Sanctions contre la Russie : la pantalonnade ne fait plus rire personne

Vladimir Poutine (Crédits Bohan_伯韩 Shen_沈, licence Creative Commons)

De toute évidence, sur le plan militaire, mais aussi diplomatique, c’est bien Vladimir Poutine qui mène la danse face à l’Ukraine et aux Européens.

Par Damien Dorokhine.

Vladimir Poutine (Crédits Bohan_伯韩 Shen_沈, licence Creative Commons)
Vladimir Poutine (Crédits Bohan_伯韩 Shen_沈, licence Creative Commons)

 

Il y a un peu plus d’un an, l’annexion de la Crimée par la Russie créait un traumatisme dont l’Europe a encore du mal à se remettre. La situation en Ukraine s’est depuis détériorée et une issue pacifique semble inatteignable. En conflit avec la Russie, l’Europe a fait le choix des sanctions économiques. Sans succès probant jusqu’à présent. Celles dirigées contre des personnalités sont dérisoires, tandis que celles visant directement l’économie russe ont prouvé la désunion de l’Europe en matière de politique étrangère.

De toute évidence, sur le plan militaire, mais aussi diplomatique, c’est bien Vladimir Poutine qui mène la danse face à l’Ukraine et aux Européens. Depuis un an, le maître du Kremlin navigue à sa guise et avance ses pions comme sur un jeu d’échecs. Ses adversaires, principalement Angela Merkel et François Hollande, ne sont simplement pas à la hauteur. L’Europe et les Occidentaux ont été incapables de prévoir le soulèvement de Maïdan, d’empêcher l’annexion de la Crimée, de prévenir les affrontements dignes d’une guerre civile dans le Donbass, et de s’opposer efficacement au président russe qui tire les ficelles.

À Minsk, en février, la chancelière allemande et les présidents français, ukrainien et russe se sont retrouvés pour signer un cessez-le-feu dans l’est de l’Ukraine où les pertes humaines sont très importantes. Ils s’étaient déjà prêtés à cet exercice en septembre, toujours à Kiev. Sitôt ratifié, l’accord avait été piétiné par les séparatistes, plus que probablement soutenus par le Kremlin. Aujourd’hui, la situation n’est guère différente. La semaine suivant le cessez-le-feu, les séparatistes ont gagné une nouvelle ville stratégique, leur permettant d’espérer conquérir le port de Marioupol sur la mer Noire.

Face à cela, les dirigeants européens ne peuvent que constater leur impuissance. À l’automne pourtant, ils s’étaient entendus pour infliger des sanctions économiques à la Russie. Frappé de plein fouet, le pays a vu ses revenus s’effondrer, provoquant le début d’une déroute boursière. Certes l’Europe était touchée par des dommages collatéraux : certains États membres commercent intensivement avec la Russie, mais le choc était amorti par le Marché intérieur. Or depuis, les Européens ont relâché leur étreinte, permettant à Moscou de souffler. La faute à la désunion chronique des 28.

Nombreux sont les pays frileux au sein de l’Union européenne, fort peu enclins à entrer en conflit frontal avec une autre puissance, et surtout pas la Russie. C’est notamment le cas de l’Autriche. D’autres sont nerveux à l’idée de voir le robinet du gaz coupé. La Bulgarie, totalement dépendante de l’énergie russe, se trouve dans cette situation. Et, peut-être surtout, la Hongrie, qui incarne l’avant-poste russe en Europe. Le Premier ministre, Viktor Orban, se revendique en effet du style poutinien pour gouverner le pays.

Quant aux sanctions européennes dirigées contre des personnalités, comprenant gels des avoirs et interdictions de circuler en Europe, elles sont proprement dérisoires. Touchant très rarement des hommes réellement proches du Kremlin, elles n’ont aucune incidence sur la stratégie de Vladimir Poutine. Surtout que l’établissement même des listes de personnalités visées peut se révéler douteux. Oleksandr Klymenko, ancien ministre de Viktor Ianoukovitch, en a récemment fait les frais. Frappé par ces sanctions européennes, la Cour de justice Pechersky de Kiev a reconnu qu’il avait été victime de diffamation de la part de l’administration ukrainienne. Son seul tort, qu’il ne saurait nier, ayant d’avoir été membre du gouvernement du président déchu – tort qui ne doit pas être si grave, puisqu’il est partagé par Petro Porochenko, actuel président du pays.

Par conséquent, l’Europe se trouve au pied du mur sur le plan diplomatique. La dernière proposition du président de la Commission, Jean-Claude Juncker, de créer une armée européenne est aussi lointaine qu’improbable, pour ne pas dire risible. Pragmatisme, efficacité et résolution devront animer les relations extérieures européennes à l’avenir, si l’UE souhaite faire entendre sa voix dans ce dossier de façon constructive. C’est à dire autrement qu’en affirmant son caractère désuni d’une part, autrement qu’en s’en prenant aux mauvaises cibles d’autre part : une population russe innocente paupérisée malgré elle, et d’anciens ministres ukrainiens qui se demandent ce qu’ils viennent faire dans ce dossier.