Les évidences impopulaires de l’économie : le partage de la valeur ajoutée

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Les évidences impopulaires de l’économie : le partage de la valeur ajoutée

Publié le 19 février 2015
- A +

Par Hadrien Gournay.

ils profitent credits andre leal (CC BY-NC-SA 2.0)
ils profitent credits andre leal (CC BY-NC-SA 2.0)

Depuis la révolution industrielle, la question qui a suscité le plus de controverses et de critiques à l’encontre du capitalisme a sans doute été celle du partage de la valeur ajoutée. Aux yeux des plus radicaux, tout profit, si minime soit-il, est une spoliation exercée par le détenteur des capitaux à l’encontre des travailleurs de l’entreprise. Les marxistes ont utilisé le mot « exploitation » pour dénoncer ce phénomène. La manière dont la majorité de la population appréhende la question est plus modérée : les profits « raisonnables » sont tolérés, ils sont vus comme un rouage essentiel de la machine économique. Toutefois, l’opinion majoritaire accepte largement l’idée selon laquelle les principes du laissez-faire réduiraient les salariés  à une situation de quasi-esclavage. Les économistes s’opposent à cette idée.

Présentons les thèses en présence avant de les départager.

Exposé des thèses en présence

L’histoire économique populaire depuis le XIXème siècle peut-être à peu près résumée ainsi :

Les conditions de vie des ouvriers du XIXème siècle, caractérisées par un travail long et éreintant récompensé par un salaire de misère, étaient entièrement dues au capitalisme de laissez-faire qui régnait alors sans partage. Heureusement, l’adoption des lois sociales et la mise en place de l’État-providence, dont le New deal aux États-Unis ou le Front populaire en France ont été des périodes emblématiques, ont progressivement contribué à assurer le niveau de vie dont nous jouissons aujourd’hui. Pour autant, ces acquis ne sont pas définitifs et le développement de la mondialisation ultralibérale provoque un nivellement par le bas des conditions sociales facilité par la concurrence des ouvriers du tiers monde et notamment de la main d’œuvre chinoise exploitée jusqu’à plus soif.

Cette présentation dépeint-elle l’opinion majoritaire ou seulement celle de sa frange la plus anticapitaliste ? La question n’est pas facile car les Français, s’ils encouragent l’entreprise, s’ils admettent la nécessité du profit, s’ils ne voient pas dans l’économie planifiée l’espoir d’une solution pérenne, sont également persuadés que le libre jeu du marché, c’est « le renard libre dans le poulailler libre » et que, pour reprendre l’expression de Lacordaire en en ignorant le contexte :  « entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, et la loi qui affranchit ». D’ailleurs, parler d’opinion populaire est un peu réducteur. Sans se donner la peine d’évoquer les reportages diffusés par les « chaines culturelles », il n’est pas certain que les historiens ou l’Éducation nationale par l’intermédiaire des professeurs d’histoire géographie, ne contribuent pas davantage à noircir le tableau qu’à restaurer ses vraies couleurs. Pour ma part, j’étais sorti du lycée à peu près persuadé de la véracité de la présentation faite plus haut.

Selon ces raisonnements, le partage de la valeur ajoutée entre employeurs et salariés en situation de liberté contractuelle se fait de telle sorte que les salaires sont fixés au niveau de la stricte survie pour le salarié et sa famille tandis que des profits mirobolants finissent de peindre le tableau d’une injustice éhontée. Pour la facilité de l’exposé, nous nommerons cette théorie populaire « théorie du salaire de subsistance ».

Selon les économistes, les choses sont toutes différentes : c’est la productivité marginale du travailleur qui détermine sa rémunération. Cette productivité dépend elle-même autant de facteurs personnels propres aux salariés eux-mêmes que des outils productifs dont ils disposent. Bien plus : la rémunération est dans ce cadre théorique davantage fonction des gains de productivité généraux de l’économie que de ceux qui s’appliquent au poste de travail spécifique du salarié. Le salarié d’un salon de coiffure en bénéficie alors que son travail n’évolue guère. Le capital investi par tête nous rend à la fois plus productifs et plus riches. Les gains de productivité et non les seules politiques sociales expliquent les progrès sociaux.

