Les dérapages du Tous Charlie

charlie credits Marc Wainwright Photography (licence creative commons)

Certaines idéologies ne favorisent pas le vivre ensemble, mais de là à dire que nous devrions tous penser la même chose, il y a un pas que nous serons nombreux à ne pas franchir.

Par Le Parisien Libéral.

charlie credits Marc Wainwright Photography (licence creative commons)

Fermez les yeux. Les cigales chantent, nous sommes à Marseille, dans une classe il y a plusieurs dizaines d’années :

« Monsieur Berlaudier ! Comment traduisez-vous « Paete, non dolet » ?
– Euh… « Péter n’est pas douloureux. »
Rires.
– Comment ! Silence ! 2h de consigne. Prenez votre passeport, M. Berlaudier »

Source : Marcel Pagnol, Le temps des secrets.

Rouvrez les yeux et prenez une des actus du jour :

Dans une école primaire de Nice, les élèves d’une classe de CE2 discutent du drame avec leur instituteur.

« Êtes-vous Charlie ? », demande-t-il.
Ahmed, 8 ans, répond que non. Pourquoi ? « Parce qu’ils ont caricaturé le prophète. Moi, je suis avec les terroristes. »

Le prof alerte son directeur. Ce dernier décide de convoquer le gamin, puis ses parents, qui raisonnent leur rejeton. Mais il ne s’arrête pas là. Le 21 janvier, le directeur de cette école, située dans le sud de la ville, dépose plainte au commissariat pour « apologie du terrorisme ».

On ne va pas forcément comparer une blague potache avec des propos idiots.

Mais,

  • Première question : qu’est-ce que le professeur d’une classe de CE2 (est-ce que vous vous rappelez de votre niveau de conscience politique en CE2, vous, chers lecteurs ??) avait à demander à des gamins de 8 ans, donc, s’ils étaient Charlie ?
  • Deuxième question : est-ce que la réponse du gamin (ou plutôt ce qu’il a répété après avoir sans doute entendu un frère ou ses parents en discuter) valait autre chose qu’une heure de colle ou une bonne gifle ?
  • Troisième question : sachant que ce gamin de 8 ans (!) a été convoqué par la police (!), ne risquera-t-il pas de constituer un vecteur privilégié de haine anti-française d’ici quelques années ?

Récapitulons. Nous sommes tous Charlie, c’est à dire tous attachés à la défense de nos valeurs, dont la liberté d’expression, mais :

  • Un gamin de 8 ans est mis en examen pour propos qui ne lui appartiennent sans doute pas (tiens, où sont les associations de gauche qui protestaient, sous Sarkozy, contre les interventions de police dans les écoles ?)
  • La ville de Clichy se pose des questions sur une expo qui pourrait heurter la sensibilité des Musulmans (mais, pas d’amalgames) quelques semaines après la polémique Houellebecq sur son dernier roman, « Soumission ».
  • Hollande ne s’excuse pas d’avoir rendu hommage à feu le roi Abdallah d’Arabie Saoudite, tout en rappelant que nous sommes toujours en guerre contre le terrorisme et le fondamentalisme (non, il n’y a pas de contradictions !).
  • Dans le cadre d’une simple législative partielle, Manuel Valls en appelle à « l’esprit du 11 janvier », sous-entendant que seul le PS défend les valeurs de la République (mais, non, il n’y a pas de récupération…).
  • La gauche et l’extrême gauche se félicitent de l’existence des lois Pleven, Gayssot et Taubira, « anti expression raciste », oubliant par la même qu’elles sont à l’origine directe de la concurrence mémorielle dont on voit les conséquences aujourd’hui.

Les réveils en sursaut, c’est mauvais pour le cœur. Certes, il était temps que la France (enfin, plus précisément la France bobo) se réveille en prenant conscience du décalage, voire du gouffre qui existe entre les valeurs qu’elle affiche et celles qu’elle poursuit.

PL

Oui, il y a des questions à se poser quant à l’existence de systèmes de pensée qui, à l’évidence, ne favorisent pas le vivre-ensemble. De là à dire que nous devrions tous penser la même chose, de préférence sous l’égide de ce que peut raconter l’exécutif socialiste, il y a un pas que nous serons nombreux à ne pas franchir, surtout si ce dernier n’est pas capable de surmonter ses contradictions idéologiques.

Tous Charlie, vraiment ?

Vous verrez ! Puisque le gouvernement est en total échec sur le chômage, la lutte « contre le terrorisme » sera la carte unique qu’il jouera jusqu’en 2017. C’est plus simple de faire des sites web rigolos que de remettre tout le monde au travail, aspirants djihadistes y compris.

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