Élections : le pathos de François Hollande

François Hollande Credit Photo Mathieu Delmestre Solfé Communications (Creative Commons)

Le problème de ces élections, pour François Hollande, c’est l’abstention et le Front national. Seulement, si on approfondit un peu, est-ce vraiment le cas ?

Par Claude Robert.

François Hollande Credit Photo Mathieu Delmestre  Solfé Communications (Creative Commons)
François Hollande Credit Photo Mathieu Delmestre Solfé Communications (Creative Commons)

 

« Aujourd’hui la question c’est l’abstention » et « le score du Front national », a déclaré le Président après avoir voté le matin lors des élections départementales ce dimanche.

Cette phrase résume parfaitement le pathos actuel du pays, et pas seulement celui d’une classe politique à bout de souffle et déconnectée du réel. Elle contient d’ailleurs deux profondes mystifications, parfaitement perverses, qui en disent long sur l’intégrité de notre Président :

L’abstention n’est pas le problème, elle en est la conséquence !

Inciter les électeurs à voter, le matin d’une élection, alors que l’on a passé plusieurs années de sa vie à leur mentir, d’abord au sein du PS, puis ensuite à la tête de l’État, c’est tout simplement du cynisme. On donne des leçons au peuple le jour des élections. Mais on le méprise continuellement. Pendant la campagne présidentielle, on flatte ses instincts les plus bas en promettant de prendre l’argent aux riches. Puis devant l’échec patent de cette stratégie, deux ans plus tard, on minimise les faits, on répète en boucle « je maintiens le cap » et on fait diversion.

En France, il y a bien sûr beaucoup d’électeurs qui votent avec les yeux et qui peuvent changer d’avis au dernier moment sur la bonne mine d’un candidat. Il sont également nombreux, vierges de toute notion d’économie (les enquêtes internationales comparatives nous placent en médiocre position), à être capables d’enfourcher les promesses les plus mirobolantes.

Mais tout de même, ce taux d’abstention a quelque chose de tout à fait positif par ailleurs. Il montre que les français lassés par les mensonges à répétition et écœurés par cette morgue condescendante d’une classe politique française d’un autre âge, sont légion. Celle-ci a tellement failli à sa mission, elle a tellement enfumé le peuple qu’une partie significative de celui-ci ne lui accorde plus aucune crédibilité. Alors, pourquoi se déplacer vers les bureaux de vote ? Ces citoyens las et découragés estiment que la démocratie ne fonctionne plus. Dont acte, ils ne votent plus. Au moins, ils ne sont pas dupes.

Hélas, le message que les abstentionnistes envoient à l’attention de la classe politique ne semble même pas susciter son inquiétude. Imaginons un instant un Président honnête et intentionné. Devant de telles prévisions de taux d’abstention, car ce n’est pas la première fois que cela se produit, il se remettrait en cause. Il tenterait d’analyser son bilan d’une façon objective, en s’y faisant aider si nécessaire, ou en scrutant les avis des experts et autres économistes indépendants. Il regarderait les chiffres du chômage, de la croissance et de l’endettement. Et il ne se déroberait ni devant l’autocritique ni devant ses propres responsabilités. Enfin, il ne nous parlerait pas du danger de l’abstention ou du vote FN le matin des élections. Car il aurait fait en sorte d’éviter d’en arriver là. Et il nous parlerait des vrais problèmes : une compétitivité en berne, un chômage de masse, une exclusion qui alimente le terrorisme (y compris religieux), un endettement problématique.

Le vote FN n’est pas le problème, il en est la conséquence !

Parmi les gens qui n’espèrent plus rien de la classe politique, il y a également ceux qui votent encore et qui se rabattent sur les partis « antisystème ». Ce choix n’est pas stupide non plus, il obéit même à une logique assez solide. À la différence d’un abstentionniste, un électeur du Front National (comme du Front de gauche) espère en effet qu’il soit encore possible de dynamiter la classe politique de l’intérieur, en votant pour des partis trublions. Plutôt que de se laisser faire en ne prenant plus part à la vie de la cité, l’électeur antisystème reste actif. Du fond de l’isoloir, il envoie symboliquement des scuds à l’attention des politiques dont il exècre le comportement. À coup sûr son geste le soulage. Et lui donne probablement quelques frissons de plaisir, ceux là-mêmes que l’on ressent lorsque l’on provoque plus gros que soit tout en piétinant les règles de la bienséance.

Tout comme celle des abstentionnistes, cette stratégie comporte des risques. Elle est évidemment naïve car elle fait le pari que les partis trublions (Front de Gauche, Front National) sont capables de redresser l’économie du pays. Or les programmes de ces deux partis, qui sont par ailleurs très proches l’un de l’autre, sont basés sur des ficelles grotesques et des recettes populistes qu’aucun économiste sérieux ne cautionne. Pire, les promesses des deux Fronts sont mensongères. Car personne dans ces deux partis n’avertit clairement l’électeur du coût qu’il devra payer en cas de mise en place des mesures préconisées (parmi ces omissions, la plus monumentale concerne de toute évidence la sortie de l’euro).