Comment les faits permettent-ils de départager ces théories opposées ?

Les théories devant les faits

Un examen, même succinct, révèle la distance existant entre les faits et la théorie du salaire de subsistance.

En France en 2013, 13% des salariés étaient au smic, ce qui signifie que plus de 85% touchent un montant supérieur sans qu’aucune législation ne l’impose. En outre, le montant de ce dernier est sans comparaison avec la rémunération d’un ouvrier du XIXème siècle. Il est difficile d’en donner une équivalence exacte mais notons qu’entre 1850 et aujourd’hui, la richesse par habitant a été multipliée par 16 en France selon Gapminder. Si la rémunération de l’ouvrier moyen de 1850 était située dans le même rapport que celle du smicard actuel à l’égard de la richesse par habitant de son époque, ce qui est plausible, l’écart entre l’ouvrier et le smicard serait également de 16. Néanmoins, il serait possible de présenter des arguments accréditant l’idée que ce rapport était supérieur comme inférieur. Ainsi, il n’y avait pas de salaire minimum à l’époque mais en contrepartie les cotisations sociales ne diminuaient pas le montant de la rémunération. Par prudence, nous retiendrons un rapport de 1 à 8 entre les revenus de l’ouvrier de 1850 et le salarié au smic en 2013.

En conclusion, 85% des salaires versés actuellement en France sont, en toute liberté contractuelle, supérieurs à au moins huit fois la rémunération réelle d’ouvriers de 1850 dont les niveaux de revenus devraient pourtant, selon la théorie du salaire de subsistance, être la conséquence inéluctable de la loi de l’offre et de la demande appliquée aux relations entre employeurs et salariés. Cette différence s’expliquerait-elle par l’action des syndicats qui arracheraient au nez et à la barbe des employeurs des accords de branche permettant aux employés de vivre dignement ? Cette explication rencontre plusieurs écueils. Tout d’abord, en dehors du secteur public, les syndicats ne se signalent pas par des grèves à répétition qui leur permettraient d’établir un rapport de force susceptible de modifier considérablement le montant des salaires. Ensuite, cette théorie impliquerait d’expliquer les différences de rémunération entre des footballeurs et des femmes de ménage et, de manière générale, entre toutes les professions salariales par l’action des syndicats, ce qui ne serait guère crédible. Enfin, dans les pays développés où le rôle des syndicats est des plus modestes, les salaires, avec des écarts plus importants que chez nous quand il n’y a pas de salaire minimum, restent très éloignés des conditions de vie misérables que les romans de Zola peuvent décrire. Les États-Unis viennent immédiatement à l’esprit mais les cités États d’Asie du sud-est Hong Kong et Singapour seraient d’excellents exemples car le poids de l’État y est plus réduit. Dans tous ces pays, c’est très largement le jeu de l’offre et de la demande qui détermine les salaires et cela ne les empêche pas d’être plus élevés qu’en France en moyenne ! Dès lors, il est plus raisonnable de penser que la situation n’est guère différente chez nous et que les accords de branche modifient à la marge les conditions de rémunération d’une profession donnée (ce qui ne les empêche pas de produire des effets pervers, mais c’est une autre question !).

Il n’y a pas à hésiter : la théorie de l’association du marché libre et salaire de subsistance est fausse dans les grandes largeurs et de manière évidente. Pour le comprendre, cher lecteur salarié, regardez votre salaire net à la fin de votre fiche de paie et songez à ce qu’il vous permet de consommer. Vous méritez mieux, sans doute, mais n’est-ce pas un peu mieux que du temps de Zola ?

L’échec de la théorie de la subsistance salariale nous incite à étudier la théorie concurrente de la productivité marginale.

Selon elle, les gains de productivité sont à l’origine des différences de niveau de vie entre salariés des différents pays. Or, aussi bien en comparant les pays riches et pauvres actuellement ou en faisant l’histoire des premiers, nous constatons que la rémunération des salariés augmente avec leur productivité générale. Les salariés riches (relativement) vivent dans les pays riches (relativement). Si corrélation n’est pas causalité, en l’absence d’hypothèse concurrente crédible, la théorie de la productivité marginale est la meilleure explication.

