Manuel Valls, quel cap ?

Six Français sur dix souhaitent que Manuel Valls maintienne le même cap économique… Mais quel cap économique ?

Par Stéphane Rossard.

Manuel Valls et Guillaume Bachelay credits Parti socialiste  (CC BY-NC-ND 2.0)
Manuel Valls et Guillaume Bachelay credits Parti socialiste (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Six Français sur dix souhaitent que Manuel Valls maintienne le même cap économique, selon un sondage Ifop pour le Journal du dimanche. Mais de quel cap économique parlent les Français ? À quel « cap » font référence les instigateurs de ce sondage ?

Car pour se prononcer sur la question, cela présuppose l’existence d’un cap ! Quel Français, honnête, au jour d’aujourd’hui, peut précisément qualifier la politique économique menée par Manuel Valls ? Étatiste ? Keynésienne ? Sociale-libérale comme beaucoup nous le rabâchent ?

Personne n’est en mesure d’y voir clair. Pas mêmes les experts qui n’y retrouvent pas leur grille de lecture classique. Impossible de placer le curseur, tellement les priorités sont mal établies et surtout les louvoiements innombrables depuis l’arrivée à l’Élysée de François Hollande. Sans compter les compromis passés sous le manteau afin de sauver une majorité, qui tient plus du virtuel que du réel.

Depuis le début, le gouvernement navigue de Charybde en Scylla. Soit d’une absence de cap clair à une confusion sur la route suivie. L’illisibilité est sa marque de fabrique.

rené le honzec manuel vallsAinsi, un jour on loue et on déclare sa flamme aux entrepreneurs. Le lendemain, quand les chiffres du chômage révèlent l’inopérante politique économique, on les tance sévèrement et on les pointe du doigt pour les rappeler à l’ordre sur la trop faible création d’emplois, oubliant que c’est justement l’absence de cap qui douche l’enthousiasme des entrepreneurs à recruter.

Quant au louvoiement, l’une des plus belles et des plus emblématiques preuves est la mise en œuvre puis la suppression au 1er janvier 2015 – en catimini car mesure phare de la campagne présidentielle de François Hollande –  de la taxe à 75% sur les revenus supérieurs à un million d’euros.

Le plus troublant c’est que la politique économique conduite par Manuel Valls jusqu’ici, son fameux « cap », s’est échouée lamentablement sur le récif du chômage, faisant toujours plus de naufragés du marché du travail. Car pour l’instant le cap suivi par le Premier ministre a eu pour seul et unique résultat de lester toujours plus le navire déjà très encombré du nombre des sans-emplois. Les Français avaient-ils ce cap en tête au moment de répondre à la question posée ?  Dans ce cas, c’est à y perdre son latin. Comme il est déjà perdu, disons notre français. Ou, en l’occurrence, le bon sens économique.

En répondant de la sorte, c’est comme si les Français, lors d’une croisière, demandaient au capitaine de maintenir le même cap en dépit du fait qu’il se dirige  tout droit sur l’écueil qui causera sa perte. Comment peut-on appeler un tel comportement ? Si ce n’est une tendance suicidaire ?

Mais, mettons que la direction soit la bonne. Il aurait été très intéressant de demander aux sondés qu’ils citent spontanément une réforme structurelle qui incarne ce cap. Une réforme qui marquera de son empreinte la société et l’économie française des vingt prochaines années.

Peut-être la loi Macron aurait-elle été citée en premier ? Une loi qui traduit une volonté de réformer en simplifiant la vie des Français et celle de nombreuses professions en s’adaptant aux exigences et contraintes de notre époque marquée par une mondialisation qui impose son rythme, qu’on le veuille ou non. Mais c’est une loi incomplète, qui manque d’ambition et demeure surtout loin d’être de la nature de celles qui marquent un véritable tournant. Où il y aura un avant et un après.

Au vu de ce bilan calamiteux et ce manque de visibilité de la politique économique actuellement menée, comment les Français peuvent-ils ainsi largement applaudir des deux mains et en redemander ? Plutôt un mystère… Merci d’éclairer mes lumières grâce à vos commentaires et analyses.


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