Enfin, cette stratégie qui se voudrait disruptive, puisqu’elle vise à virer l’oligarchie qui nous dirige, est récupérée par elle, et lui sert de diversion. Ce jeu s’avère d’ailleurs paradoxal, et potentiellement toxique. Car d’un côté, les électeurs excédés sont de plus en plus nombreux à céder aux sirènes populistes. De l’autre, les politiques au pouvoir brandissent de plus en plus le chiffon rouge. Ce qui ne peut qu’exciter un peu plus l’électorat concerné.

Cela fait des années que les analystes sérieux disent qu’il est stupide de stigmatiser le FN et ses électeurs car le succès de ce parti n’est pas un problème mais une conséquence. Cependant, si la classe politique continue de claironner ou de se diviser à son sujet, c’est sans doute parce qu’elle y trouve un intérêt. Celui de faire diversion, et de ne pas endosser ses responsabilités dans le déclin lent mais puissant de notre pays.

 La France, une apparence de démocratie

Ce qui est désolant dans cette histoire, et on en revient toujours à cela, c’est qu’abstentionnistes et électeurs antisystème sont tous deux les victimes d’une même manipulation. Et cette manipulation n’est pas prête de s’arrêter. Pourquoi ? Parce que, en réalité, la démocratie française n’est plus qu’une représentation symbolique de ce qu’elle devrait être. La possibilité de pouvoir glisser dans une urne, loin de toute influence, le bulletin de vote de son choix le jour d’une élection nous berce d’illusion. Derrière cette apparence, un cercle vicieux s’est emparé de notre pays. Il tourne à plein régime. Il se caractérise par les phénomènes suivants :

– pendant les études secondaires, l’Éducation Nationale façonne des générations d’étatistes, incultes en économie et en histoire mais épris d’une fausse morale très idéologisée

– l’Université prend ensuite le relais chez bon nombre d’étudiants et consolide cette morale qui ne dit jamais son nom mais qui impose un système de valeur particulièrement pervers

– l’endoctrinement chez les adultes se poursuit grâce aux média dont la plupart (74% des journalistes ont voté F.Hollande en 2012 !) reproduisent les mensonges d’État sans la moindre retenue, tout en diabolisant par la même occasion les idées libérales ou socio-démocrates, ce qui empêche leur émergence

– la classe politique elle-même formatée par l’Éducation Nationale puis par l’ENA, et confortée par la mainmise idéologique qu’elle a su instaurer sur les médias, perpétue sans aucune difficulté le mensonge de gauche auprès des électeurs

– les électeurs sont rares à comprendre les subtilités entre partis et le réalisme des mesures qu’ils proposent. Les deux formations dites « extrêmes » préconisent à peu près les mêmes solutions économiques anti-libérales (et irréalistes) tandis que rares sont les leaders de l’UMP à ne pas tenir le même discours que ceux du PS. Le barycentre de l’offre politique se situe clairement et depuis longtemps au PS

– au-delà de quelques exceptions ponctuelles, l’abstention et le vote populiste prospèrent (le taux de participation des départementales est certes meilleur que prévu mais 49% des électeurs ne se sont pas déplacés ! Quand au score du FN, à 25%, il progresse et dépasse le PS seul)

– le gouvernement actuel, encore plus mauvais que les précédents, n’est challengé ni par des partis concurrents crédibles, ni par des médias critiques, ni par des électeurs à la fois actifs et avisés. Il a donc tout le loisir de poursuivre ses atermoiements et ses errements idéologiques…

article éradiquons le socialisme

Le grand perdant est la France. Les chances qu’elle puisse rompre ce cercle vicieux ne s’améliorent pas. Chaque jour d’élection qui passe présente un risque accru d’une poursuite de la politique suicidaire actuelle, ou d’une prise de pouvoir par un parti populiste au moins aussi frappadingue.

On peut supposer que dans cette relation circulaire néfaste impliquant les quatre principales variables que sont [les partis politiques], [les média], [l’éducation nationale] et [les électeurs], il faudrait qu’au moins deux de ces variables changent en même temps, profondément, et dans la bonne direction.

L’Éducation nationale n’a un effet qu’à long terme et ne constitue donc pas le levier le plus réactif. De même qu’il serait tout aussi vain d’espérer que les moins informés des électeurs se passionnent tout d’un coup pour l’économie et l’état réel de notre pays.

Restent donc les deux autres leviers : les partis politiques, et les médias. C’est de leur côté que se trouve un quelconque espoir d’une sortie de cette spirale dangereuse. Ne suffirait-il pas en effet d’une offre politique véritablement réformatrice, simultanément associée à un désenvoûtement idéologique des médias, c’est-à-dire à un sursaut de réalisme et de compétence de leur part ? Cela ne permettrait-il pas une réaction salutaire chez les électeurs ?

On peut toujours rêver… De tels changements sont tellement improbables…

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