Grèce : premières émeutes après l’élection de Syriza

Le nouveau gouvernement grec vient déjà de connaître ses premières émeutes urbaines.

Par Dimitri Anagnostaras, depuis Athènes, Grèce.

Tsipras credits Lorenzo Gaudenzi (CC BY-NC-ND 2.0)
Tsipras credits Lorenzo Gaudenzi (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Les étudiants de la faculté d’architecture d’Athènes ont eu vendredi dernier la bonne surprise de découvrir, avant leur examen d’histoire de l’art, des restes calcinés de voiture, à la suite des premières émeutes urbaines depuis l’élection du nouveau gouvernement.

Pour les activistes d’extrême-gauche, la lune de miel avec le nouveau gouvernement n’aura donc pas duré plus de deux mois. Le parti ΑΝΤΑΡΣΥΑ, groupuscule d’extrême-gauche ayant occupé la place laissée vacante par la transformation de Syriza en parti de gouvernement, avait organisé une manifestation contre la signature par la Grèce d’un nouveau mémorandum.

La police étant critiquée dans la rhétorique d’extrême-gauche de Syriza comme une force du pouvoir, les policiers sont restés à bonne distance. Pourquoi iraient-ils risquer leur vie pour un ministre de l’Intérieur qui veut leur retirer leur arme lorsqu’ils font face à des manifestations et dont le fils est en prison pour avoir braqué une banque ?

voiture brûlée credits Dimitri Anagnostaras (tous droits réservés)
Voiture brûlée dans les premières émeutes anti austérité de l’époque Syriza.

 

Ces événements ne sont pas exceptionnels à Athènes, mais c’est un signal que l’état de grâce du nouveau gouvernement n’en a plus pour longtemps. Malgré les dénégations de Syriza pour qui le nouvel accord n’est pas la suite du mémorandum, la majorité des Grecs n’est pas aussi aveugle pour ne pas se rendre compte que Varoufakis n’a pas ramené des milliards depuis Bruxelles. Toutefois la cote de popularité du nouveau gouvernement reste à des niveaux stratosphériques, car les gens sont néanmoins satisfaits que le gouvernement se soit bien battu contre les Européens. Et si on n’évoque plus des lendemains qui chantent, au moins l’espoir que l’austérité s’adoucira demeure.

Or, si Tsipras a promis de l’argent sans mémorandum, en pratique il a obtenu un mémorandum sans argent, ou plutôt le report de la fin du mémorandum, renommé Programme, mais pas sa disparition. La prochaine tranche de prêt que l’État devait recevoir ne sera accordée par les partenaires, nouveau nom de la Troïka, que dans quatre mois, à condition que la Grèce mette en œuvre des mesures permettant de garantir sa solvabilité. Ces mesures, renégociées avec l’Europe, ne seront pas les mêmes que celles sur lesquelles le précédent gouvernement s’était engagé, mais elles ne pourront pas mettre en danger l’excédent primaire du pays.

Car oui, après cinq ans d’austérité, la Grèce était parvenue à un excédent primaire, malheureusement en augmentant les impôts et en diminuant les prestations sociales plutôt qu’en diminuant les dépenses de fonctionnement de l’État. Mais c’est une performance dont peu de pays de la zone Euro peuvent se targuer.

Cependant cet excédent primaire était bien fragile, et les conséquences de l’arrivée au pouvoir de Syriza vont le remettre en cause. 25 milliards d’euros sont sortis des banques grecques pour le seul mois de février, tandis que les annonces de suppression d’impôts, d’amnistie fiscale et de ristourne de 50% sur les arriérés d’impôts ont vidé les caisses de l’État. Depuis l’annonce des élections, les Grecs attendent de voir la direction que prend la situation et préfèrent garder leur argent afin de bénéficier d’un matelas en cas de pépin et d’une marge de manœuvre avec l’administration.

En conséquence, les caisses de l’État se vident de semaines en semaines. Le précédent gouvernement avait laissé trois milliards dans les caisses, et la dernière tranche d’aide de 8 milliards devait apporter un matelas de liquidités à l’État grec. Mais avec le report à quatre mois de cette tranche d’aide et le remboursement à venir de 1,4 milliard d’euros au FMI, la trésorerie du pays tombera à des niveaux inquiétants.

Le gouvernement a déjà commencé à prendre des mesures à court terme pour préserver ses marges de manœuvre : arrêt de paiement des fournisseurs, arrêt de paiement des arriérés de soldes des militaires, et plus généralement arrêt de toutes les dépenses ne concernant pas les deux veaux d’or du gouvernement d’extrême-gauche que sont le versement des retraites et le paiement des traitements des fonctionnaires. Et l’embauche de 4000 fonctionnaires supplémentaires dans le premier mois de fonction du gouvernement ne risque pas d’améliorer les choses.

Syriza espère qu’une manne providentielle lui permettra de passer des mesures sociales à l’avenir. Le nouveau gouvernement a fait de la lutte contre la fraude fiscale et la corruption son cheval de bataille, et espère trouver de l’argent par ce moyen pour financer tout ce qu’il promet. En attendant un hypothétique troisième plan d’aide où l’on convaincra l’Europe de prêter toujours plus pour faire de la relance keynésienne…

Mais pour que cette dernière tranche de prêt ou qu’un nouveau plan d’aide voient le jour, il faudra que les mesures signées avec l’Europe soient votées. Pour des députés ayant débuté leur carrière politique au parti communiste, voter un texte technique ne posera pas trop de problème. Mais lorsqu’il faudra voter une par une les lois augmentant la TVA ou diminuant les pré-retraites pour éviter de retomber en déficit, il sera dur de choisir entre la diatribe populiste et l’amour du pouvoir, lorsque la cote de popularité du gouvernement chutera faute d’avoir pu tenir ses illusoires promesses.

Peut-être Varoufakis croit-il qu’il peut tromper l’Europe en votant une chose et en signant son contraire. Sur l’augmentation de la TVA, il vient d’affirmer qu’il l’augmenterait sur des biens « sans importance ». Mais puisque les prêts ne seront effectifs qu’après les mesures, il sera difficile de duper des créanciers sachant à quoi s’en tenir

Alors que les vainqueurs des élections comprennent que le changement sémantique de Troïka en Partenaires ne fera pas long feu, des voix évoquant un défaut sur toute la dette commencent à se faire entendre à gauche, si besoin au prix d’une sortie de l’euro, qui permettra enfin de mener une politique nationale totalement indépendante de tous ces mémorandums.

Un mois après les élections, après trois semaines de psychodrame, pas grand-chose n’a changé. Le système de prêt européen demeure, avec un pays plus pauvre qu’avant. Les vendeurs d’espoirs continuent à entretenir le rêve pour une grande partie des Grecs, et le gouvernement n’a pas le courage d’entreprendre les réformes promises, comme la taxation de l’église ou la réforme de l’armée, ni d’opérer un tournant social-démocrate pour viabiliser l’État, ni de faire défaut et sortir de l’euro.

Bien malin qui peut prévoir ce que fera la Grèce dans les quatre prochains mois jusqu’à la prochaine tranche d’aide, dans la mesure où, de toute évidence, Syriza ne semble avoir jamais eu d’idée claire sur ce qu’il ferait une fois au pouvoir.