Faire référence aux conditions de travail dans certains pays du sud comme le Bangladesh ne permet pas d’argumenter de façon crédible contre la théorie. Les salaires misérables qui y sont versés, tout comme la faiblesse des salaires au XIXème siècle, ne s’expliquent pas par une  mystérieuse faculté des employeurs bangladais à maintenir les salaires au plus bas au contraire de leurs collègues occidentaux mais par la très faible productivité de l’économie. Les salaires les plus bas dans les pays développés qui ne connaissent pas de salaire minimum ont la même origine, tout en restant encore une fois bien plus élevés que les salaires moyens du passé. Contrairement à la théorie populaire, qui échoue à expliquer le confort lié aux salaires élevés des pays développés, les « salaires de survie » restent cohérents avec la théorie de la productivité marginale soutenue par les économistes.

N’existe-t-il pour autant aucune critique sérieuse de la théorie marginaliste ? 

Les critiques de la théorie de la productivité marginale

Plusieurs critiques « sérieuses », c’est-à-dire adoptées par des économistes reconnus internationalement, ont été faites à l’encontre de la théorie de la productivité marginale.

La première consiste à faire constater que si la relation entre rémunération et productivité des salariés ne fait aucun doute, l’écart existant entre les deux est très important. En réalité cette critique ne contredit pas la théorie de la valeur marginale mais peut apporter un complément d’information. C’est la thèse de l’écart excessif. L’enjeu politique lié à une telle critique serait de justifier des politiques de redistribution par un prélèvement sur le capital, la marge étant telle que les masses salariales en profiteront largement avant que la croissance ne soit impactée.

Une deuxième critique énonce que la croissance de la rémunération est moins rapide que celle de la productivité, tout en admettant elle aussi le sens de la relation. C’est la thèse de l’écart croissant qui se rapproche davantage d’une remise en cause partielle de la théorie. Elle énonce qu’un gain de x % sur la productivité peut donner un gain inférieur sur la rémunération. On verrait alors, ce qui représente différentes manières de présenter le même phénomène, l’inégalité entre capital et travail s’accentuer avec la croissance de l’économie, les salaires progresser moins vite que le PIB, ou la croissance de la rémunération du capital être plus rapide que celle de l’économie. Des économistes tels que Paul Krugman, Joseph Stiglitz et surtout Thomas Piketty ont insisté sur cette question.

Nous sommes loin de leur donner raison mais réfuter ces thèses serait hors des limites de notre sujet qui consiste exclusivement à rapporter des évidences de l’économie et non des sujets portant à controverse entre économistes. Cependant, il était utile de montrer dès à présent qu’accepter pour l’essentiel la théorie de la productivité marginale n’implique pas en soi une politique non interventionniste.

Dans tous les cas, il faut garder à l’esprit que ces critiques ne peuvent ni racheter la théorie du salaire de subsistance, ni remettre en cause le sens de la relation entre productivité générale des salariés et niveau de rémunération, ni permettre de contester le fait que la grande majorité des rémunérations modernes sont obtenues dans le cadre du marché libre.

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  • On peut observer que l’Etat serait incapable de fixer la rémunération des fonctionnaires, généralement 10 à 20% au-dessus du salaire moyen du secteur privé, si une échelle de valeur ne lui était pas fournie par les marchés où les salaires sont déterminés à peu près librement, conformément à la productivité marginale (si on excepte le smic, les charges délirantes, les normes ubuesques et toutes ces choses qui nous brouillent l’écoute).

  • La théorie du « salaire de substance  » est la théorie de Marx
    Il est paradoxal de constater que c’est un des deniers pays communiste qui permet aux détenteurs de capitaux de revenir à ce « salaire de subsistance »

    Toutes les théories présentées oublient un troisième apport qui est l’idée ou le concept qui permet de valoriser le travail grâce au capital
    Avec une idée un individu sans aucun capital peut créer de la valeur en utilisant le capital mis à sa disposition et le travail des salariés qu’il rémunere éventuellement le plus faiblement possible (pas exemple dans un pays communiste la Chine) pour maximiser son profit ou plus prosaïquement pour minimiser son risque

    • Il y a un certain temps que la Chine, qui se dit communiste, n’en suit plus la vision économique collectiviste, sans être devenue « libérale », non plus.

