Les islamistes luttent contre les caricatures avec des armes, le gouvernement irlandais avec la loi

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Les islamistes luttent contre les caricatures avec des armes, le gouvernement irlandais avec la loi

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 19 janvier 2015
- A +

Par John Hamill, depuis l’Irlande.

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Joan Burton, Vice-premier ministre, et Frances Fitzgerald, ministre de la Justice et de l’égalité.

 

À la suite de la Convention constitutionnelle de l’année dernière, le gouvernement irlandais s’est engagé auprès de la Chambre des ministres qu’il tiendrait un référendum sur le blasphème durant l’année 2015. Le 8 janvier de cette année, il a malheureusement annoncé qu’il serait hautement improbable qu’il organise un référendum avant les prochaines élections [NdT : qui auront lieu en 2016] et que les évènements récents à Paris ne changeraient pas leur décision.

Alors que les islamistes cherchent à réduire les caricaturistes sous silence avec leurs armes, le gouvernement irlandais dit « Ciúnas » [NdT : « silence » en irlandais].

Malgré cela, de nombreux membres du gouvernement ont posé avec des affiches « Je suis Charlie » lors d’un rassemblement de solidarité à Dublin et le Premier ministre a participé à la manifestation à Paris. Comment les ministres peuvent-ils parler de solidarité avec les caricaturistes alors que les mêmes caricatures publiées en Irlande verraient leurs auteurs poursuivis pour blasphème ? Les tribunaux irlandais mettraient en examen les caricaturistes pour exactement les mêmes raisons que celles invoquées par les meurtriers islamistes. Il devrait y avoir une plus grande distance morale entre les positions de l’État irlandais et celle des meurtriers islamistes. La sévérité avec laquelle nous punissons le blasphème ne doit pas être la seule différence entre de tels terroristes et nous. Le gouvernement irlandais ne peut pas prétendre être solidaire avec Charlie alors que sa décision la plus récente a été de chercher à maintenir et étendre les prohibitions légales existantes en Irlande sur le blasphème.

À l’inverse, le site Atheist Ireland défend l’idée que toutes les idées religieuses et tous les dirigeants religieux peuvent être ouvertement critiqués, tout comme le sont n’importe quelles autres idées ou dirigeants. Une telle liberté d’expression est indispensable pour avoir un véritable débat public sur la santé, l’éducation, les lois familiales et de nombreux autres domaines de politique publique où la religion essaie de gagner de l’influence. Pour cette raison, Atheist Ireland soutient le droit de publier des caricatures ou toute autre forme de satire, qui sont ouvertement blasphématoires, même si certaines personnes pourraient trouver ces publications choquantes ou de très mauvais goût. Les journaux qui souhaitent reproduire ces caricatures (comme la newsletter Secular Sunday) devraient être libres de le faire.

Ces questions ont attiré beaucoup d’attention à l’international ces derniers temps. Dans ce contexte, il est important de noter que la mort pour blasphème n’est pas la pratique exclusive de meurtriers islamistes, mais aussi de nombreux pays. Par exemple, le Pakistan prévoit d’exécuter Asia Bibi sous peu pour avoir commis un blasphème. De plus, dans une tentative d’exporter son traitement du blasphème vers d’autres pays, le Pakistan a réutilisé la formulation exacte de la législation irlandaise sur le blasphème auprès des Nations Unies, comme étant un modèle à suivre dans le monde. En conséquence, notre positionnement unique en tant que seul pays occidental à avoir récemment introduit une nouvelle loi sur le blasphème pose problème bien au-delà de nos propres frontières.

Le professeur Heiner Bielefeldt, rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté de religion, a répondu à Atheist Ireland à propos des lois irlandaises sur le blasphème :

« Bien sûr, vous avez raison de dire que l’impact principal de cette législation est avant tout international. Je ne m’attends pas à des sanctions dures exprimées à l’encontre de l’Irlande, mais les pays qui continuent d’avoir des pratiques anti-blasphématoires problématiques se plaisent à citer des pays européens pour dénoncer l’hypocrisie occidentale. J’espère donc que les choses évolueront dans la bonne direction. On peut notamment citer le commentaire général n°34 du Comité des Droits de l’Homme et le Rabat Plan of Action. Ces deux documents exhortent les États à ne plus criminaliser les soi-disant blasphèmes. »


Article original titré « As Islamists Seek To Silence Cartoons With Guns, Irish Government Also Says Ciúnas » publié le 11.01.2015 par par Atheist Ireland. Traduction : Emmanuel Bourgerie.

