Pétrole : le chant du cygne de l’OPEP ?

Ce que révèle la stratégie de dumping de l’OPEP…

Par Guillaume Nicoulaud.

cygne credits Fabrice Helmbacher (CC BY-NC-SA 2.0)
cygne credits Fabrice Helmbacher (CC BY-NC-SA 2.0)

 

Les cours du pétrole et la stratégie de dumping de l’OPEP m’inspirent principalement deux réflexions.

Primo, il est essentiel de comprendre que, pour les pays de l’OPEP et la Russie, le coût marginal d’extraction d’un baril de pétrole n’est pas une grandeur pertinente et ce, pour une raison très simple : les marges réalisées sur l’or noir sont, dans ces pays, une des principales ressources de l’État. Par exemple, il est tout à fait vraisemblable que les gisements d’Arabie Saoudite restent profitables même avec un baril à $20 ; seulement voilà, à ce prix-là, le royaume génère des déficits budgétaires colossaux ce qui, étant bien entendu que le niveau de la dépense publique est une condition essentielle de la stabilité politique du régime, place le royaume face à une simple alternative, s’endetter ou piocher dans le trésor de guerre. Mais si les Saoud peuvent s’offrir ce luxe, ce n’est en revanche pas le cas de la plupart de leurs camarades de jeu. Pour des pays comme l’Iran, la Russie, le Nigeria et surtout le Venezuela, les cours actuels du pétrole ne sont tout simplement pas politiquement supportables.

Deuxio, les technologies d’exploitation du pétrole de schiste existent et ne disparaitront pas. On peut bien sûr imaginer que l’OPEP, suite à un effort considérable, parvienne à acculer tous ces concurrents indésirables à la faillite – après tout, c’est ce que John D. Rockefeller a fait durant quelques décennies – mais ni les gisements étasuniens ni la technologie ne disparaîtront pour autant. Or voilà, si une exploitation de pétrole de schiste présente l’inconvénient de devoir forer continuellement, elle présente en revanche l’immense avantage de pouvoir être mise en œuvre très rapidement et pour des coûts très faibles. En d’autres termes, si les prix du pétrole remontent, on assistera plus que vraisemblablement à une renaissance de toute l’industrie.

Sur la base de ces deux idées très simples, on est tenté d’extrapoler ce qui suit : il est vraisemblable que (i) le pétrole de schiste a créé un plafond sur les cours du brut et (ii) nous assistons au baroud d’honneur de l’OPEP, prélude à sa très prochaine disparition.


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