      J’ai beaucoup de mal à poser un jugement quelconque sur ce pays pour lequel j’ai beaucoup d’intérêt curieux, de tolérance et même d’indulgence. Comment critiquer la gestion d’un pays qui compte 1 300 millions d’habitants? Que je sache, c’est une première!
      Alors oui, une autorité forte, parfois brutale, y est plus souvent nécessaire.

      • Ce n’est pas une critique mais un constat
        les capitalistes n’ont jamais été aussi avantagé que depuis que la chine a permis de faire baisser les salaires en jouant seulement sur la concurrence mondiale entre travailleurs
        et il est tout à fait paradoxal que ce soit un pays communiste qui lui offre cette opportunité !

        la Chine n’est plus communiste mais c’était encore plus favorable quand elle l’était

    • Le concept influence la productivité marginale. Le capital n’est nécessaire que pour la mise en place de l’économie d’échelle quand la production requière des moyens immobilisés.

      Ce qui n’est plus le cas maintenant dans la ‘nouvelle économie digitale’ où l’économie d’échelle est indépendante du capital mis en œuvre, ou comme vous l’indiquez, quand le capital immobilisé nécessaire pour la production est minimal, comme dans les productions délocalisées.

      Ce qui est encore accentué par la non relation entre monnaie et valeur ajoutée produite : à l’époque de Marx, le volume monétaire étant fixe, la productivité marginale était naturellement limitée par le volume de monnaie en circulation : il y avait répartition de la richesse existante (le volume monétaire permettant les échanges)

  • « certains pays du sud comme le Bangladesh » le Bangladesh est un pays très socialiste. il a majoritairement été dirigé par les socialistes. l’économie du Bangladesh est tout sauf libre, elle est dirigiste. il suffit de voir la position du Bangladesh dans le classement des libertés économiques, il se trouve à la 131 position selon Heritage Foundation

    • Avez-vous remarqué que la réaction jugée « positive » des citoyens est d’adopter le libéralisme en croyant lutter contre ce qu’ils pensent être du « capitalisme » ?

      « C’est horrible, on détruit notre protection sociale d’état, vite organisons nous librement pour nous soigner ! »

      « C’est horrible, on baisse le smic ce qui fait qu’on gagne 3 sous de l’heure, vite faisons des savons de manière artisanale pour les vendre 3 sous après 2h de labeur ! »

      « L’activité économique doit être taxée pour financer les aides sociales, mais ce serait bien si je pouvais vendre des bijoux fantaisie au noir ! »

      • galliwasp: « Avez-vous remarqué que la réaction jugée « positive » des citoyens est d’adopter le libéralisme en croyant lutter contre ce qu’ils pensent être du « capitalisme » ? »

        C’est contre intuitif, Il faut être un minimum cultivé pour comprendre que seul la liberté et la sauvegardes des droits fondamentaux au sens de la DDHC de 1789 marchent. Mais un bref regard sur la réalité peut aussi faire l’affaire.

        Danemark – Classement liberté économique: 10eme – Dette: 46% – Chômage: 6.7%
        Suisse – Classement liberté économique: 4eme – Dette 40% – Chômage: 3.5%
        Allemagne – Classement liberté économique: 18eme – Dette 75% – Chômage: 4.9%
        Finlande – Classement liberté économique: 19eme – Dette 38% – Chômage: 8.7%
        Suède – Classement liberté économique: 20eme – Dette 37% – Chômage: 8.0%



        Rwanda -Classement liberté économique: 65eme
        Ghana -Classement liberté économique: 66eme
        Kazakhstan – -Classement liberté économique: 67eme


        France – Classement liberté économique: 70eme – Dette 90% – Chômage: 10.1%
        Italie – Classement liberté économique: 86eme – Dette 110% – Chômage: 12.3%
        Grèce – Classement liberté économique: 119eme – Dette 170% – Chômage: 26.4%

        En 2015, l’état français va emprunter 188 milliards d’euro, soit 45% de son budget. Party’s over folks.

