Pourquoi l’Arabie saoudite n’abandonnera pas le dollar pour le yuan

Le yuan n’est pas une alternative au dollar américain en raison des contrôles de capitaux, des prix fixes et de l’agressivité de la politique monétaire de la Banque populaire de Chine.

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yuan-David Dennis- (CC BY-SA 2.0)

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Pourquoi l’Arabie saoudite n’abandonnera pas le dollar pour le yuan

Publié le 2 avril 2022
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Par Daniel Lacalle.

De nombreux articles mentionnent que l’Arabie Saoudite pourrait utiliser le yuan, la monnaie nationale chinoise, pour ses exportations de pétrole.

Combien l’Arabie Saoudite exporte-t-elle vers la Chine ?

Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques, les principales exportations du royaume sont destinées à la Chine (45,8 milliards de dollars), à l’Inde (25,1 milliards de dollars), au Japon (24,5 milliards de dollars), à la Corée du Sud (19,5 milliards de dollars) et aux États-Unis (12,2 milliards de dollars). Les exportations de pétrole brut ont atteint 145 milliards de dollars au total.

L’Arabie Saoudite est le premier exportateur mondial de pétrole avec 145 milliards de dollars, et la Chine le premier acheteur avec 204 milliards de dollars, selon les chiffres de 2019.

Les comptes publics de l’Arabie Saoudite sont exemplaires. D’un déficit de 4,8 %, le royaume prévoit un excédent en 2022, et son ratio dette publique/PIB (produit intérieur brut) est de 30,8 %, l’un des plus bas au monde.

L’Arabie saoudite a-t-elle besoin d’utiliser le yuan ?

Non. Ses réserves de devises étrangères, or compris, s’élevaient à 472,8 milliards de dollars en 2020, malgré l’effondrement des exportations et de la demande de pétrole dû à la pandémie.

Est-elle soumise à une quelconque pression pour changer de monnaie ?

Encore moins. Ses réserves couvrent confortablement sa dette extérieure, ce qui lui confère un niveau de stabilité enviable par rapport à d’autres nations de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) qui ont d’importants déficits commerciaux et budgétaires.

Que gagnerait l’Arabie Saoudite à utiliser le yuan ?

Pas une augmentation des exportations vers la Chine. La Chine a davantage besoin de ses importations de pétrole que l’Arabie Saoudite n’a besoin de la monnaie nationale chinoise. Il n’existe aucune preuve réelle que les exportations vers la Chine diminueraient si l’Arabie saoudite continuait à utiliser le dollar américain.

L’utilisation du yuan dans les transactions mondiales est très limitée. Sur la base des chiffres compilés par la Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunications, Bloomberg a noté que « l’activité du renminbi, comme on l’appelle également, a atteint son deuxième niveau le plus élevé en 2021 ». Toutefois, cela représente une part obstinément modeste de 2,7 % du marché contre 41 % pour le dollar, qui occupe la première place depuis des décennies. L’euro est utilisé dans 36,6 % des transactions mondiales, la livre sterling dans 5,9 % – plus du double de l’utilisation du yuan, bien que le Royaume-Uni soit une économie beaucoup plus petite – et le yen japonais est utilisé autant que le yuan, à 2,6 %.

Plus important encore, malgré la forte augmentation de l’importance de l’économie chinoise à l’échelle mondiale, l’importance du yuan en tant que monnaie s’est à peine améliorée par rapport à son point haut de 2015, où il a atteint la quatrième place.

Pourquoi le yuan n’est-il utilisé que dans 2,7 % des transactions mondiales alors qu’il représente 14 % du PIB mondial, et que s’est-il passé en 2015 ?

Le yuan est la seule monnaie émise par un leader économique mondial qui dispose de contrôles des capitaux et de prix fixes. En tant que tel, tout détenteur de la monnaie chinoise est confronté à la menace constante d’une dévaluation brutale et à l’impossibilité d’utiliser librement la monnaie dans les paiements.

Et c’est exactement ce qui s’est passé en 2015. La banque centrale chinoise a annoncé une dévaluation agressive.

