Pétrole : l’État non perdant à la baisse, gagnant à la hausse ?

L’État devrait pleinement bénéficier de la hausse du prix du baril. S’il remonte…

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Pétrole : l’État non perdant à la baisse, gagnant à la hausse ?

Publié le 20 mars 2015
- A +

Quelle chance que la baisse des cours du baril pour le consommateur… Mais après une baisse relative, celle-ci s’est arrêtée… alors qu’il n’a pas pu en profiter pleinement.
L’État, lui, est arrivé à maintenir ses recettes… : du 31 janvier 2014 au 31 janvier 2015, la part de la fiscalité est passée de 58% à 66% sur un litre de super 95 et de 50% à 60% sur un litre de gazole. Il devrait profiter pleinement de la hausse du baril (si/lorsqu’il remontera…)

Par Aymeric de Villaret.

pompe à essence credits Cobalt123 (licence creative commons)
pompe à essence credits Cobalt123 (licence creative commons)

Un cours du Brent en $ au même niveau qu’au 1er janvier 2015

Après avoir bien rebondi de ses plus bas, les cours du Brent viennent de rebaisser ces deniers jours (-9% en $ depuis le 3 mars). À noter le rebond du 18 mars associé à une baisse du dollar consécutive à la réunion de la Fed de ce même jour. Or cela revient à dire que nous sommes avec les cours actuels du Brent (55,9$ au 18 mars) aux mêmes niveaux qu’au début d’année ! (55,4$ au 2 janvier).

villaret6 19 mars 2015
Un Euro plus faible ! Depuis le 1er janvier, le dollar s’est raffermi de près de 11%.

En revanche, l’Euro s’est effondré par rapport au dollar

villaret7 19 mars 2015

Depuis le 1 janvier de cette année, le $ (monnaie de référence du pétrole) s’est raffermi par rapport à l’Euro de près de 11 %.

Des marges de raffinage en net progrès

Pendant ce temps les marges de raffinage ont continué à s’améliorer :

villaret8 19 mars 2015

Elles avaient été particulièrement affaiblies au T2 2014 par la hausse du cours du brut. La baisse de ce dernier a contribué en grande partie à l’amélioration. Notons, l’impact de la remontée du baril en février (provoquant un léger affaiblissement). Il n’en demeure pas moins qu’alors qu’elles étaient de l’ordre de 1,5$/baril en juin 2014, elles sont maintenant à 4,2$/baril.

Des marges de distribution d’une stabilité remarquable au cours du temps

La décomposition des prix hors taxes du super sans plomb 95 et du gazole montre que les marges de distribution ne sont qu’une partie infime du prix d’un litre de carburant

Villaret1 19 mars 2015
Comme le montrent les deux histogrammes ci-dessus, sur l’Eurosuper, les marges sont de l’ordre de 10cts/l et sur le Gazole, de l’ordre de 8cts/l. Ces marges au cours du temps sont d’une stabilité remarquable !

Villaret2 19 mars 2015

Alors que l’on peut considérer que les marges de distribution sont restées constantes, les prix à la pompe hors taxes (au 13 mars) depuis début janvier ont augmenté de 8,6% pour le gazole et de 8,6 % pour le super 95.

Évolution des prix à la pompe TTC

villaret3 19 mars 2015

Or les taxes sont très importantes à la distribution et comme on le constate en comparant les deux tableaux (HT et TTC) de l’évolution des prix, celles-ci sont nettement plus importantes sur l’essence. 66% de taxes sur l’essence et 60% sur le gazole ! Maintien du montant absolu des taxes sur un litre de carburant…

villaret4 19 mars 2015

Ces graphes présentés par l’UFIP (Union Française des Industries Pétrolières) le 10 mars 2015 sont particulièrement intéressants car illustrant bien, que dans la baisse des prix des carburants, l’Etat a bien su tirer son épingle du jeu : la baisse de la TVA sur le produit ayant été compensée par la hausse de la TICPE (Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Énergétiques).
Sur un litre de SP 95, alors que l’État touchait 0,86€ au 31/01/2014, il en touche 0,85€ au 31/01/2015. Pour le gazole, il est passé de 0,66€ à 0,67€. Et comme le volume de gazole vendu en France est nettement supérieur à celui de l’essence, il ne serait pas surprenant que les recettes, in fine, soient supérieures.