        Indice de démocratie – Classement des pays
        Indice liberté économique – Classement des pays
        Indice liberté de la presse – Classement des pays
        Indice de la charité – Classement des pays

  • Revenons d’abord sur la théorie. La théorie marxiste (soyons clair) énonce tout simplement une tautologie, à savoir qu’il ne peut exister de capitalisme, c’est-à-dire une accumulation de capital si la somme des dépenses des entreprises est égale à sa production. Une fois dit cela, traduisons. Cela signifie que la somme des intrants, matières premières, salaires, est inférieure au revenu fourni par la production. Ce qu’on peut traduire par « le tout n’est pas la somme des parties ». Pourquoi parler d’ « exploitation » ? Ce terme n’est, à la base, pas péjoratif. On parle bien d’exploitation des terres, pour un agriculteur. Cela signifie simplement en tirer un profit.

    Intéressons-nous maintenant à la théorie orthodoxe de la fixation du salaire selon la productivité marginale. Elle pose plusieurs problèmes. D’abord lorsque vous dites : « c’est la productivité marginale du travailleur qui détermine sa rémunération. », cela sous-entend que deux individus embauchés à deux moments différents sur un poste identique n’auront pas le même salaire. En effet, si on admet l’hypothèse que la productivité marginale est décroissante (ce qui est nécessaire pour établir un équilibre entre offre et demande), le salarié embauché en premier ne devrait pas avoir le même salaire que celui embauché ensuite. Bien entendu, vous conviendrez que ce n’est pas très réaliste, en général à poste égal, salaire égal. Cela suppose également qu’on est capable d’établir quelle est la part de chaque individu dans la valeur produite, or comme il a été dit plus haut, la somme des parties n’ étant pas égale au tout, c’est logiquement impossible à déterminer.

    On pourrait également discuter de la croissance du coût marginal de production (nécessaire pour établir un équilibre avec le productivité marginale) peu probable et même illogique en restant dans le cadre de la théorie orthodoxe, ou encore discuter de la croissance de la courbe d’offre de traviail (là encore nécessaire pour établir un équilibre unique entre offre de travail et demande), ou encore discuter de la décroissance de la courbe de demande de travail (toujours pour les mêmes raisons), cela pourra être l’objet d’un prochain commentaire si besoin. Ce qu’il faut retenir, c’est que la théorie orthodoxe pour expliquer les revenus repose sur du sable.

    Vous parlez de faits. Mais en vous focalisant sur le salaire minimum vous omettez bien d’autres interventions « hors du marché ». Les conventions collectives, le pouvoir syndical et patronal, par exemple. Et même en considérant le salaire minimum, cela a un impact dans la fixation des salaires au-delà du SMIC, par exemple pour des entreprises qui dans un marché libre verseraient un salaire correspondant au SMIC mais qui pour pouvoir embaucher sont obligées de verser un salaire supérieur.

    • « En effet, si on admet l’hypothèse que la productivité marginale est décroissante (ce qui est nécessaire pour établir un équilibre entre offre et demande), le salarié embauché en premier ne devrait pas avoir le même salaire que celui embauché ensuite. Bien entendu, vous conviendrez que ce n’est pas très réaliste, en général à poste égal, salaire égal. »
      Je ne conviens pas du tout. Les salaires des deux employés sont agréés par eux et par l’employeur. L’employé A n’a pas à se mêler de ce que gagne l’employé B.

      « Cela suppose également qu’on est capable d’établir quelle est la part de chaque individu dans la valeur produite, or comme il a été dit plus haut, la somme des parties n’ étant pas égale au tout, c’est logiquement impossible à déterminer. »
      D’où l’inanité du socialisme qui prêtant régenter ce que devrait payer les entreprises à partir de données inexistantes. Ce que l’entreprise est prête à payer et ce que l’employé est prêt à accepter sont des indicateurs beaucoup plus puissants…

      • Je ne me place par sur le plan de la morale : « cela ne regarde personne », mais je décris la réalité. Dans une entreprise, en général, à poste égal le salaire est égal (bien entendu il peut différer un peu du fait de certaines primes). Les individus au sein d’une entreprise se parlent entre eux. Je vois mal comment les ressources humaines gèreraient le fait que deux salariés qui accomplissent le même travail soient payés différemment, cela conduirait à une ambiance assez délétère et peu propice à l’activité.

