5%, Irlande 12,5%, Chypre 10%), mais c’est aussi diminuer le poids des cotisations sociales (parts patronale et salariale) qui au total se montent à 66% du salaire brut en France (contre 43% en Allemagne). C’est simplifier et stabiliser la législation fiscale et sociale. C’est assurer la flexibilité du marché du travail.

Le véritable soutien est encore idéologique : cesser de considérer le profit comme l’exploitation du travailleur par l’employeur et les actionnaires comme des rentiers qui mangent le pouvoir d’achat des salariés. Le jour où l’on fera enfin confiance aux entrepreneurs (comme dit Xavier Fontanet), les investissements reprendront en France. Pour l’instant, on ne va pas pavoiser parce que les derniers mois ont vu les crédits bancaires aux entreprises augmenter de quelque 3%.


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