Le narcissisme épidémique sur la toile

Ils sont partout sur la Toile. Les narcissiques tentent de monopoliser l’attention sur toutes les plateformes, que ça vous plaise ou non, et c’est épidémique.

Par Daniel Girard, depuis Boston, États-Unis.

Narcisse tout jours - ll0zz (CC BY-NC-SA 2.0)
Narcisse tout jours – Crédits : ll0zz via Flickr (CC BY-NC-SA 2.0)

 

Les études se succèdent et disent toutes la même chose, le narcissisme est devenu épidémique sur la Toile. La première grande étude sur le sujet avait été menée auprès de 37 000 étudiants américains, il y a six ans. Les chercheurs avaient conclu que l’avènement de Facebook, Twitter et des autres réseaux sociaux avaient fourni aux jeunes universitaires dotés de tendances narcissiques tous les outils dont ils avaient besoin pour faire leur autopromotion.

Facebook et l’exhibitionnisme grandiose

Les chercheurs ont ciblé deux caractéristiques principales chez les narcissiques : l’exhibitionnisme grandiose et l’illusion de grandeur. Les narcissiques souffrant surtout d’exhibitionnisme grandiose se démarquent par leur activité frénétique sur Facebook où ils donnent tous les détails de leurs activités sociales et font l’étalage de leurs cercles d’amis.

Selon Elias Aboujaoude, professeur de psychiatrie à l’université Stanford, l’espace virtuel créé par l’internet élimine toutes les restrictions au comportement humain créées par l’univers social.

Les narcissiques peuvent donner libre cours à leur vanité, leur impulsivité, leur recours fréquent au mensonge, à la grandiloquence, à l’insulte et faire preuve de comportement infantile sans avoir à en découdre directement avec leurs interlocuteurs.

Les experts soulignent qu’il n’y a rien de mal avec les réseaux sociaux, qui sont utilisés avec discernement par des millions de personnes pour maintenir des liens avec parents et amis et par des milliers d’entreprises pour bâtir et servir leur clientèle.

Les réseaux sociaux deviennent des concours de popularité

Le problème, selon l’expert Bill Davidow, c’est que les narcissiques sont en train de transformer ces réseaux sociaux en concours de popularité. Les amitiés sont comptées sur Facebook et les recommandations sont comptabilisées.

Sur Twitter, dès que l’on commence à être un peu plus suivi, les propositions d’achats d’abonnés affluent. Comme si un abonné était seulement une statistique et non quelqu’un avec lequel il sera éventuellement possible d’échanger. Mais si le narcissisme déplaît aux internautes plus réservés et aux cartésiens, il fait le bonheur des marchands qui ont vite détecté une occasion d’affaires.

Bill Davidow nous invite à ignorer le buzz, à ne pas nous laisser influencer par les narcissiques et à garder notre sens de la mesure. Si vous n’avez pas des milliers d’abonnés sur Twitter et des centaines d’amis sur Facebook, cela veut juste dire que vous êtes une personne normale, souligne-t-il, et ça c’est mieux que d’être narcissique.

Et il y a aussi une vie, au-delà du clavier.