Une fausse bonne nouvelle pour les startups ?

Faut-il se réjouir de la création d’un fonds de capital-risque, Partech international, consacré aux startups du digital dans lequel est associée la BPI ?

Par Bernard Zimmern.

 
light bulbs credits André Mouraux  (CC BY 2.0)
light bulbs credits André Mouraux (CC BY 2.0)

 

Le journal La Tribune vient de relever la création par un fonds de capital-risque, Partech international, d’un fonds d’amorçage de 60 millions consacré aux startups du digital dans lequel est associée la BPI, plusieurs groupes industriels, et une soixantaine de « serial entrepreneurs ». Faut-il s’en réjouir ou s’agit-il d’une fausse bonne nouvelle ? On peut s’interroger.

En effet, le problème français est qu’il nous manque au moins 2, sinon 4 milliards dans l’amorçage des startups en France, que c’est pour cela que nous ne créons pas assez d’entreprises employeuses, 26.000 contre 200.000 au Royaume-Uni et 500.000 aux USA. Et que l’essentiel de ces créations ne se fait pas aux USA dans le digital, mais dans des professions beaucoup moins prestigieuses comme la réparation automobile, l’alimentaire ou la santé.

  • Certes, la France est douée dans le digital. Pour ne citer que lui, Pierre Omidyar qui habite maintenant l’État d’Hawaï, a créé Ebay ; mais un très grand nombre d’autres Français ont émigré avec leurs succès aux USA. Même l’un des fondateurs de Partech, un X Pont, est parti et resté à San Francisco.
  • Certes, il est connu que le capital-risque se hasarde très peu dans l’amorçage et que le pas fait par Partech est inusuel, même si des firmes de venture-capital américaines s’y risquent. L’inventeur du capital-risque aux USA, le général Doriot, d’origine française, fondateur de l’ARDC (American Research and Development Corporation1), avait bien réussi une performance financière extraordinaire en investissant 70.000 dollars dans Digital Equipment Corporation et valant plus de 300 millions lors de l’introduction en bourse. Mais le « venture capital » avait rapidement appris qu’il ne devait pas intervenir pour des montants minimum de quelques millions de dollars, que des investissements plus faibles n’étaient pas rentables et seulement financièrement justifiés pour des Business Angels, dont les décisions d’investissement et la gestion sont beaucoup plus légers. Faut-il rappeler que sur 500.000 entreprises créées chaque année aux USA, la National Science Foundation n’en comptait que 400 créées avec du « venture-capital » alors qu’il y en aurait 25.000 accompagnées par les Business Angels indépendants2 ?

Les questions que l’on est en droit de se poser :

  • Que vient faire la BPI dans un secteur où le capital-risque privé est prêt à s’investir ? Prouver sa rentabilité en continuant de saupoudrer d’argent de l’État les fonds français de capital-risque pour s’en arroger les succès éventuels, comme l’a fait la Caisse des Dépôts dont nous rappelons qu’elle a mis dans une soixantaine de fonds en 10 ans, des fonds représentant moins de 5% de l’argent investi par ces fonds ? Pas cher pour se faire une réputation d’être indispensable à l’économie nationale. Une recette que l’ANVAR avait expérimentée avec succès jusqu’à la découverte d’un trou, encore inexpliqué à ce jour, de 261 millions.
  • Il faut certes se réjouir de voir des innovateurs français se faire financer. Mais depuis 40 ans, tout ce que nous avons vu en France ce sont des villages Potemkine de l’investissement dans les startups. 60 millions : tant mieux, mais ce sont 2 à 4 milliards qui manquent en amorçage.
  • Et surtout avec eux 10.000 à 20.000 Business Angels indépendants, ceux qui, comme aux USA ou au Royaume-Uni, mettent 200.000 à 500.000 par projet et apportent, outre leur argent, leurs compétences et leurs réseaux pour guider l’entreprise à ses débuts. Avec 60 millions Partech va-t-il offrir aux entrepreneurs qui auront le bonheur d’être financés les 200 professionnels expérimentés qui auraient été les parrains et conseillers si cet argent était apporté, non par des fonds, mais par des Business Angels ?
  • Et enfin, en raison de la facilité avec laquelle le politicien français accepte de prendre pour des constructions en béton ces villages Potemkine en carton-pâte que l’administration de Bercy lui présente depuis 30 ou 40 ans, ne faudrait-il pas mettre un bémol sur ce type de financement, se demander si ce type d’annonce ne va pas permettre à l’administration de faire comme depuis 40 ans en disant à nos politiciens : mais vous voyez, le problème est résolu ? Puisque même nos plus grandes entreprises du CAC 40 y mettent de l’argent ? Exactement comme lorsqu’a été créé en 1971 le premier fonds de capital-risque français qui, à la différence des Américains, n’a pas été dirigé par quelques entrepreneurs à succès y investissant leur propre argent mais par un haut fonctionnaire totalement inexpérimenté et les fonds des Charbonnages de France, de Renault, etc., dont les deux tiers avaient disparu en deux ou trois ans car il y avait eu 40 embauches qui avaient avalé le capital sans grand résultat3 ?

Nous nous réjouirions infiniment plus si, au lieu de la création de ce fonds, le gouvernement français avait décidé de supprimer toute imposition sur les plus-values faites par les individus quand ils investissent dans l’amorçage d’une entreprise. Car c’est bien en encourageant ces plus-values que réside la première condition d’une reprise de l’emploi en France.


Sur le web

  1. Et de l’INSEAD à Fontainebleau.
  2. Investissant plus de 100.000 $ ou € individuellement dans un projet.
  3. Le dit fonds ne s’en est sorti qu’en partant en Californie…