Le yuan n’est pas une alternative au dollar américain en raison des contrôles de capitaux, des prix fixes et, pire encore, parce que la politique monétaire de la Banque populaire de Chine est encore plus agressive que celle de la Réserve fédérale. L’expansion de la masse monétaire en Chine a été plusieurs fois supérieure à celle des États-Unis pendant deux décennies, avec une demande mondiale de yuan nettement inférieure.

Il convient également de noter que même les grandes compagnies pétrolières chinoises privilégient le dollar américain pour les transactions internationales. En examinant l’intérêt ouvert de l’indice des matières premières de Shanghai, appelé indice du petroyuan, nous pouvons constater que l’utilisation du yuan dans les transactions pétrolières mondiales est extrêmement limitée.

Les réserves d’or apparemment importantes de la Chine représentent moins de 0,3 % de sa masse monétaire (M2) et ses réserves en dollars américains, sans aucun doute importantes, de 3 350 milliards de dollars, couvrent à peine ses engagements en devises.

Si les producteurs de pétrole et de matières premières d’autres pays, en particulier d’Amérique latine, ont accepté la monnaie chinoise dans le passé, c’est en raison des importants engagements de dette qu’ils ont contractés auprès du géant asiatique, et non pour des raisons pratiques d’utilisation de la monnaie de réserve.

Tout producteur de matières premières qui accepte le yuan au lieu du dollar américain doit savoir que les contrôles des capitaux et la fixation des prix sont des menaces très importantes, et rien n’indique vraiment que la Banque populaire de Chine va changer quoi que ce soit.

La réalité est que le yuan présente tous les éléments négatifs des monnaies fiduciaires – impression massive, absence de soutien réel, incitation de la banque centrale à éroder le pouvoir d’achat – et aucun des avantages du dollar, de l’euro et de la livre – libre fluctuation des prix, sécurité juridique et des investisseurs, et système financier ouvert.

L’Arabie Saoudite pourrait utiliser un peu de yuan dans ses exportations de pétrole, mais la réalité est qu’aucune monnaie fiduciaire avec contrôle des capitaux n’est une véritable alternative aux autres monnaies fiduciaires et que l’avènement des monnaies numériques des banques centrales rend cette différence plus significative. Les monnaies numériques des banques centrales sont une surveillance déguisée en monnaie, et les risques d’impression massive, d’érosion du pouvoir d’achat et de contrôle des transactions sont beaucoup plus importants que sous les monnaies traditionnelles.

L’Arabie Saoudite pourrait se réfugier dans l’or ou les crypto-monnaies pour échapper à la machine à imprimer la monnaie. Mais elle ne remplacera guère une monnaie fiduciaire fortement imprimée mais ouverte et sûre, le dollar américain, par une monnaie fermée et moins sûre.

Traduction Contrepoints.

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  • En résumé, l’Arabie Saoudite a intérêt à faire payer ses exportations de pétrole avec une des monnaies bénéficiant des avantages mentionnés ici, soit en dollars, en euros, ou en livres.
    Bien, ok.
    Dans ces conditions, je ne comprends pas le litige actuel portant sur le paiement des exportations de gaz russe vers l’Europe, dans lequel la demande de la Russie (et le refus de l’Europe) sont exactement inverses au cas saoudien expliqué ici.

  • La monnaie, c’est un point, mais les tuyaux par lesquels circule cette monnaie, c’en est un autre. En bloquant l’accès russe au système SWIFT, on a montré qu’il était dangereux d’avoir toujours les mêmes « fournisseurs
    /clients » à contrôler la monnaie et les tuyaux, et l’intérêt de se diversifier en la matière.

  • La monnaie choisie pour un échange est le résultat d’un accord entre le vendeur et l’acheteur. Sur le principe c’est faisable. Mais, en pratique tout ce passe en dollar car ça simplifie beaucoup les échanges pour plusieurs raisons:

    – le fait de tout indexer sur le dollar permet de s’affranchir des nuisances des variations de change.
    – le dollar est une monnaie trés liquide, on peut en acheter ou en vendre 1 milliards d’un coup sans que l’offre demande ne fasse bouger les cours) .
    – permets de limiter le nombre de devises dans les réserves de change et par conséquent évite d’exposer ces réserves aux fluctuations.

    Du coup tout le monde en utilise et tout le monde en a des ses réserves, en nouvelle zelande comme au canada .

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