Hausse de la TICPE

L’UFIP, lors de sa conférence de Presse du 10 mars dernier, a bien détaillé cette hausse des taxes qui continuera sur 2016 et pénalisera surtout le gazole : 3cts de plus que l’essence en 2015 et 2016.

villaret5 19 mars 2015

Conclusion

Comme nous venons de le voir dans cette évolution du prix du baril à la baisse, l’État s’en sort particulièrement bien puisque malgré la baisse des prix, il a su compensé les moindres revenus sur la TVA par une hausse de la TICPE, hausse touchant principalement le gazole. Si l’on prend les dernières données disponibles pour les ventes des carburants à la pompe soit le 13 mars 2015, on peut constater que :

Des plus hauts du baril du 19 juin 2014 (Brent à 115,19$/b) au 13 mars 2015 (Brent à 54,67$/b)

  • Le Brent a chuté de 52,5% en dollar
  • Le dollar s’est raffermi de 28,7%, impliquant en € une baisse du Brent de 39%.
  • Les marges de raffinage se sont améliorées (mais elles étaient vraiment très basses)
  • Le montant des marges distribution sont restées globalement stables
    e. Le montant absolu des taxes sur 1 litre d’essence a baissé de 0,3 cts et celui sur le gazole a cru de 2,3 cts.
  • In fine, à la pompe TTC l’essence a baissé de 14,5 cts (-9,4%) et le gazole de 9,8 cts (-7,5%), alors qu’hors taxes, les baisses étaient en % de l’ordre de -19% pour tous les deux.

Du début de l’année 2015 (Brent à 55,4$) au 13 mars

  • Le Brent est quasiment stable en $
  • Du fait de la poursuite de la faiblesse de l’Euro, le Brent en € s’est raffermi de près de 12%
  • Les marges de raffinage se sont nettement améliorées alors que celles de la distribution sont stables
  • Le montant absolu des taxes sur 1 litre d’essence a cru de 1,8 cts et celui sur le gazole de 1,6 cts.

In fine, à la pompe TTC l’essence a vu son prix de 10,7 cts et le gazole de 9,7 cts/
Nous ne pouvons en conséquence qu’être inquiets de ce qui se passera si/lorsque le baril remontera car :
1) La composante matière première grimpera
2) La partie fiscale (élément majeur de ce que nous payons à la pompe) bénéficiera de :
a. La hausse de la TVA
b. La hausse d’ores et déjà programmée de la TICPE.
In fine, l’État n’a pas perdu de recettes avec la chute des prix du pétrole et en gagnera si/lorsqu’il remontera.

Il ne devait pas en être de même pour les raffineurs car ceux-ci sont régulièrement impactés négativement en période de hausse du baril.

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  • Les autres pays de la zone euro n’ont sans doute pas effacé autant cette baisse, et ils auraient donc gagné en compétitivité relativement à la France.

  • C’est bon de rouler au GPL… 🙂

    • c est vrai que le GPL est très peu taxé ..
      Mais si les français roulaient plus au GPL, peut être que cela changerait …. (le montant des taxes).

    • c’est encore meilleur de ne pas rouler du tout , reposant et libérateur 🙂

  • Quand et si l ‘Iran dans les mois qui viennent sort de l’embargo et pompe qq millions de barils supplementaires sur le marché un prix de 30$ n’est pas impossible soit son prix en 1981 que sera alors le poctionnement de l’etat sur les carburant ??

    • Après la levée éventuelle de l’embargo, il parait possible d’escompter un début de montée en production de la production manquante (env. 1 Mb/j) au T4 2015.
      Toute la production « manquante » serait alors restaurée vers le T2 2016, soit dans un an.
      Bien sûr, il y a aura (il y a d’ailleurs déjà eu en partie), l’effet d’annonce de la levée.
      Difficile de l’estimer, car les discussions sont déjà en partie intégrées par les marchés, mais il parait peu probable que l’Iran tout seul fasse tomber le baril à 30$.
      N’oubliez pas qu’à coté, la hausse de production d’huile de schiste américaine commence à fléchir et l’EIA prévoit même déjà une stabilité de cette dernière en avril 2015

  • Le ratio 66/34 donne 194% de taxes sur le SP95 : le monde merveilleux de l’Obèse déposant son auguste fessier sur les cohortes de sans-dents.

