Défaite historique de la pensée keynésienne ?

Nous vivons la plus grande défaite historique de la pensée keynésienne.

Par Drieu Godefridi.

defeated credits Joao Santos (CC BY-NC 2.0)
defeated credits Joao Santos (CC BY-NC 2.0)

 

Nous vivons une intéressante défaite historique de la pensée keynésienne.

C’est facile à montrer.

Tout commence avec la fameuse crise des subprimes, en 2008. Une crise dont la responsabilité ne git pas en Europe, mais aux États-Unis, dans un subtil alliage de politiques démagogiques (des prêts hypothécaires pour tout le monde !) et de l’irresponsabilité de banques géantes garanties par leur statut de « too big to fail » (ie, à la fin c’est toujours le contribuable qui paie les pertes).

Gagnant notre vieille Europe, cette crise dantesque obligea les États européens à parer au plus pressé, en pourvoyant aux besoins en financement de leurs propres établissements bancaires “too big to fail”, avec cette conséquence que les dettes publiques européennes, déjà stratosphériques, devinrent pires encore et que l’économie virtuellement s’arrêta.

C’est ici qu’entrent en scène les penseurs keynésiens, avec leur solution bien connue : la relance par la dépense. L’enthousiasme de l’antienne pouvait surprendre, dans le contexte d’une dette publique européenne qui venait de s’aggraver lourdement, il n’en dominait pas moins largement l’agora européenne, historiquement friande des préceptes d’un Keynes rarement lu.

Pour leur rendre justice, les keynésiens se divisent en deux familles : les post-keynésiens, et les keynésiens au sens strict. La pensée post-keynésienne reposant sur la négation de la rareté des ressources qui fonde toute pensée économique rationnelle, il est inutile de s’y arrêter. Quant aux keynésiens, contrairement à ce que l’on entend, ils règnent sur nos facultés universitaires et les salles de rédaction d’organes de presse aussi prestigieux que le Financial Times.

Quoi qu’il en soit, post-keynésiens et keynésiens se rejoignaient nettement sur la solution à la crise : la dépense publique. Toute autre politique, à les lire, ne pouvait que plonger l’Europe dans la récession. Ainsi Martin Wolf, du Financial Times, fit-il pendant cinq ans la leçon au chancelier de l’Échiquier (=ministre des Finances) britannique George Osborne, sur l’air de : vous réduisez les dépenses publiques, alors qu’il faudrait faire exactement le contraire, vous allez plonger le Royaume-Uni dans la récession, il n’est pas trop tard pour changer de politique !

Cinq ans plus tard, le rigoureux Royaume-Uni se flatte de la plus belle croissance parmi les grandes économies européennes. L’austère Allemagne, cette incarnation ultime de la rigueur (dans le sens de ce qui est rigoureux), qui atteint au surplus budgétaire (ie, elle rembourse sa dette) — au grand scandale de Martin Wolf (Mister « see charts ») —, croît de plus belle. Il n’est pas jusqu’à l’Espagne et le Portugal, dans une situation initiale finalement assez proche de la Grèce, qui ne sortent aujourd’hui la tête de l’eau, après cinq ans de politiques anti-keynésiennes, “pro-cycliques” et rigoureuses par excellence. Pour ne rien dire du cas de l’Irlande, en passe de vivre le plus bel exemple de réinvention de son propre miracle économique, par la rigueur.

Il n’y a vraiment que la Grèce du tandem Tsipras-Varoufakis qui s’inscrive résolument dans le dogme keynésien de la solution par la dépense publique. À moins d’un changement de cap rapide, nous pourrons apprécier rapidement le succès de cette politique d’une grande pureté keynésienne en effet.

Nous vivons la plus grande défaite historique de la pensée keynésienne.

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