Climathon, semaine 11 : climat-réalité

Tout au long de l’année 2015, le climathon récompense chaque semaine la plus belle pièce de propagande climatique de la semaine écoulée.

Par Benoît Rittaud.

Like credits Luca Sartoni  (CC BY-SA 2.0)
Like credits Luca Sartoni (CC BY-SA 2.0)

 

Le jury souhaite tout d’abord faire part de sa grosse déception : le site de la COP21, c’est-à-dire de la conférence des parties qui aura lieu à Paris à la fin de l’année, se révèle d’une bien piètre assistance pour trouver des vainqueurs potentiels. Voyez en effet cette capture d’écran du site, réalisée hier dimanche :

SiteCOP21 / Illustration Benoits Rittaud article 17 mars 2015

Comme vous le constatez, tout est en anglais, si bien que rien de ce qui apparaît n’est exploitable pour notre francophone climathon. Si vous cliquez sur l’une ou l’autre de ces actualités, vous arrivez directement sur tel ou tel site anglophone tel que le Guardian. Simple site de renvoi vers des articles pêchés ailleurs, le site officiel de la COP21 n’est donc pas, pour l’instant, une référence digne de ce nom pour le climathon. C’est d’autant plus regrettable que, une fois encore, les occasions de s’émerveiller devant les efforts des compétiteurs francophones ne manquent pas. Ainsi de Laurent Fabius, ministre français des affaires étrangères, qui a tenté une nouvelle fois d’inscrire dans le vocabulaire officiel la confusion entre la météo et le climat en proposant, dans une récente allocution consécutive au passage du cyclone Pam, de constituer un dispositif de prévention des catastrophes naturelles appelé « alerte catastrophe climatique ». Le ministre fait ainsi un pas de plus vers cette définition qui figurera peut-être dans le dictionnaire dans quelques années :

« CLIMAT n. m. (lat. clima, inclinaison, mot gr.). Ensemble des phénomènes météorologiques défavorables qui se produisent ici ou là sur la planète.

• Parfois écrit avec une majuscule, le climat est en général considéré comme la conséquence des péchés de l’humanité. »

Le vainqueur de la semaine

Dans les émissions de télé-réalité, les téléspectateurs sont invités à voter pour choisir le candidat qui a leurs faveurs. L’initiative My Positive impact, annoncée en fanfare cette semaine, réinvente le concept en lui donnant la hauteur morale qui lui manquait : « On like souvent des choses futiles, pourquoi pas liker utile ? », demande ainsi (sur Libé) l’auteur de cette brillante initiative, Nicolas Hulot, vainqueur facile de cette semaine. Concrètement, les candidats gagnants, désignés sur une base régulière et choisis parmi les humbles (i.e. les petites structures sauveuses de planète), se verront attribués des « espaces médiatiques », tout comme en ont bénéficié en leur temps les Nabilla, Loana et autres Ayem. Après le succès de Nouvelle star et des Anges de la téléréalité, l’ancien présentateur vedette de TF1 ne pouvait pas laisser passer le train, d’autant que, selon ce qu’il explique à l’Express :

« [A]vec la COP 21, nous travaillons sur une tout autre échelle. Il s’agit d’un enjeu majeur qui concerne – n’ayons pas peur des mots – l’avenir de l’humanité. »

Dans cette même interview où il déclare « Ne mélangeons pas tout », Nicolas Hulot ajoute :

« Les projections établissent qu’un réchauffement au-dessus de 2 degrés entraînera le déplacement de 250 à 500 millions de personnes après 2050. Dans un monde sédentaire où chacun s’arc-boute sur ses frontières, ce n’est évidemment pas un facteur de paix. Voyez déjà les tragédies qu’occasionnent, au large de l’Italie, les flux migratoires ! Cela provoquera inéluctablement des inégalités, des frustrations, du terrorisme. »

Le déjà brillant vainqueur de la semaine 7 n’a donc vraiment pas peur des mots. En s’imposant en patron une nouvelle fois, Nicolas Hulot accède au statut de postulant sérieux au titre de champion d’hiver.


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