Les Pays-Bas : un modèle pour Marisol Touraine

Marisol Touraine (Crédits : tendencies Creative Commons)

Équilibre financier, libération des besoins de santé, qualité des soins, qu’attendons-nous pour copier la politique de santé des Pays-Bas ?

Par Bernard Zimmern

Marisol Touraine (Crédits : tendencies Creative Commons)
Marisol Touraine – Crédits : Laurent Guedon (CC BY-SA 2.0)

 

Nous le savons intuitivement, la santé française va dans le mur : les déficits s’accumulent, représentant plus du tiers du déficit public, les prélèvements ne cessent de croître (pensons seulement à la CSG et la CRDS), les remboursements diminuent et pourtant les moyens ne suivent pas, avec des urgences de plus en plus encombrées, des médecins généralistes payés à l’heure la moitié d’un plombier ou d’un serrurier et Marisol Touraine nous annonçant une réduction de 22.000 soignants dans les hôpitaux.

Pourquoi s’intéresser à la politique de santé française ?

Depuis des années, les ministres de la Santé se suivent et les réformes reculent par manque de courage politique peut-être, mais d’abord par manque d’une vision d’ensemble.

Courage politique, certes ; on sait que la charge financière des hôpitaux publics est le grand boulet de la santé en France avec des coûts doubles ou triples de ceux des cliniques privées, avec pourtant des productions très similaires en volume et qualité. Cet écart trouve son origine dans la multiplication au sein des hôpitaux publics des personnels non opérationnels (administratifs, etc.) dont le nombre dépasse celui des opérationnels (infirmières, aides-soignants, médecins). Mais ils constituent, comme dans le reste de la fonction publique, une base syndicale redoutable.

Depuis des années, on nous assure qu’il y aura convergence entre tarifs des hôpitaux publics et hôpitaux privés, mais chaque gouvernement recule devant l’échéance et le gouvernement socialiste, dont cette base syndicale est pourtant l’une des bases politiques, a renvoyé ce projet aux calendes grecques.

Ce qui est moins visible, c’est la dégradation de la santé en France, car pendant longtemps le pays a bénéficié de l’un des meilleurs systèmes de santé au monde avec des médecins remarquablement formés, notamment à travers l’internat. Mais ceci devient de moins en moins vrai. Nos meilleurs médecins font comme les footballeurs ou les grands artistes : ils émigrent vers des pays plus intelligents sur le plan de la taxation et de l’accueil faits à la réussite, comme la Grande-Bretagne ; ou bien ils partent faire leurs études aux États-Unis et y restent.

La propagande syndicale veut encore nous faire croire que la santé est un point fort en France, en s’appuyant sur la durée moyenne de vie ; mais c’est un indice comme un autre, dont d’ailleurs l’amélioration a été pendant longtemps davantage due à la réduction de la mortalité infantile qu’à l’allongement de l’espérance de vie. Cette durée de vie est moins élevée aux États-Unis du fait de l’immigration, et des habitudes alimentaires conduisant à l’obésité et aux maladies qui en découlent.

Quelles alternatives à la politique de santé française ?

Pays Bas rené le honzecC’est pourquoi il nous a paru important, au sein d’IMPACTENT1, de faire le point des politiques de santé en France et de montrer qu’il existe une alternative à continuer de poser des rustines sur un système parvenu à bout de souffle, que d’autres pays, affrontant les mêmes défis, ont eu le courage politique d’opérer des réformes fondamentales.

Les regards se portent souvent sur des pays comme la Nouvelle-Zélande, mais c’est un pays de 4,5 millions d’habitants, situé aux antipodes, dont ni la culture, ni la superficie, ni l’économie ne trouvent leur transposition en France. Nous aurions pu aussi prendre comme modèle la Suisse dont le système est très performant, mais la Suisse, bien qu’étant un pays moins petit que la Nouvelle-Zélande, est très loin de la France par son niveau de développement économique, son PIB par habitant étant d’environ 82.000 $ contre 44.000 pour la France. Nous aurions aussi pu prendre comme modèle l’Allemagne, mais le modèle allemand est complexe du fait de l’existence des Länder.

C’est à Gérard Dosogne que nous devons de pouvoir présenter le modèle néerlandais ; il maîtrise cette langue difficile et a donc pu s’alimenter aux sources. L’avantage du modèle néerlandais, comme les développements dans cette rubrique le montreront, est qu’il s’agit d’un pays davantage comparable à la France (population 17 millions contre 63), qui garde de son implantation au cœur de l’Europe des attaches historiques profondes avec notre pays.

D’un système avec payeur centralisé identique à celui de la CNAM, il a su faire sa mutation en un pays à payeurs multiples, condition d’un marché concurrentiel de la fourniture de soins, elle-même condition de l’amélioration de leur efficacité. Mais il a su le faire en évitant les excès que l’on attribue à la concurrence sauvage en canalisant cette concurrence, en protégeant les plus faibles et en recentrant l’État sur son rôle de contrôle.

Résultats aujourd’hui :

  • Le régime de santé des Pays-Bas est repassé à l’équilibre financier et est même bénéficiaire ;
  • Pourtant, la libération du carcan du payeur unique s’est traduite par une augmentation des dépenses totales de santé par habitant et donc de l’emploi ;
  • Les Hollandais sont en tête de la qualité européenne des soins, au classement Eurohealth Consumer Index 2013, devant la Suisse et loin devant la France ;
  • Et les enquêtes OCDE annoncent près de 10% de besoins insatisfaits pour les plus pauvres en France en 2011 contre environ 2% aux Pays-Bas, donc un système hollandais beaucoup plus égalitaire que le français.

Équilibre financier, libération des besoins de santé, qualité des soins, système plus égalitaire, qu’attendons-nous pour copier le système hollandais et rendre notre système de santé beaucoup plus efficace par l’introduction de payeurs multiples au lieu d’un payeur unique, même si celui-ci reste le véhicule de paiement pour certaines maladies ou certains publics ?


Sur le web.

  1. IMPACTENT est la dernière association créée par Bernard Zimmern, déjà à l’origine de l’iFRAP, de l’IRDEME ou d’Emploi 2017. Elle est constituée de chefs d’entreprises dégagés de la pression journalière.