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  • L’auteur voit une objection possible, puisqu’il veut l’écarter d’un revers de la main, ou de la plume, lorsqu’il écrit  » La sévérité avec laquelle nous punissons le blasphème ne doit pas être la seule différence entre de tels terroristes et nous. »

    Il y en a d’autres pourtant :
    – Les interdits sont dans le code pénal, donc connues
    – Les contrevenants sont jugés selon les règles, et pas assassinés

    Tout ceci n’est pas un argument en faveur des lois sur punissant le blasphème. Mais pour être plus crédible, il faut quand même savoir voir qu’il y a des degrés. J’ai envie de dire « pas d’amalgame ! »

    • +1
      Censurer des dessins est une chose. condamner les dessinateurs en est une autre. Et les condamner à mort ou les assassiner, une autre encore.

  • Vous savez, cette loi archaique, de 1937, fait partie d’un l’arsenal legal Irlandais quelque peu demode, herite des legislateurs precedents, et bien qu’elle ait ete recyclee en 1999, je ne l’ai jamais vu appliquee ici, tout comme d’ailleurs la loi contre la sodomie, qui en theorie pourrait voir des homosexuels emprisonnes pour ce « delit », mais qui dans la pratique n’est pas du tout appliquee non plus. Deux de mes clients, homosexuels, se sont d’ailleurs unis legalement depuis deja deux ans. 3 couples de mes voisins aussi. En cherchant bien, dans l’arsenal de lois Irlandaises non appliquees, et pas tres applicables, vous pourrez egalement trouver dans les registres – par exemple – le delit de « loitering », ou plus rigolo encore celui de « loitering with intent » (qui consiste a glander, sans but precis, sans doute au coin d’une rue et lorsqu’on ajoute au delit de glandage initial, « with intent », d’une maniere volontaire et avec premeditation…) qui ne sont bien evidemment pas appliquees non plus.

    La raison pour laquelle le gouvernement hesite a proposer, a chaud, un referendum sur le blaspheme, c’est sans doute que dans un contexte de loi non appliquee, depuis des lunes, il s’agisse de laisser dormir tranquillement cette loi dormante. Sans la reveiller de son sommeil, bientot profond. L’Irlande est un pays Chretien encore tres pratiquant, Catholique mais aussi Protestant. On ne reveille pas des lois inutiles lorsqu’elles sont endormies, on laisse agir la coutume et la jurisprudence, la loi propre pourra probablement encore attendre un peu.

    Cela dit, je comprends tout a fait la position des Nations Unies, exprimee par Heiner Bielefeldt, vis a vis d’un contexte global. Et on pourrait difficilement ne pas etre en accord avec cette declaration de sa plume que vous citez en conclusion, mais pourrait-on courir le risque de proposer, en Irlande, un referendum sur ce sujet avec un retour possible de scrutin en faveur de l’application de cette loi ?

  • J’ai été horrifiée par la mort de ces personnes à la rédaction de Charlie Hebdo, pour autant, j’ai toujours été mal à l’aise avec certains de leurs dessins, notamment les dessins danois… On peut être solidaire avec le peuple français, s’opposer à la violence sans pour autant approuver l’idéologie de ce journal. Je pense ainsi rejoindre la position de l’Irlande à ce sujet et la comprendre. Quant à aux Nations Unis, je pense qu’elle a plus urgent à faire que d’intervenir dans les affaires irlandaises, il y a bon nombre de pays bien plus anti démocratiques que celui-là je pense…

    • Diffuser les caricatures danoises était un travail utile et même essentiel pour permettre au public de comprendre ce qui se passait dans le monde.

      L’ensemble de la presse aurait du le faire, elle a démontré son inutilité et son abjection.

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