Vous allez voter ? Alors ne dites pas que vous ne saviez pas.

Vote élections urne (Crédits JaHoVil, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Ce dimanche est un jour d’élections. Certains d’entre vous iront donc aux urnes, feignant de croire exprimer ainsi leur avis sur la gestion départementale. Peut-être est-ce donc le moment de rappeler quelques fondamentaux qui remettront les décisions de nos élus dans leur juste perspective historique, afin d’éviter, par exemple, qu’on nous ressorte l’inénarrable « on ne savait pas » une fois les élections passées.

On pourrait déjà noter qu’un nombre conséquent de nos actuels élus, conseillers généraux en place depuis plusieurs longues années, ont participé à la mise en place, dans les communes dont ils sont souvent aussi maires, de financements dont l’abondement fut réalisé il y a quelques années en utilisant ces emprunts adossés à des devises étrangères et soumis à des taux rapidement défavorables à la collectivité locale lorsque la situation économique mondiale n’est pas parfaitement maîtrisée. Ces emprunts, rapidement qualifiés de toxiques par les équipes d’irresponsables en place au moment de leur signature alors que la conjoncture partait en sucette, ont accru dans d’énormes proportions les difficultés souvent étendues dans lesquelles baignaient déjà les collectivités en question.

pawel kuczynski politiciens a la mangeoire

On savait grâce à une étude précédente, dont j’ai parlé récemment ici, que ces emprunts avaient été utilisés plus fréquemment parmi les collectivités locales les plus endettées. Oui, vous avez bien lu : ce sont bien les collectivités les moins bien gérées qui ont, préférentiellement, choisi ces montages dangereux et mal maîtrisés. L’étude (disponible ici), de Christophe Pérignon et Boris Vallée, montrait de surcroît que ces emprunts avaient été réalisés pour cacher le coût réel de la dette souscrite, d’une part, et montrait d’autre part de façon fort à-propos avec ce qui nous occupe ce dimanche, que ces emprunts étaient d’autant plus utilisés qu’une élection approchait, que l’élu était contesté et que les voisins proches de l’élu avaient eux-mêmes utilisé de tels montages, montrant l’aspect particulièrement moutonnier de nos politiciens.

En soi, ces éléments permettent déjà de se faire une idée assez précise de la qualité discutable des motivations de nos élus. Cependant, ce serait un peu court de s’arrêter là, surtout qu’une étude supplémentaire des mêmes auteurs et sur le même sujet apporte une lumière encore plus crue sur l’étendue de la supercherie qui s’est jouée au sujet de ces prêts dits toxiques.

Le mot « supercherie » n’est en effet pas de trop. Cette étude, disponible ici, a cherché à savoir si les politiciens locaux se sont effectivement faits rouler dans la farine en se faisant refourguer ces prêts, ou si, au contraire, ils ont pris les risques en toute connaissance de cause, en choisissant plutôt les bénéfices de court-terme en dépit des risques. Et, comme le lecteur régulier de Contrepoints et le moutontribuable, révolté mais lucide, peuvent s’en douter, la réponse est malheureusement sans équivoque : les évidences empiriques montrent que ces politiciens ont bel et bien choisi de façon habituelle (et probablement détendue) ces emprunts fort risqués à dessein, pour le gain politique, sans tenir compte des risques.

Mais le pire, c’est que, statistiquement, cette stratégie parfaitement éhontée a fonctionné : ces emprunts ont bel et bien aidé à leur réélection. On apprend en effet que sur les 300 plus grosses municipalités françaises, 72% ont utilisé ces prêts structurés complexes, dont 40% peuvent être classifiés de « toxiques » (i.e. pour lesquels le taux peut facilement atteindre les deux chiffres sur de longues périodes de temps, jusqu’à 30 ans). Et lorsque ces prêts ont été contractés, ils l’ont été pour aider à la baisse des impôts locaux, plutôt qu’à des investissements publics (et a contrario, bien sûr, d’une diminution des dépenses, qui aurait pu se traduire par la même baisse d’impôts).

Enfin, l’étude montre que ce sont aussi les politiciens les mieux éduqués, aux diplômes les plus élevés qui se sont lancés dans les opérations les plus risquées là où les responsables locaux de formations plus modestes se sont abstenus. Le syndrome énarchique semble avoir, là encore, frappé.

Rien que ces éléments devraient faire réfléchir plus d’un électeur lorsqu’il ira, ce dimanche, griller quelques calories par l’auguste mouvement du semeur de bulletin. Une réflexion qui devrait même largement le pousser à se demander combien de temps encore on va pouvoir le prendre ainsi pour un pigeon aussi facile à berner.

Moutontribuables, si vous avez choisi, encore une fois, d’adouber ce système, relisez bien ce billet. Repensez bien aux emprunts que ces élus vont faire sur votre dos, avec votre argent et celui de vos enfants. Rappelez-vous bien du cynisme qui les motive. Et surtout, après avoir glissé le bulletin, lorsqu’on apprendra que les élus ont, encore une fois, merdé, qu’ils ont, encore une fois, dépensé sans compter, qu’ils ont encore une fois trempé leurs gros doigts dans vos pots de confitures, encore une fois, encore une fois

… Ne venez pas dire que vous ne saviez pas. Vous aurez eu ce que vous méritez.

Les politiciens s'occupent à l'Assemblée


MAJ du 22.03.2015 à 17h30 : Une partie de l’édito a été modifiée : fondé sur une information du Figaro qui s’est révélée fausse, un paragraphe a été supprimé.