Petit vent de panique à la BCE

5:00 PM - Buzek meets Mario Draghi, the Governor of the Bank of Italy credits european parliament (CC BY-NC-ND 2.0)

Une activiste perturbe une conférence de la BCE. Quelle est la nature de ce mouvement de révolte ?

Une activiste perturbe une conférence de la BCE. Attaque terroriste ? Certainement pas. Un mouvement de révolte plutôt pacifique et clairvoyant ? C’est beaucoup plus probable…

Par Stéphane Montabert.

5:00 PM - Buzek meets Mario Draghi, the Governor of the Bank of Italy credits european parliament (CC BY-NC-ND 2.0)
Buzek meets Mario Draghi, the Governor of the Bank of Italy credits european parliament (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Confusion lors de la conférence de la BCE présidée par Mario Draghi : une activiste entra en scène, escaladant l’estrade derrière laquelle officiait le président de la BCE, suscitant un bref moment de panique pure que les nombreux journalistes présents dans la salle n’eurent aucun mal à capter.

Attaque terroriste ? Pas vraiment – juste une pluie de confetti. Arborant un t-shirt « Fuck the BCE Dick-tatorship » (que l’on ne traduira pas ici ; notons juste une certaine morgue à l’égard de l’institution) la jeune femme se contentera juste d’arroser le monsieur d’une pluie de confettis, scandant la fin de la dictature de la BCE alors qu’elle fut expulsée manu militari par le service de sécurité :

« Vous entendrez nos cris plus forts, plus hauts, dans et hors de vos murs, partout, et vous n’aurez pas de repos. »

Mario Draghi reprendra ensuite le fil de son propos comme si l’incident n’avait jamais eu lieu.

D’une certaine manière, cet épisode n’a rien de particulier. Pendant politique des flashmobs, l’omniprésence de manifestants divers et variés agissant soudainement est devenue un lieu commun, de l’entartage à d’autres formes de protestation. Pas plus tard que le même jour aux États-Unis, un manifestant protestant contre la corruption de Washington se posa au Capitole avec un mini-hélicoptère.

Les Femens ont elles-mêmes largement contribué à la banalisation de ces manifestations ; la femme du jour, Joséphine Witt, est d’ailleurs une ancienne membre de ce mouvement féministe. Si elle reçut la formation lui permettant d’organiser ce genre de happening, elle inscrit son action en totale indépendance avec les Ukrainiennes seins nus en couronnes de fleur, mais revendique une posture anti-BCE.

Le tract préparé par l’activiste (récupéré depuis Zerohedge) montre une étonnante clairvoyance de la part de la jeune femme de 21 ans:

« Nous sommes propriétaires de nos vies –
et face à l’environnement de puissance écrasante émanant de la police monétaire de la BCE, il est parfois difficile de le garder à l’esprit.

Nous sommes propriétaires de nos vies –
et elles n’ont pas à être les jetons que la BCE emploie dans ses paris,
n’ont pas à être jouées, vendues, détruites.

Nous sommes propriétaires de nos vies !
sera le cri de ralliement de ceux qui font face à la répression,
quand nous commencerons à voir notre pauvreté comme autre chose qu’une défaite personnelle ou une destinée inéluctable.

BCE,
maîtresse de l’univers,
je viens te rappeler qu’il n’y a pas de dieu,
mais des gens, derrière ces vies,
et que si tu règnes au lieu de servir,
(…) tu ne connaîtras pas de repos.

Et pendant que la BCE ne fait que persister dans son hégémonie autocratique, se reposant sur la surveillance des États et la police,
la violence quotidienne est finalement enracinée ici (…) »

Et encore :

« [Nous] n’accepterons pas l’histoire folle que la BCE veut nous imposer où même la liberté d’expression et la dignité doivent être vendues aux banques pour que nous puissions survivre. »

Toutes les articulations du discours ne sont pas claires mais relèvent du même sentiment : d’une part, la BCE joue avec la vie des gens et, d’autre part, la BCE est désignée comme le centre de décision, et non l’exécutant, des politiques affectant la zone euro toute entière. Une nuance bienvenue alors que la BCE entretient des liens incestueux avec Goldman Sachs et agit sans rendre de compte aux élus.

Si Mario Draghi a gardé son flegme, nul doute que les futures conférences de presse de la BCE seront surveillées d’un peu plus près – des gorilles un peu plus baraqués, un peu plus nombreux et un peu plus vigilants… Cela empêchera peut-être de nouveau débordements du style d’hier, mais rendra aussi encore moins crédible l’illusion d’une BCE œuvrant dans le sens de l’intérêt commun.


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