  • Le montant des taxes peut se discuter mais faut arrêter le monde des bisounours, quel pays produisant très peu de pétrole le taxerai à très faible taux?

    • Les États-Unis qui importent du pétrole, puisqu’ils consomment nettement plus qu’ils ne produisent. En 2014, ils ont produit 11,8 Mb/j et consommé 19,1 Mb/j. Ainsi, c’est plus de 7 Mb/j de pétrole qu’ils ont importé.
      Ces 7 Mb/j ne sont pas loin de ce qu’on consommé les 5 principaux pays européens (Allemagne, Royaume Uni, France, Italie et Espagne) à 8 Mb/j.
      Malgré cela, sur un litre d’essence, les taxes sont de 20 % et sur un litre de gazole de 16%.
      Rappelons qu’en France, ce sont 66% et 60%.

    • raphy: « quel pays produisant très peu de pétrole le taxerai à très faible taux? »

      Un pays doté d’un état au service de ses citoyens et non pas l’inverse.

  • Le ratio import/export des USA reste quand même sans commune mesure par rapport à la France qui est dépendante à quasiment 100% des importions pour sa consommation de pétrole et de gaz.Au niveau des coûts d’achat brut en revanche les USA ont un pourcentage plus élevé que la France mais la part distribution et marketing semble plus élevée pour les USA.il serait utile de savoir si une future exploitation des hydrocarbures non conventionnels en France aplanirait de façon significative la part de taxation qui revient à l’ Etat.

    • raphy: « aplanirait de façon significative la part de taxation qui revient à l’ Etat. »

      L’état va emprunter 45% de son budget en 2015, il est au abois et va tel un cancer taxer tout ce qui marche encore pour survivre.

  • Positivons un peu 🙂 soit mais toute diminution de taxes serait bonne à prendre, après au niveau du budget de l’ Etat c’ est un autre problème

    • Le budget de l’Etat, c’est le problème.

      • C’ est un problème majeur mais ce n’est pas celui qui va tout régler aux niveaux des hydrocarbures

        • Mis à part le niveau délirant des taxes pour financer l’Obèse glouton, y a-t-il un autre problème, question hydrocarbures ?

          • Baisser les taxes brutalement sans exploiter le gaz de schist n’ est pas réaliste France vu sa dépendance à l’import

            • Raison de plus pour au moins laisser la recherche regarder le potentiel du bassin minier français en ressources d’hydrocarbures non conventionnels.

              Rappelons l’article 2 de la loi de juillet 2011, validée en octobre 2013 par le Conseil Constitutionnel :
              « Il est créé une Commission nationale d’orientation, de suivi et d’évaluation des techniques d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux. Elle a notamment pour objet d’évaluer les risques environnementaux liés aux techniques de fracturation hydraulique ou aux techniques alternatives. Elle émet un avis public sur les conditions de mise en œuvre des expérimentations, réalisées à seules fins de recherche scientifique sous contrôle public, prévues à l’article 4. Cette commission réunit un député et un sénateur, désignés par les présidents de leurs assemblées respectives, des représentants de l’Etat, des collectivités territoriales, des associations, des salariés et des employeurs des entreprises concernées.  »
              Et l’article 4 ;
              Le Gouvernement remet annuellement un rapport au Parlement sur l’évolution des techniques d’exploration et d’exploitation et la connaissance du sous-sol français, européen et international en matière d’hydrocarbures liquides ou gazeux, sur les conditions de mise en œuvre d’expérimentations réalisées à seules fins de recherche scientifique sous contrôle public, sur les travaux de la commission nationale d’orientation, de suivi et d’évaluation créée par l’article 2, sur la conformité du cadre législatif et réglementaire à la Charte de l’environnement de 2004 dans le domaine minier et sur les adaptations législatives ou réglementaires envisagées au regard des éléments communiqués dans ce rapport.  »
              Cette Commission n ‘a jamais été créée et il n ‘y a jamais eu de rapport.

              Commençons donc à appliquer la loi. Nous connaîtrons mieux le potentiel français.

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