        Le socialisme ne parle pas de rémunérer les individus en fonction de ce qu’il « mérite », du « prix juste » puisque celui-ci n’existe pas. Ils parlent en général de « à chacun selon ses besoins ». Ce qui est critiquable également, mais on dépasse le sujet.

        « Ce que l’entreprise est prête à payer et ce que l’employé est prêt à accepter sont des indicateurs beaucoup plus puissants… » Je ne vois pas tellement en quoi ce sont des indicateurs très pertinents pour montrer que le revenu perçu est « le revenu juste », le revenu mérité. Cela ne permet nullement de fixer un équilibre unique (sauf cas exceptionnels). Pourquoi ? Parce qu’il n’existe pas une valeur unique sur laquelle les deux parties peuvent être d’accord. Dans votre cadre, un salarié acceptera le travail si sa rémunération est supérieure à n. Une entreprise embauchera si ce qu’elle paie est inférieur à m. Cela implique donc qu’il y a une bande de valeurs comprises entre n et m pour laquelle les deux partie sont d’accord. Quelle valeur est la bonne ? C’est impossible à déterminer.

        • Très facile a déterminer, c’est ce sur quoi il se sont finalement entendu.

          Sans compter qu’un employé est mobile.

          • sauf que justement il y a plusieurs prix sur lesquels ils peuvent s’entendre ! Vous vous en remettez finalement au hasard !

    • Stéphane Boulots
      20 février 2015 at 8 h 40 min

      Les deux théories ont des visions ‘industrielles’ de l’économie : il faut un ‘capital’ pour transformer une matière première en bien marchand.

      Cette vision est celle du XIX° siècle et est limitée par deux choses :

      – une définition finie et absolue de la monnaie qui sert de mesure.
      – une vision instantanée, qui ne tient pas compte du potentiel mais uniquement des réalisations

      Pour expliquer le second point : une maison, dont la valeur est estimée à 200 00 euros, n’a aucune valeur économique dans les deux théories : elle n’a de valeur qu’au moment où elle est achetée ou vendue. Toute la valeur stockée ou produite est donc ‘enfouie’ dans du ‘capital’ qui reste un concept complétement vague et fantasmatique : on attribue une valeur au capital au moment où on le monétise … Le capital n’existe pas per se, ce n’est qu’un construction intellectuelle.

      La seule chose qui compte dans la vie réelle, est le potentiel de valorisation : avoir une voiture apporte la possibilité (le potentiel) de se déplacer rapidement, avoir un magasin apporte le potentiel de vendre des chaussures, avoir une maison apporte le potentiel de se loger …

      Embaucher un salarié apporte le potentiel de produire plus, ou autrement, ou plus confortablement …

      Le progrès n’est que l’apport de potentiels supplémentaires, potentiels qui n’existaient pas auparavant : potentiel de partir en vacances, de pouvoir manger à sa faim …

      Les potentiels permettent à l’homme d’exercer sa liberté, de s’affranchir des lois matérielles : la distance, le temps, la nourriture …

      Le reste : les euros, les comptes bancaires, les feuilles de paies, les tickets de caisse … ne sont que des problèmes imposés de force par l’Etat pour tenter de réguler le système en complexifiant à souhait : asservir les gens en leur mettant un fil pour les télécommander.

      • Il faut distinguer valeur économique et valeur financière, ce que ne fait pas la théorie orthodoxe. Dans votre exemple, la maison n’a pas de valeur économique (elle ne sert à produire aucun bien), encore qu’on pourrait dire qu’elle participe à la reproduction de la force de travail, disons que c’est un cas limite. Par contre, elle a une valeur financière. Pour faire simple disons que ce qui se rattache à la valeur économique se rattache à la production, ce qui se rattache à la valeur financière se rattache à l’échange. Nous vivons dans une société d’échange et de production. Je suis entièrement d’accord avec vous sur le « vague » associé au concept de capital. Derrière ce concept, on mélange des choses fort différentes. Mais je ne vois pas tellement le rapport direct avec mon propos.

