Le FN grimpe ? Vite, désenclavons les campagnes !

téléphones credits dan brady (licence creative commons)

Les élections départementales arrivent à grandes enjambées vigoureuses. Il n’est donc pas étonnant que le premier ministre batte le terrain afin de mobiliser les esprits, aussi peu discrètement que possible. Après tout, ce n’est pas la première fois que le chef du gouvernement part ainsi en campagne pour son camp aux frais du contribuable. Et quoi de mieux, lors d’une campagne, d’ouvrir en grand les robinets à champagne ?

C’est donc entre deux petites piques vengeresses contre un Front National de plus en plus gênant pour lui que Manuel Valls a décidé de s’exprimer dans les campagnes françaises sur la ruralité, les services publics et le sentiment d’abandon (qui est – je suppose – à l’abandon ce que le sentiment d’insécurité est à l’insécurité). Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est pas facile de se faire entendre par dessus la tornade frontiste qu’il a lui-même déclenchée en appelant, en bon démocrate cohérent, à stigmatiser un parti représentant maintenant à peu près 30% des votants, puis en faisant une publicité un peu étrange aux agitations micrométriques d’un maire du parti qu’il redoute par dessus tout.

valls a peur du FN

Et quelque part, c’est dommage.

C’est dommage, bien sûr, qu’il montre à ce point son désarroi et sa précarité intellectuelle devant la popularité croissante du Front National, ce qui a l’effet exactement inverse de ce qu’il semble rechercher.

Mais, plus à propos, c’est surtout dommage qu’on n’entende pas mieux le petit air de flutiau que le premier ministre a joué ces derniers jours pour tenter de convaincre qu’il allait fermement mugir agir dans nos campagnes.

Car c’est accompagné – en bus, youkaïdi, youkaïda – par une sacrée brochette de ministres que le Premier d’entre eux s’est rendu à Laon (dans l’Aisne) pour un comité interministériel sur les campagnes françaises au cours duquel il a présenté toute une batterie de mesures qu’il entend mettre en œuvre afin de désenclaver les zones rurales du pays et lutter contre les déserts médicaux, les difficultés d’accès aux services publics, et les problèmes de sentiment d’insécurité.

Pour cela, Manuel Valls a confirmé plusieurs choses, avec d’une part l’étonnant maintien de quelques 871 stations-service dans les zones rurales parce que le Service Public d’Accès Au Pétrole et Au Regonflage de Pneus ne peut pas souffrir d’un maillage trop lâche du territoire, l’autonomie des voitures actuelles ne permettant pas toujours de rallier facilement une station.

D’autre part, le premier ministre a garanti la mise en place d’ici fin 2016 d’un millier de maisons de services publics où seront regroupés différents organismes tels qu’EDF, GDF, la Caisse d’allocations familiales et Pôle Emploi (c’est un triplement de leur nombre par rapport à aujourd’hui). L’idée, aussi simple que pas coûteuse (puisque c’est l’État qui paye, donc vous) est d’éviter que les citoyens ne s’épuisent en déplacements pour leurs démarches administratives, d’autant qu’à force de se déplacer, on pourrait risquer de tomber à court de pétrole (ce qu’entend éviter la trame fine de stations qu’entend faire conserver notre judicieux chef de gouvernement). Au passage, pour éviter tout mal de tête, on ne notera pas que ces déplacements seraient en quantité réduits à leur portion congrue si ces administrations faisaient correctement leur travail en premier lieu, et si, en outre, elles offraient une réelle facilité d’accès en ligne ce qui est très loin d’être le cas. Passons.

mst smallAutre idée géniale de la part, cette fois-ci, de Marisol Touraine qui pète la forme avec sa Loi Santé et ne voulait probablement s’arrêter en si bon chemin : grâce à un mécanisme de bourses qui ne coûtera rien parce que c’est l’État qui paye, elle compte inciter 1500 jeunes médecins à exercer dans les campagnes d’ici 2017. La planification et la collectivisation du système de santé continue donc de bon train, ce qui promet de grands succès comme l’ont toujours prouvé les expériences similaires partout ailleurs.

Plus intéressant encore, Manuel Valls a décidé de lutter contre la mauvaise couverture en téléphonie mobile de certaines zones campagnardes, et surtout en matière de haut débit. Il semble en effet que le contribuable doive être mis à contribution pour assurer que tout le monde, partout en France, puisse consulter Facebook et Youtube avec un débit raisonnable, l’internet sur ADSL de base ne permettant plus l’accès aux services essentiels des administrations, apparemment gourmandes en bande-passante avec leurs trop nombreux Cerfas obèses (?). Pour cela, et parce que nous sommes en Socialie où les idées sont si bonnes qu’elles deviennent obligatoires, il a déclaré vouloir contraindre les opérateurs de télécommunications à mieux couvrir le territoire rural et éviter ces zones blanches. Cette contrainte est même assortie d’un délai :

« Toutes les zones blanches doivent avoir disparu dans 18 mois. »

Parce que, comprenez-vous, « la fracture territoriale, c’est aussi la fracture numérique » dont la définition n’arrête pas d’évoluer au rythme des technologies, ce qui est fort pratique pour décréter, un petit matin de mars, qu’il faut que tout le monde dispose de la 2G partout en France. À la décharge du contraignant ministre, les opérateurs télécoms n’ont toujours pas rempli la mission qui leur avait été assignée en 2010 et qui les engageait à donner l’accès au réseau 3G à 3900 communes (dont plus de 3000 en zone blanche).

technology

Bien entendu, personne ne s’est posé la question de savoir pourquoi, justement, les zones blanches n’ont pas été couvertes depuis, alors que dans le même temps, la couverture mobile n’a pas cessé de croître sur toute la planète, y compris dans les pays où le niveau de vie moyen laisse pourtant à désirer. Probablement, personne ne veut entendre que le marché télécom français est complètement cartélisé. Personne ne voudra évoquer le prix inouï des licences d’opérateurs, qui impacte très clairement les décisions de ces derniers. Personne n’imaginera non plus que le téléphone filaire, longtemps défendu bec et ongle par un monopole d’État puis un France Télécom d’une souplesse discutable, n’a pas joué un rôle frein dans cette histoire. Et personne ne voudra se rappeler que cette contrainte de fournir à tous un niveau de service décidé arbitrairement finira forcément par être facturé à quelqu’un, et que, magie du socialisme, ce quelqu’un ne sera pas celui qui l’utilisera.

Tout, donc, ira comme sur des roulettes. Puisque le gouvernement l’a décidé, ne vous inquiétez pas, comme l’a promis Axelle Lemaire, la frétillante secrétaire d’État au numérique, « En 2022, la France sera totalement connectée au très haut débit ». Les citoyens ne peuvent pas s’organiser par eux-mêmes, et s’ils le pouvaient, ils n’en auraient pas le droit, puisque l’État va s’occuper de tout. Il n’y aura aucune surprise budgétaire, il n’y aura aucun problème technique, son intervention se passera pour le mieux et aboutira à un succès retentissant, forcément.

Et forcément, toutes ces belles promesses, ces petits coups de menton et ces gesticulations campagnardes au frais de la princesse (vous, donc), grâce auxquelles on désenclavera (importance du futur, ici) à tour de bras de la campagne reculée, toutes ces contraintes et toutes ces décisions de dernières minutes n’ont rien à voir avec l’élection approchante, celle qui promet de fracasser le pays sur des heures vachement trop sombres.

Forcément, les Français seront dupes. Forcément, ça va bien marcher. ♫♪ Musique ! ♪♫
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