        • Rapport avec votre propos ?

          Le salaire d’un employé, et le choix de l’employé pour remplir le rôle également, sont déterminés par le potentiel estimé par l’employeur qu’apporterait cette personne à l’entreprise.

          Les autres explications sont des théories fumeuses pour tenter d’expliquer rationnellement cette valorisation subjective.

          • ce qui signifie qu’il n’y a aucune preuve que le salaire versé est « mérité ».

            Cela signifie également que l’employeur est capable d’estimer ce que va lui rapporter l’embauche de cette personne, chose assez improbable, d’autant plus que comme je le dis, le processus de production est tellement complexe via la division du travail qu’il est vain de tenter d’isoler la part de chacun dans la valeur de la production.

            • @axopl : Oui, il n’y a aucune preuve : le salaire versé est un compromis entre le salaire demandé et le potentiel estimé. Le marché permet de donner une référence, en comparant les cas similaires.

              L’employeur est capable d’estimer non pas ce que va lui rapporter cette personne, mais le risque qu’il prend en l’embauchant.

              Ce n’est que l’exécution, le travail effectivement produit, les ventes réalisées etc… qui permet de mettre en évidence la marge dégagée et la valeur réelle de la valeur ajoutée et du capital, mais ceci uniquement à posteriori. L’exécution n’est pas une transformation rigoureuse, mais une processus imparfait que l’on quantifie par toute une série de ratios de transformation, comme la productivité, les volumes de ventes, les stocks etc…

              d’où mon commentaire :

              Le reste : les euros, les comptes bancaires, les feuilles de paies, les tickets de caisse … ne sont que des problèmes imposés de force par l’Etat pour tenter de réguler le système en complexifiant à souhait : asservir les gens en leur mettant un fil pour les télécommander.

              • C’est là qu’est le problème. Vous considérez le marché, non pas comme le processus formant les prix, mais comme un indicateur. Or cela pose un véritable problème, c’est justement cela qui est à la base des bulles, l’esprit moutonnier. Ce n’est certainement par ce processus que vous pourrez montrez que le salaire versé est « mérité », puisque quand chacun copie l’autre, cela ressemble fortement en logique à une pétition de principe. Ceci dit, ce que vous dites ressemble davantage à ce qui se passe dans la réalité, mais cela signifie justement que le salaire ne se fonde pas sur la productivité marginale de chacun comme le prétend l’auteur de l’article. Cela ne permet pas non plus d’affirmer que le salaire versé est mérité, sauf à justifier que le prix de marché est celui mérité, mais comme je l’ai expliqué dans mon premier commentaire et comme je l’explique ici (le mimétisme), cela ne peut se faire. Et je parle seulement du côté théorique, en pratique, il faut bien entendu tenir compte des relations entre individus autres qu’économiques, des lobbies, des syndicats (patronaux et salariaux), des ententes inter-entreprises, ….

    • « en général à poste égal, salaire égal. » Probablement totalement faux, même à l’intérieur d’une même entreprise, sauf peut-être sur des postes très peu qualifiés, où tout le monde est proche du SMIC. Le salaire dépend de beaucoup de choses, notamment des négociations à l’embauche, des besoins de l’entreprise à ce moment-là, ensuite du comportement du salarié, de sa hiérarchie, etc.

      • Pour que la règle « à poste égal, salaire égal » s’applique, il convient que le travail demandé soit le même. Plus on est qualifié, plus on est spécialisé, ce qui signifie donc que plus l’offre se réduit. Aussi vous n’avez pas tort quand vous dites qu’on observe davantage cette règle dans des métiers peu qualifiés. Mais on peut l’observer également pour tout les métiers, à partir du moment où il en existe deux dans la même entreprise, à condition qu’ils soient suffisamment similaires et bien entendu, ce n’est pas une égalité parfaite, on peut observer des variations notamment du fait des primes, mais les différences entre primes ne proviennent pas de la décroissance de la courbe de productivité marginale, c’est ce que je tente d’expliquer, ce n’est pas parce que vous êtes embauché plus tard que vous aurez nécessairement un plus bas salaire.

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